Cultiver en Lot-et-Garonne un poivre capable de trouver sa place sur les tables des chefs étoilés : le pari était pour le moins audacieux. À La Ferme des 3 Soleils, la famille Tesson-Quéro consacre désormais près d’un...
l'essentiel Cultiver en Lot-et-Garonne un poivre capable de trouver sa place sur les tables des chefs étoilés : le pari était pour le moins audacieux. À La Ferme des 3 Soleils, la famille Tesson-Quéro consacre désormais près d’un hectare aux poivres de Sichuan et de Timut. Une production encore confidentielle en France, qui symbolise surtout la spectaculaire reconversion de cette ancienne exploitation céréalière, aujourd’hui tournée vers le bio, les fruits à coque et la création de filières locales pour des produits habituellement importés de l’autre bout du monde.
En France, la gastronomie est une véritable institution et les épices occupent une place essentielle dans la création des plats. Parmi elles, le poivre tient évidemment une place de choix. Comme pour toutes les matières premières, les grands chefs accordent une attention particulière à sa provenance et à sa qualité. Et certains se tournent désormais vers une filière française encore confidentielle. Une production dans laquelle l’un des acteurs importants du secteur a choisi de faire pousser cette précieuse baie… en Lot-et-Garonne.
Sur nos tables depuis le Moyen ÂgeL’histoire du poivre en France remonte au Moyen Âge, lorsque les épices étaient encore des produits de luxe venus de contrées lointaines. À cette époque, le poivre était même considéré comme un symbole de richesse et de statut social. Rapporté par les marchands empruntant les grandes routes commerciales à travers l’Asie et le Moyen-Orient, il était essentiellement réservé aux tables les plus aisées.
Les siècles ont passé et le poivre s’est largement démocratisé. Il a peu à peu conquis toutes les strates de la société française jusqu’à devenir l’un des ingrédients incontournables de la cuisine quotidienne. Mais si chacun ou presque possède aujourd’hui un moulin à poivre dans sa cuisine, rares sont ceux qui imaginent que celui-ci peut être cultivé en France. Et encore moins en Lot-et-Garonne.
Un poivre lot-et-garonnais sur les tables étoiléesPour la famille Tesson-Quéro, à la tête de La Ferme des 3 Soleils, le poivre occupe désormais une place à part dans la production. Sur ce vaste domaine où poussent principalement amandiers, oliviers, pistachiers ou encore noix de pécan, près d’un hectare est consacré aux poivres de Sichuan et de Timut.
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« Nous travaillons depuis longtemps avec de nombreux chefs étoilés et il y avait un véritable besoin en poivre local. Nous avons voulu créer une filière ici pour répondre à cette demande », explique André Tesson, agriculteur à l’origine du projet.
Aujourd’hui, la production de La Ferme des 3 Soleils représenterait environ 10 % de la production française de poivre. Un pari osé qui semble avoir trouvé son public, jusque dans les cuisines les plus prestigieuses. « Notre poivre de Sichuan, par rapport à celui du Sichuan, est bon, paraît-il ! », sourit André Tesson. Derrière la boutade se cache une certaine fierté : celle d’avoir réussi à faire pousser localement un produit que l’on associe traditionnellement à des milliers de kilomètres du Lot-et-Garonne.
D'une agriculture intensive à une exploitation vertueuseImplanté à Labretonie et à Gontaud-de-Nogaret, le domaine n’a pourtant pas toujours ressemblé à celui d’aujourd’hui. L’exploitation était autrefois tournée vers les céréales et les semences, ainsi que vers les travaux agricoles. Des problèmes de santé liés aux produits phytosanitaires ont finalement poussé la famille à revoir complètement son modèle.
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Les grandes cultures céréalières ont été abandonnées, les imposants engins agricoles vendus et l’exploitation s’est tournée vers la production biologique de fruits à coque.
« Bons pour la santé et trop souvent produits à l’étranger, j’avais envie de transmettre le flambeau d’une exploitation vertueuse à mes deux fils, Anthony et Dimitri », raconte André Tesson, créateur et moteur de cette profonde transformation.
Une reconversion guidée par une volonté : produire localement des denrées très largement importées. « Notre objectif était de créer des filières de production locale, maîtrisée et de qualité, tout en limitant l’impact de l’activité agricole sur l’environnement, notamment en abandonnant les produits phytosanitaires. »
La famille met également en avant le rôle joué par ses vergers dans la captation du carbone. Avec environ 50 000 arbres répartis sur 200 hectares, l’exploitation estime cette captation à près de 20 000 tonnes de CO2 par an. Les circuits courts et la distribution locale participent eux aussi à cette philosophie, en limitant notamment les distances parcourues par les produits.
De l’innovation et de nouveaux projetsÀ La Ferme des 3 Soleils, cultiver ne suffit pas. Une partie des récoltes est également transformée sur place afin d’imaginer de nouvelles recettes. Le poivre se retrouve ainsi dans différents produits, notamment des sachets d’amandes ou de l’hydrolat. Une nouvelle gamme de sels doit également voir le jour dans les prochains mois.
« Nous essayons en permanence de proposer de nouveaux produits », explique André Tesson. L’agriculteur avait ainsi imaginé une pâte à tartiner à la noisette dans laquelle le chocolat était remplacé par de la caroube. Un produit primé qu’il a même eu l’occasion de faire goûter au prince Albert II de Monaco.
L’histoire ne devrait d’ailleurs pas s’arrêter là. « Au printemps 2027, nous allons planter nos propres caroubiers, dont le prince sera le parrain », se réjouit André Tesson.
Du poivre de Sichuan aux fruits à coque, en passant bientôt par la caroube, la famille poursuit ainsi son pari : acclimater en Lot-et-Garonne des productions habituellement venues de loin et construire autour d’elles des filières locales. Une démarche que La Ferme des 3 Soleils fait connaître directement au public, avec une présence annoncée sur plus de 250 marchés par an.