Pour Johan Museeuw comme pour son patron Ralph Denk, Remco Evenepoel a plus que réussi sa première saison chez Red Bull-BORA-hansgrohe. Plus complet et plus serein, le Belge doit encore trouver les clés pour franchir les derniers paliers. ...
C'est la loi du haut niveau : avant même le dernier rendez-vous d'une saison, il faut déjà préparer la suivante. Samedi, vers 17 h 30, à quelques mètres des bus de Red Bull-BORA-hansgrohe, un peu à l'écart de l'agitation de l'arrivée du Tour de Lombardie, Ralph Denk dressait le bilan de 2026 et esquissait déjà 2027. Remco Evenepoel venait de terminer quatrième d'une course qu'il espérait gagner. Mais à l'heure de noter la première saison du Belge dans son équipe, son patron n'a pas longtemps hésité : "Neuf sur dix."
Une note que partage notre consultant Johan Museeuw. Avec les yeux d'un ancien champion qui mesure autant les progrès du coureur que ceux de l'homme. "Pour moi, il a fait une excellente saison. Il a progressé sportivement mais aussi dans sa maturité. Il est plus calme, plus serein."
Deux regards, une même note. Pourtant, Evenepoel n'a remporté ni grand tour, ni monument cette année. Avant le Chrono des Nations, son dernier rendez-vous de 2026, dimanche prochain, le Belge peut se targuer d'avoir remporté treize victoires individuelles.
Paul Seixas, vingt ans et déjà monumentalParmi elles, l'Amstel Gold Race, deux étapes du Tour de France, la Classique de Saint-Sébastien, le GP Québec, le titre mondial du chrono pour la quatrième fois de rang et le titre européen sur route. Ce dernier lui a permis de compléter sa collection : champion de Belgique, d'Europe, du monde et olympique, chaque fois sur route et contre la montre.
Le bilan 2026 de Remco Evenepoel ©IPM GraphicsMais son bilan ne se limite pas aux trophées : sa première année dans la structure Red Bull a surtout montré un coureur en progression, avec encore une marge de progression.
Son meilleur Tour de FrancePour Museeuw, l'évaluation commence logiquement par l'objectif qui avait motivé le changement d'équipe : le Tour de France. "Il a quitté Soudal – Quick Step pour progresser dans les grands tours. Et il a progressé. Quand on termine deuxième de la Grande Boucle, on a atteint un objectif important de l'année."
Cette deuxième place demande évidemment une nuance : l'abandon de Jonas Vingegaard a modifié la hiérarchie. Notre consultant l'intègre à son raisonnement. Cela n'efface toutefois pas la portée des deux succès d'Evenepoel, dont celui au sommet du Plateau de Solaison, son premier dans une étape en ligne du Tour avec arrivée sur un col. Au sprint, devant Tadej Pogacar.
La victoire de Remco Evenepoel devant Tadej Pogacar au Plateau de Solaison a été un des moments marquants de sa saison 2026. ©BelgaimageDenk y voit le principal acquis de la saison. "Nous avons vu sur le Tour le meilleur Remco de sa carrière. Cela me rend heureux comme patron d'équipe parce que nous avons réussi à tirer le maximum de lui."
Au-delà du classement, Evenepoel a montré une solidité nouvelle dans la durée. Sa troisième semaine et ses deux victoires tardives (quinzième et seizième étapes) ont donné du poids à ses ambitions. Les grands tours, qu'il veut tous accrocher à son palmarès, restent au centre de son projet.
Museeuw comprend que l'été dernier ait encore renforcé cette conviction. "Quand on termine deuxième, on peut se dire qu'on a aussi la possibilité de gagner. Dans un Tour, un adversaire peut connaître un moment difficile, tomber malade ou chuter." S'il doit encore réduire l'écart avec Pogacar, Evenepoel s'est rapproché de la position qui lui permettrait de saisir une occasion de terminer le Tour en jaune. Un vrai pas en avant.
Jarno Widar avant son premier Tour de Lombardie : "Ma semaine italienne est déjà plus que réussie"Une préparation riche en enseignementsCette progression est d'autant plus intéressante qu'elle s'est construite dans une année un peu spéciale en termes d'encadrement. Pour sa première dans la structure Red Bull, Evenepoel a travaillé avec deux entraîneurs aux méthodes différentes : Dan Lorang au printemps puis Tim Heemskerk avant le Tour.
Le premier bloc avait été dense, avec un début de saison dès le 29 janvier et des séances particulièrement exigeantes. Les résultats avaient rapidement suivi : six victoires individuelles dès le 17 février, auxquelles s'ajoutait un succès dans le contre-la-montre par équipes à Majorque. Le printemps avait ensuite apporté d'autres satisfactions, malgré des difficultés dans les ascensions sur l'UAE Tour et une chute en Catalogne qui a compliqué l'évaluation de ses progrès en montagne.
Après de solides classiques, Heemskerk, ancien entraîneur de Vingegaard, a introduit davantage de retenue dans l'entraînement et une préparation du Tour sans compétition. Le résultat donne à l'équipe une base sur laquelle s'appuyer, même si la recherche du meilleur équilibre reste un travail permanent.
Pour Denk, la capacité de son leader à rester compétitif sur une aussi longue période constitue déjà un motif de satisfaction. "Il gagnait pour nous en janvier et il était encore dans le match samedi en Lombardie. Dix mois séparent les deux. C'est un bon signe."
Museeuw voit également une marge dans la continuité du travail. "C'était sa première année dans une nouvelle équipe, avec de nouvelles personnes et de nouveaux entraîneurs. Il peut encore progresser."
Car cette première saison a permis à Red Bull-BORA-hansgrohe d'accumuler de nombreuses données sur le Belge et de mieux comprendre ce qui fonctionne pour lui. L'équipe dispose désormais d'une base plus solide pour cibler les axes de progression et affiner sa préparation.
"Si je gagne, ce sera la meilleure saison de ma carrière"Plus complet et meilleur dans les sprintsDans une saison, il n'y a pas que le Tour de France. Troisième pour sa découverte du Tour des Flandres, troisième à Liège-Bastogne-Liège, quatrième en Lombardie : Evenepoel a terminé dans le top 4 des trois monuments qu'il a disputés. Sans en gagner un mais en répondant présent sur des terrains différents.
"Son Tour des Flandres était une très belle course", insiste Denk. Museeuw, triple vainqueur de l'épreuve, y a vu une performance qui lui permet d'envisager la victoire. "Il a démontré qu'il était capable de gagner le Ronde. À sa place, je lui accorderais un peu plus d'importance. Il a la capacité de se battre avec Pogacar et Van der Poel."
Evenepoel a aussi transformé sa manière de gagner. Son sprint, longtemps considéré comme une faiblesse, est devenu une arme, comme l'ont montré ses succès à l'Amstel, à Québec et à l'Euro. "Sur le plat, il a davantage d'explosivité. Il gagne des sprints", relève Museeuw.
Le titre de champion d'Europe de Remco Evenepoel a beaucoup de valeur à ses yeux. ©BelgaimageLa Lombardie a néanmoins exposé une difficulté que Museeuw identifie dans les finales les plus exigeants. "Quand les grands coureurs accélèrent dans les fortes pentes, il lui manque encore un petit quelque chose pour rester avec eux. Il peut revenir ensuite mais, au moment de l'accélération, il doit laisser filer."
Le contraste l'interpelle : plus explosif dans les sprints, Evenepoel ne dispose pas toujours de la même réponse lorsque les pourcentages deviennent très élevés. Museeuw s'interroge sur le rôle de sa musculature et de l'évolution de son entraînement et de son poids.
Denk évoque aussi la fraîcheur comme explication. "Samedi, Paul Seixas était à un autre niveau. Tous les autres étaient assez proches." Puis, il avance une hypothèse : "Pour être au Tour de Lombardie à son tout meilleur niveau, il aurait peut-être été préférable de faire l'impasse sur le championnat d'Europe."
Le titre européen avait une grande valeur pour Remco. Mais son enchaînement avec les Mondiaux et la Lombardie nourrit la réflexion sur le calendrier. Pour un coureur capable de gagner dans autant de registres, choisir devient presque aussi important que se préparer.
Encore une marge de progression en 2027Museeuw retient enfin la sérénité nouvelle d'Evenepoel, moins enclin à s'agacer que par le passé. "Il sait qu'il s'est bien préparé, qu'il sera prêt et qu'il aura une occasion de gagner. Mais il accepte aussi de voir comment la course se déroule." Cette maturité se retrouve dans sa manière d'affronter les journées moins favorables, avec une combativité qui a été le fil rouge de sa fin de saison.
Pour construire le calendrier 2027, Denk discutera avec son leader, en tenant compte de ses envies et des parcours des grands tours. Evenepoel a lui-même ouvert la porte au Giro, ces derniers jours. "Mais ce n'est pas comme au football, où le terrain est toujours le même. En cyclisme, nous devons aussi analyser les parcours", précise Denk.
Museeuw penche pour un printemps de classiques puis une préparation ciblée sur le Tour. Il se montre moins favorable, à ce stade, à un doublé Giro-Tour : "Pour moi, Remco devrait refaire le Tour des Flandres et d'autres courses d'un jour puis bien préparer le Tour de France."
Dans tous les cas, les objectifs d'Evenepoel semblent déjà clairs : ajouter un nouveau monument ou un grand tour à son bilan de fin d'année, en 2027. Pour aller chercher le dix sur dix.
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