Le gouvernement veut mettre fin à la gratuité du BTS et augmenter en même temps les frais d’inscription pour les classes préparatoires. Au risque d’ajouter de l’huile sur le feu de la colère lycéenne et étudiante.
Politique 01/10/2026 15:53 Actualisé le 01/10/2026 18:57
Le gouvernement veut mettre fin à la gratuité du BTS et augmenter en même temps les frais d’inscription pour les classes préparatoires. Au risque d’ajouter de l’huile sur le feu de la colère lycéenne et étudiante.

IAN LANGSDON / AFP
Sébastien Lecornu photographié à l’Assemblée nationale le 5 décembre (Photo by Ian LANGSDON / AFP)
Si le sens du timing était un examen, le gouvernement de Sébastien Lecornu se ferait recaler. Ce jeudi 1er octobre, alors que la colère des lycéens monte et s’étend lentement aux universités, l'heure était à la présentation des textes budgétaires pour 2027. Avec parmi les mesures annoncées, l’instauration de droits d’entrée pour les BTS et les classes préparatoires.
Le projet de loi de finances prévoit pour les étudiants non boursiers de faire payer 178 euros de droits annuels en BTS (brevet de technicien supérieur) et 270 euros pour ceux en classe préparatoire aux grandes écoles. Le montant de ces droits d’inscription sera revalorisé chaque année pour suivre l’inflation, prévoit le projet de loi de finances. La « gratuité » actuelle de ces formations « constitue une singularité au sein de l’enseignement supérieur », justifie le gouvernement pour introduire ces sommes qu’il qualifie de « modiques ».
L’inscription dans un cursus de BTS est à ce jour gratuit. En revanche, ce n’est pas le cas pour les étudiants de classe préparatoire, obligés de s’inscrire en parallèle à l’université, notamment pour obtenir les équivalences de diplôme (L2 ou L3) à l’issue des années de prépas. Pour l’année 2026-2027, ces frais d’inscription étaient fixés à 178 euros. S’y ajoute la contribution vie étudiante et de campus (CVEC), applicable à tous les étudiants, et d’un montant de 105 euros pour les non-boursiers cette année.
Le gouvernement évoque le coût « plus élevé » de ces filières« La gratuité actuelle s’applique uniformément, sans considération des ressources des étudiants, alors que le régime des droits d’inscription à l’université tient compte de la situation de chacun », souligne le gouvernement. Une situation d’autant plus injuste, affirme-t-il, que les étudiants en CPGE et en BTS « représentent un coût annuel moyen plus élevé que dans les autres filières », « respectivement 19 000 et 17 000 contre 12 500 euros à l’université ». Le gouvernement met aussi en avant le nombre toujours plus important d’étudiants en classe préparatoire, soit 87 000 en 2024 contre « quelques milliers à la fin des années 40 », et en BTS, où ils sont 217 000.
Problème : au-delà de l’augmentation du coût de la vie étudiante dénoncée chaque année par les associations, la mesure gouvernementale intervient en pleine mobilisation des lycéens pour dénoncer leurs conditions d’apprentissage insalubres. Et ils sont désormais rejoints par les étudiants. Selon le syndicat L’Union étudiante, environ une trentaine de campus étaient bloqués ce jeudi. « Il y a pas mal de mobilisation pour aider les lycéens mais aussi pour faire passer le message autour de la loi Bienvenue en France et l’accessibilité aux études qui devient de plus en plus compliquée », explique un étudiant de l’université Rennes 2, où le blocus a été voté mercredi soir, à l’AFP.
Lecornu accusé de jouer le « pyromane »Dans ce contexte inflammable, l’instauration de ces frais supplémentaires a été dénoncée comme une « provocation » par la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. « J’ai envie de demander, est-ce que M. Lecornu est un pyromane ? », a-t-elle fait mine de s’interroger sur franceinfo. « Alors que nos lycées sont en feu au sens propre comme figuré malheureusement, le budget contient une provocation supplémentaire en installant des frais d’inscription pour les BTS et les étudiants en classe prépa », a-t-elle grondé.
À l’unisson, plusieurs responsables de gauche lui ont emboîté le pas. « Un sacré sens du timing à Matignon ! » a amèrement ironisé le sénateur communiste Pierre Ouzoulias. De son côté, Boris Vallaud a fustigé un gouvernement qui fait « passer les étudiants à la caisse » en réponse à leur mobilisation. « Lecornu choisit le moment de la mobilisation des jeunes des lycées et des universités pour aggraver l’injustice sociale dans les études. Cette provocation montre bien qui est responsable de la révolte des jeunes », a abondé l’insoumis Jean-Luc Mélenchon, lui-même accusé par le Premier ministre d’avoir incité les contestataires à la violence. Face à l’élargissement de la mobilisation, une cellule de crise interministérielle a été convoquée à la mi-journée autour du Premier ministre.