Netflix se présente usuellement comme le bon élève du paysage audiovisuel français. Et pour cause, la plateforme a investi massivement dans les productions locales, ouvert des bureaux à Paris et multiplié les collaborations avec les producteurs français. Aujourd’hui, son discours évolue sensiblement. Sans remettre en cause son engagement, le géant américain estime désormais que les [...]
Netflix se présente usuellement comme le bon élève du paysage audiovisuel français. Et pour cause, la plateforme a investi massivement dans les productions locales, ouvert des bureaux à Paris et multiplié les collaborations avec les producteurs français. Aujourd’hui, son discours évolue sensiblement. Sans remettre en cause son engagement, le géant américain estime désormais que les règles françaises de financement atteignent progressivement leurs limites. Un changement de ton qui dépasse largement le cas de Netflix et pose une question de fond : jusqu’où les plateformes internationales doivent-elles financer la création européenne ?
Depuis l’entrée en vigueur des nouvelles obligations issues de la directive européenne, les plateformes de streaming doivent consacrer une partie importante de leur chiffre d’affaires français au financement d’œuvres européennes. Netflix affirme aujourd’hui investir plus de 250 millions d’euros chaque année dans la création française, faisant de l’entreprise l’un des principaux financeurs privés du secteur. Ce qui était initialement présenté comme une contrainte réglementaire est progressivement devenu un pilier du financement audiovisuel français.
La plateforme soulève désormais un paradoxe rarement évoqué. Si les chaînes historiques réduisent progressivement leurs investissements pendant que les plateformes continuent d’augmenter les leurs, celles-ci pourraient représenter près de la moitié du financement privé de la création française d’ici quelques années. Pour Netflix, cette situation pose une question inattendue. Peut-on encore parler de souveraineté culturelle si une part aussi importante des productions françaises dépend d’entreprises américaines ? Le sujet dépasse donc la simple question financière. Il touche directement à l’équilibre du modèle culturel français.
Cette prise de position intervient alors que Bruxelles prépare une révision de la directive sur les services de médias audiovisuels. Netflix ne réclame pas la disparition des obligations actuelles. L’entreprise demande plutôt que les contributions restent proportionnées et qu’un mécanisme de plafonnement puisse être envisagé lorsque certains seuils sont atteints. Autrement dit, la plateforme souhaite éviter que son succès commercial entraîne automatiquement une augmentation continue de ses obligations d’investissement.
Au-delà du cas français, ce débat rejoint celui de la souveraineté numérique européenne. L’Europe souhaite préserver sa production audiovisuelle tout en attirant les investissements des plateformes internationales. Netflix, de son côté, cherche à conserver une visibilité économique à long terme. La prochaine révision de la directive européenne pourrait donc redessiner les relations entre les États, les plateformes et les producteurs pour la décennie à venir.
En définitive, ce dossier est probablement l’un des plus intéressants de l’année pour le secteur du streaming. Il ne s’agit pas simplement d’une discussion sur le montant des investissements de Netflix. C’est l’ensemble du modèle français de financement de la création qui entre dans une nouvelle phase. Si les règles évoluent, leurs effets concerneront non seulement Netflix, mais aussi Disney+, Prime Video, Max, Apple TV+ et l’ensemble des plateformes opérant en Europe. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si Netflix paiera davantage ou moins, mais comment concilier attractivité économique, souveraineté culturelle et financement durable de la création française dans un marché devenu mondial.