Julie Scheibling filme le quotidien de son père, atteint d’une maladie neurodégénérative, en trace un portrait attachant, et met en lumière le rôle des aidants. Ce soir à 23h35 sur France 3.
« Nos vies suspendues » d’Olivia Fégar et de Julie Scheibling MIL SABORDS
Pendant toute leur enfance, Christian a filmées ses deux filles à la plage, dévalant les pistes de ski ou dansant dans le salon familial. Depuis six ans, il est atteint d’une maladie neurodégénérative. Aujourd’hui, c’est l’aînée, Julie, qui prend la caméra. Parisienne, elle se rend régulièrement au Havre, où il vit, pour l’aider à remplir les papiers de la mutuelle, relancer une ambulance, l’accompagner à un rendez-vous médical.
Plus la maladie gagne du terrain, plus les décisions se font complexes et délicates : curatelle, entrée en Ehpad, fauteuil électrique. Entre deux démarches, il reste cependant des marges : une conversation sur sa collection de jouets, une sortie en avion pour admirer le découpage des falaises normandes, une ultime balade en bateau.
Traversée de révolte et de tristesseLe film trace le portrait attachant de cet homme, ancien graphiste, habité par une joie tenace, comme en attestent photos et vidéos d’époque, mais aussi son sourire dont il ne se départit jamais malgré les épreuves. Christian ne manque pas non plus d’humour, comme, lorsqu’il répond un matin à une aide-soignante n’avoir « pas de rendez-vous médical, non – rendez-vous avec [lui]-même ». Mais la caméra de Julie, épaulée par celle de sa coréalisatrice Olivia Fégar, ne filme pas seulement un père qui décline ; elle enregistre aussi ce qu’il en coûte de veiller sur lui.
Le documentaire met ainsi en lumière, à travers elle, le rôle épuisant d’aidant. Face caméra, la jeune femme livre un monologue bouleversant qui donne tout son sens au titre du film : depuis six ans, sa vie se révèle, comme celle de sa sœur, « suspendue » à celle de son père, elle-même suspendue.
Traversée de révolte et de tristesse, celle qui ne se voit pas faire un enfant dans ces conditions lâche : « Quand est-ce que je peux ne pas rêver de ça la nuit ? », « Quand est-ce que je peux juste avoir trois jours de vacances où je n’ai pas à me soucier de ça ? » Il en ressort une critique en creux du système français, à travers cette question : qui aide les aidants ? Un documentaire qui met en lumière la réalité cruelle de millions de personnes accompagnant un proche.
◗ Lundi 27 juillet à 23h35 sur France 3. Documentaire d’Olivia Fégar et de Julie Scheibling (2026). 1h05. (Disponible en replay sur france.tv).
Par Hélène Riffaudeau
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