Jacques Lœuille revient sur la représentation plurielle de la folie dans l’art et la société. Ce soir à 18h sur Arte.
« Le Portement de Croix », 1515 de Jérôme Bosch dans « Le Temps des fous » JACQUES LOEUILLE
De la fin du XVe siècle au milieu du XIXe siècle, la folie hante l’histoire de l’art. On la retrouve aussi bien dans les fresques terrifiantes de Bruegel l’Ancien ou de Jérôme Bosch, ce « faiseur de diables » mettant en scène la cruauté et le vice pour mieux prêcher la moralité chrétienne, que, plusieurs siècles plus tard, dans le personnage de Quasimodo, archétype du monstre émouvant et doué de sentiments inventé par Victor Hugo.
Dans un documentaire à l’iconographie particulièrement riche, le réalisateur Jacques Lœuille revient sur l’histoire de ceux que l’on a considérés comme fous au fil des siècles et recense leurs représentations, du Moyen Age aux romantiques.
Une forme de résistance aux puissantsSon film, qui convie conservateurs, historiens et neurologues, révèle comment cette figure incarne alors les angoisses d’une Europe en pleine mutation, frappée par les crises (épidémies, hérésies, guerres), marquée par le choc d’inventions décisives comme celle de l’imprimerie par Gutenberg en 1450 ou par de grandes découvertes, notamment celle du Nouveau Monde, par Christophe Colomb en 1492.
Divisé par le schisme religieux de la Réforme, le Vieux Continent voit émerger, au XVIIIe siècle, les germes du capitalisme et de la bourgeoisie. Dans ce monde bouleversé et bouleversant, le dément est d’abord l’hérétique, celui qui a perdu la conscience, donc la foi, avant de devenir le bouffon, apprécié par les rois et reines et bénéficiant d’un statut privilégié qui lui octroie le droit de s’exprimer impunément et de se moquer librement de quiconque en public. Le fou prend peu à peu un caractère plus subversif, figurant même une forme de résistance aux puissants. Pour les romantiques, la folie s’empare surtout de celui qui perd la raison par amour.
Jacques Lœuille signe un documentaire dense, à la mesure de cette représentation plurielle et hors norme de l’insensé, figure incontournable des arts nobles et de la culture populaire européenne.
◗ Dimanche 26 juillet à 18h00 sur Arte. Documentaire de Jacques Lœuille (2023). 50 min. (Disponible en replay jusqu’au 11 janvier 2027 sur Arte.tv).
Par Hélène Riffaudeau