Jamais trois sans quatre. Pour une quatrième année consécutive, les vendanges débuteront avec quelques semaines d’avance. Les premières grappes devraient être récoltées mi-août. Face à ce calendrier bouleversé, les...
Jamais trois sans quatre. Pour une quatrième année consécutive, les vendanges débuteront avec quelques semaines d’avance. Les premières grappes devraient être récoltées mi-août. Face à ce calendrier bouleversé, les vignerons s’adaptent.
Le millésime 2026 n’attendra pas la fin de l’été. Dans sa parcelle de Talairan (Aude), Ludovic Roux, le président de la Chambre d’agriculture de l’Aude s’apprête à lancer les vendanges. Pour la quatrième année consécutive, "la récolte des raisins devrait commencer dès la mi-août, c’est-à-dire avec une quinzaine de jours d’avance", souffle le vigneron. En cause : le dérèglement climatique, qui perturbe le cycle végétatif des cépages.
Si les récoltes sont trop compliquées, nous attendons des aides publiques, qu’elles soient régionales ou nationales.
Dans ses longs rangs de vigne, les Caladoc, Grenache Blanc et autres Syrah (des cépages noirs cultivés dans le Roussillon, NDLR) arrivent déjà presque à maturité. "L’hiver a été pluvieux et doux, le développement des vignes a donc démarré plus tôt dans l’année", explique le producteur audois. Une croissance précoce qui avance mécaniquement le calendrier des vendanges… Vous confirmez Jean-Marie Fabre ? "Oui. Le cycle végétatif de la vigne reste le même. Si la grappe se développe plus tôt, la récolte arrive elle aussi plus tôt", vulgarise le vigneron installé à Fitou (Aude), qui dirige, depuis avril dernier, le syndicat des Vignerons Indépendants de France.
Et ce phénomène n’est pas nouveau… "Depuis une dizaine d’années, les vendanges s’organisent de plus en plus tôt", souffle l’homme à la tête du clan Fabre. Une période qui coïncide drôlement avec une accélération du réchauffement climatique. Selon l’Institut de recherche sur l’impact du climat de Potsdam, la température moyenne mondiale a augmenté d’environ 0,35 degré depuis 2015, contre 0,20 degré par décennie depuis 1970. Coïncidence ? Pas vraiment pour Jean-Marie Fabre : "la vigne et les vignerons subissent depuis longtemps les conséquences de la violence du dérèglement climatique".
Tantôt le gel, tantôt la grêle. Tantôt la sécheresse, tantôt les canicules. "Le problème, c’est la répétition de ces événements climatiques", témoigne Laurianne Tournier, productrice de Grenache à Trouillas (Pyrénées-Orientales). "Avant, on en avait moins d’aléas climatiques. On vendangeait donc plus tard", se remémore la présidente du Syndicat des vignerons des Pyrénées-Orientales. Elle est loin l’époque où la vigneronne donnait ses premiers coups de sécateur à la mi-septembre. Il faut remonter aux années 2000, Laurianne Tournier avait une quinzaine d’années.
La canicule et la sécheresse ne devraient pas dégrader la qualité du vin… Elle pourrait, pourtant, affecter la quantité de rouge disponible. "La vigne résiste très bien à la chaleur, mais les trois vagues de canicules en moins de trois mois ont réellement eu un impact les parcelles", assure l’homme à la tête président de la Chambre d’agriculture de l’Aude. Conséquence : la récolte s’annonce, une nouvelle fois, compliquée. Comme en 2023. Comme en 2024. Comme en 2025. Avant même le début des vendanges, les pertes pourraient atteindre jusqu’à… 25 % de la production sur certaines exploitations. "Si les récoltes sont trop compliquées, nous attendons des aides publiques, qu’elles soient régionales ou nationales", glisse la vigneronne trouillasenques.
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Les potentielles aides financières… Mais aussi d’éventuelles solutions structurelles, comme un meilleur accès à l’eau. Car dans le domaine viticole de Laurianne Tournier, niché au cœur du massif des Aspres – le même massif amputé de près de 5 000 hectares de végétation après l’incendie de Trévillach –, l’eau se fait rare. Il faut donc être créatif, et "trouver d’autres solutions", souffle la quadragénaire. Parmi elles : limiter le travail du sol pour conserver un maximum d’humidité ou encore installer des ombrières. "Elles permettent de faire baisser la température et de protéger les grappes de l’échaudage", explique Jean-Marie Fabre. Car ce mercredi 15 juillet, le soleil brûle toujours. Dans les rangs de sa vigne, le thermomètre dépasse les 30 °C. Une chaleur, suffisante pour placer l’Aude et 70 autres départements en vigilance orange canicule.