Elle est la première femme à accéder cette fonction. À la tête du syndicat des vignerons des Pyrénées-Orientales depuis le 6 juillet 2026, Lauriane Tournier succède à David Drilles et prend les rênes dans un contexte...
Elle est la première femme à accéder cette fonction. À la tête du syndicat des vignerons des Pyrénées-Orientales depuis le 6 juillet 2026, Lauriane Tournier succède à David Drilles et prend les rênes dans un contexte particulièrement difficile. La vigneronne de Trouillas veut fédérer une profession fragilisée par les crises et la sécheresse, alors que le mégafeu de Trévillach a détruit 150 hectares de vignes.
Vous venez d’être élue présidente du syndicat des vignerons des Pyrénées-Orientales. Quel est votre parcours ?
Je suis fille de vignerons depuis plus de six générations à Trouillas. J’ai toujours voulu reprendre le domaine familial mais mes parents m’ont d’abord encouragée à aller voir ce qui se faisait ailleurs. J’ai suivi un bac scientifique en lycée agricole, puis un master en école de commerce spécialisé dans le vin. J’ai travaillé chez des négociants, dans des caves coopératives et particulières avant de revenir en 2016 reprendre l’exploitation familiale. J’y ai recréé une cave particulière et lancé le Clos Cérianne où je vinifie deux hectares et demi de vieilles vignes de plus de 60 ans.
Comment passe-t-on de vigneronne à présidente du syndicat ?
Le syndicalisme fait partie de mon histoire. Mes parents étaient très investis. Enfant, j’entendais déjà les discussions sur l’avenir de la viticulture autour de la table familiale. Je me suis ensuite engagée chez les Jeunes Agriculteurs, puis à la FDSEA et chez les Vignerons indépendants. Je n’arrive pas ici par hasard. C’est un engagement qui s’est construit au fil des années.
Vous devenez la première femme à présider le syndicat…
C’est une fierté, bien sûr. Mais au-delà de cet aspect symbolique, je veux surtout être la présidente de tous les vignerons. Ce qui compte aujourd’hui, ce n’est pas qui dirige, mais la capacité à défendre la profession.
Vous prenez vos fonctions dans une période particulièrement compliquée…
Oui. Les exploitations traversaient déjà une crise profonde et le mégafeu de Trévillach est venu ajouter une nouvelle épreuve. Une vingtaine de vignerons ont été touchés et environ 150 hectares de vignes sont partis en fumée. Les difficultés économiques existaient déjà, les moral est très bas. Notre rôle est d’accompagner ces exploitants et de défendre leurs intérêts auprès des collectivités et de l’État.
"La vigne peut jouer un rôle essentiel dans la création de ceintures vertes autour des villages"
Quelles seront vos priorités ?
Je veux avant tout fédérer. Aujourd’hui, personne ne s’en sortira seul. Il faut que l’ensemble de la profession parle d’une seule voix. Moi, je ne crois pas à la fin de la viticulture. Je me bats déjà chaque jour pour mon exploitation et je me battrai jusqu’au dernier souffle pour la viticulture départementale.
Le feu remet aussi en lumière la question des friches agricoles…
C’est un enjeu majeur. Avec la déprise agricole, les friches se multiplient et deviennent de véritables réservoirs de combustible. Il faut absolument remettre ces terres en culture. La vigne peut jouer un rôle essentiel dans la création de ceintures vertes autour des villages. Elle protège nos paysages, notre patrimoine et peut aussi contribuer à limiter la propagation des incendies.
Au-delà de la gestion de crise, quelle est votre ambition pour la viticulture des Pyrénées-Orientales ?
Je veux aussi redonner de la fierté aux vignerons. Quand on participe à des salons, nos vins ne sont pas toujours suffisamment connus ou souffrent parfois d’une image qui ne reflète pas leur qualité. Il faut promouvoir davantage notre viticulture. Nous avons un territoire exceptionnel et des vignerons passionnés. À nous de remettre cette richesse en lumière.