Déjà patron de la Pro League de football, Lorin Parys a un profil atypique. ...
Pour vivre heureux, vivons caché. Lorin Parys, le très probable futur président de Brussels Airport connaît bien cet adage. "Je ne donne pas d'interviews sur ma vie privée ni sur les projets pour l'aéroport", nous explique celui qui a été vice-président de la N-VA. Il faut donc un peu enquêter pour savoir qui est exactement le nouvel homme fort de l'aéroport national. Notons que pour l'heure, Lorin Parys est administrateur non exécutif de Brussels Airport.
Commençons par son CV. Il est impressionnant : à la fois, patron de la Pro League de football, président des brasseurs de Belgique et, donc, candidat numéro un à la présidence de Brussels Airport, le frais quinquagénaire a tous les traits d'un bourreau de travail. Diplômé notamment de la Vlerick Leuven Gent Management School et de la prestigieuse université de Harvard, Lorin Parys commence sa carrière de juriste aux États-Unis.
Mais le goût de la politique le ramène très vite en Belgique. Il devient le porte-parole de l'éphémère gouvernement flamand de Bart Somers (Open-VLD), entre 2003 et 2004. L'homme se fait aussi connaître en tant que directeur des opérations du méga-projet de centre commercial Uplace, à Vilvorde. À l'époque, Uplace est en concurrence avec le projet bruxellois Neo. Pour les spécialistes, un seul des deux projets peut survivre. S'entame alors pendant plusieurs années une guerre terrible entre les promoteurs flamands et bruxellois. Tous les coups sont permis et les deux projets s'enlisent dans des conflits juridiques sans que la moindre brique ne puisse être posée, ni en Flandre, ni à Bruxelles..
À l'époque, Lorin Parys se lie d'amitié avec Bart Verhaegen, le puissant président du FC Bruges, qui est aussi à la tête du projet Uplace. Le Louvaniste travaillera d'ailleurs quelques années pour le club champion de Belgique. Mais l'appel de la politique revient aux galops. En 2013, Il quitte l'Open-VLD pour s'engager à la N-VA. Élu député régional, Lorin Parys grimpe rapidement les échelons pour devenir vice-président des nationalistes flamands en 2018.
"C'est un opportuniste pur et dur, un arrogant sans aucun principe."
Et le moins que l'on puisse écrire est que l'ancien député ne s'est pas fait que des amis au sein du parti de Bart De Wever. "C'est un opportuniste pur et dur, un arrogant sans aucun principe", nous explique ainsi un élu de la N-VA qui le qualifie de "renard rusé". "Il est hyper-ambitieux, mais on ne peut pas lui faire confiance". Avec son discours modéré, Lorin Parys arrive un peu comme un OVNI au sein de la N-VA. Il s'intéresse à l'inclusion, l'entrepreneuriat social ou encore la cause LGBT. "Je l'ai toujours considéré comme l'antithèse d'un nationaliste flamand pure souche", développe un autre cadre du parti.
Le CEO de Brussels Airport s'inquiète de la taxe sur les billets d'avion : "Jusqu'où cela va-t-il aller ?Son passé à l'Open-VLD passe mal chez certains. "C'est étrange que ces transfuges bleus ont toujours été récompensés, peste un historique de la N-VA. D'abord Annick De Ridder et maintenant Lorin Parys à qui l'on donne tous les postes importants".
"Voir partir quelqu'un avec qui j'ai travaillé aussi étroitement et constructivement n'est pas chose aisée",
Très proche de Bart De Wever, ce parfait bilingue a sans doute fait quelques jaloux. Le Premier regrettera en tout cas son départ de la vice-présidence de la N-VA vers la Pro League de football en 2022. "Voir partir quelqu'un avec qui j'ai travaillé aussi étroitement et de manière constructive n'est pas chose aisée", expliquait, à l'époque, l'actuel Premier. Bart De Wever aurait longtemps essayé de le convaincre de rester. En vain. L'appel de la pelouse était trop fort.
Un autre membre du parti a une autre version de ce départ surprise. "Si Lorin Parys a quitté la politique active, c'est surtout parce qu'il n'a pas décroché le poste de ministre dont il rêvait. Il y avait deux figures incontournables, Theo Francken et Ben Weyts, sur son chemin dans le Brabant flamand". Un autre ténor réfute cette thèse. "J'ai eu des doutes à son arrivée, mais Lorin Parys m'a convaincu et je regrette son départ. On perd quelqu'un de qualité. On n'est pas élu deux fois à la vice-présidence d'un parti, notamment face à Theo Francken, si on n'est pas apprécié par ses membres".
"J'ai reçu des e-mails de personnes qui m'écrivaient : "Je ne voterai pas pour vous parce que vous êtes un sale pédé".
Lorin Parys n'a jamais caché son homosexualité. Son bonheur, il le cultive avec son mari et ses trois enfants, deux placés en famille d'accueil et une fille adoptée. Il a vécu des situations violentes lors de son engagement en politique. "J'ai reçu des e-mails de personnes qui m'écrivaient : "Je ne voterai pas pour vous parce que vous êtes un sale pédé", expliquait-il, il y a quelques années, au magazine Humo. Sa caravane de campagne a déjà été incendiée, "mais aucun lien avec l'homophobie n'a jamais été établi".
L'été de tous les dangers pour l'aviation : "On ne voit pas le bout du tunnel"S'il estime avoir jusqu'à présent été épargné par les remarques "grossières" en politique, Lorin Parys retient toutefois celle d'une élue Vlaams Belang, Dominiek Sneppe, lui disant que "les homosexuels ne devraient pas avoir d'enfants".
"Je me souviens d'un copain de l'un de nos enfants qui courait vers sa maman dans la cour de récréation en disant : "Moi aussi, je veux deux papas !" J'ai trouvé ça drôle et beau à la fois".
Lui-même a déjà relaté avoir hésité avant de devenir papa. "Je ne doutais pas de mes capacités, mais j'avais peur du harcèlement que pourraient connaître mes futurs enfants". Dans les faits, c'est tout le contraire qui s'est passé : Lorin Parys et son mari sont devenus "les mascottes" de l'école de leurs enfants. "Je me souviens d'un copain de l'un de nos enfants qui courait vers sa maman dans la cour de récréation en disant : "Moi aussi, je veux deux papas !" J'ai trouvé ça drôle et beau à la fois. Il faut en finir avec ces convictions idiotes selon lesquelles les gens sont différents à cause de leur orientation sexuelle".
Dans une interview plus récente au Laatste Nieuws, Bart Van Bever, son mari, révélait quelques pans de sa personnalité. "Lorin est doué pour beaucoup de choses, mais il y en a quelques-unes qu'il ne sait absolument pas faire : prendre des rendez-vous en fait partie". Le couple expliquait ne quasiment plus jamais marcher main dans la main en rue, surtout à Bruxelles. "Nous sentons que nous vivons dans un climat moins ouvert qu'il y a quinze ans". Cette lutte contre l'homophobie, notamment dans le milieu du football, est l'un des grands combats du CEO de la Pro League.
"Lorin Parys ? C'est une catastrophe. Il est à fond pour l'agrandissement de l'aéroport".
Mais quel type de présidence exercera l'ancien élu N-VA à Brussels Airport ? Son très probable futur mandat marque un tournant. Devenue actionnaire principale, la Flandre a désormais les coudées libres pour développer l'infrastructure comme elle l'entend. "Le message que me donne la Région, c'est groeien, groeien, groeien ("grandir"), nous expliquait récemment Arnaud Feist, le CEO de l'aéroport national.
Un mot d'ordre qui ne passe pas auprès de beaucoup de riverains, victimes de nuisances liées aux avions. "Les nouveaux actionnaires se foutent royalement des habitants proches de l'aéroport, nous relate une source proche du dossier. Lorin Parys ? C'est une catastrophe. Il est à fond pour l'agrandissement de l'aéroport. C'est un libéral pur et dur qui n'aura aucune empathie pour les riverains".
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