Après l’incendie qui, le 2 juillet 2026 est parti de sa commune de Sainte-Marie-la-Mer, a embrasé plusieurs campings sur son passage jusqu’au pôle nautique de Canet-en-Roussillon, le maire Edmond Jorda veut tirer les...
Après l’incendie qui, le 2 juillet 2026 est parti de sa commune de Sainte-Marie-la-Mer, a embrasé plusieurs campings sur son passage jusqu’au pôle nautique de Canet-en-Roussillon, le maire Edmond Jorda veut tirer les enseignements de ce sinistre qui aurait pu virer au drame. Au-delà de la prise en charge à dimension humaine des milliers de vacanciers évacués et du formidable élan de solidarité qui ont permis de faire face à cette épreuve, l’élu réclame aujourd’hui un réaménagement concret pour la protection de la population sur le littoral.
Edmond Jorda, comment tout a démarré ce jeudi 2 juillet ?
En fin de matinée, on nous a signalé un incendie à proximité du camping Le Sainte-Marie. Le feu, avec une tramontane à plus de 80 km/h, s’est rapidement propagé. La pointe du camping Le Sainte-Marie (qui a aujourd’hui rouvert ses portes NDLR) a été ravagée par les flammes. Ça a emporté 27 mobile-homes. De là, il y a eu une saute de feu jusqu’en bordure de la Têt, elle est allée toucher l’autre rive, c’est-à-dire Canet-en-Roussillon, avec les campings Le Marina et Le Brasilia, puis ensuite le pôle nautique de Canet.
Quelles sont les premières mesures mises en place ?
Très rapidement, j’ai déclenché le plan communal de sauvegarde. Et on a commencé à évacuer les résidents du camping de Sainte-Marie. On a accueilli 250 personnes au village à la salle Saint-Exupéry. On s’est mis en ordre de bataille. Un médecin qui est dans mon équipe est passé parmi les personnes évacuées, a renouvelé des ordonnances et a été en lien avec la pharmacie de Sainte-Marie qui a offert des médicaments. On avait tout prévu pour les garder pour la nuit. On pensait en rester là. En fait, ça, c’était le plus facile.
"Honnêtement, c’était un véritable exode"Pourquoi la situation se complique ?
Nous ne nous attendions pas à gérer toutes les personnes qui étaient coincées au camping le Brasilia à Canet, qui se sont retrouvées sur la plage, qui ont traversé l’embouchure de la Têt à pied, ou pour ceux qui avaient le plus de difficultés, en bateau avec les sauveteurs en mer. Ils sont arrivés sur la plage de la Crouste, au port de Sainte-Marie-la-Mer. J’étais parmi les premiers à les orienter, avec mon gilet jaune, à leur parler en anglais, parce qu’il y avait beaucoup d’étrangers. Nous les avons accompagnés jusqu’à la salle Oméga. Il faut vous imaginer les petites navettes 9 places de la mairie qui partaient de l’entrée du port et qui allaient de l’autre côté, sur le quai sud, pour récupérer les personnes les plus en difficulté. Les bus de la communauté urbaine sont venus en appui très rapidement. Ça a été exceptionnel.
Certaines images vous ont marquées je crois ?
Je me suis rendu compte que les gens arrivaient quasiment dénudés : en claquettes quand ils en avaient, certains étaient pieds nus, en maillot de bain, sans tee-shirt. Il y avait des enfants sans leurs parents, des personnes avec des cannes, beaucoup de poussettes, des gens qui avaient pris leur vélo aussi. Tout ça dans un flot ininterrompu. Je ne m’attendais pas du tout à voir autant de monde. Honnêtement, c’était un véritable exode.
Donc, nouvelle difficulté à affronter ?
À 16 h, à la salle Oméga il y avait 600 personnes. Il y en avait encore 250 à la salle des fêtes. Et il en arrivait d’autres… Nous avons décidé d’ouvrir des salles à Torreilles, Le Barcarès et Rivesaltes, qui ont récupéré entre 100 et 150 personnes chacune. Au total, il y a eu plus de 1 000 personnes qui ont transité par Sainte-Marie. Il y avait les petits bobos, les gens qui étaient choqués, beaucoup de personnes qui pleuraient parce qu’elles pensaient avoir tout perdu. Mais, paradoxalement, tous étaient d’un très grand calme ce qui nous a facilité la tâche. Le soir, à Sainte-Marie, il restait 150 personnes que nous avons hébergées gracieusement dans des bungalows du camping municipal. On a amené 200 repas faits par l’Udsis, 200 sandwichs offerts par Canohès, des produits d’hygiène distribués par l’association de la sécurité civile.
"On sait qu’il y a cette problématique, il faut agir"Quel est le premier souvenir que vous gardez de cette situation d’urgence ?
L’élan de solidarité, au-delà évidemment des pompiers et de la préfecture qui ont assuré les secours. À la suite de notre appel aux dons, les Saint-Marinois ont apporté de tout, ils ont été formidables. Les 14 personnes de la réserve communale de sécurité nous ont été vraiment d’une aide incroyable. Dans toutes les communes impactées, on a pu se rendre compte de la nécessité, de l’efficacité et du bénéfice d’avoir ces bénévoles. Et puis les agents municipaux, les élus, tous ont mis la main à la pâte. Et tout le monde était très ému. Le paroxysme a été atteint quand on a amené les personnes évacuées aux Voiles rouges à Canet. En partant, dans les bus, c’étaient des applaudissements pour remercier les employés de la commune. Ça a été un grand moment d’émotion. Et je pense d’ailleurs que certains reviendront à Sainte-Marie.
Tirez-vous une autre grande "leçon" de cet épisode marquant ?
Comme j’ai pu le dire à la réunion de tous les acteurs concernés en préfecture, ça nous a aussi rappelé que la plage de Sainte-Marie méritait un deuxième accès sécurisé vers la route interplage ou vers le village, comme cela était prévu dans le projet de port. Aujourd’hui, si jamais il y a un événement qui bloque l’axe principal, à savoir l’avenue des Marendes, les évacuations seraient très compliquées. Je souhaite qu’on se mette autour de la table et qu’on y réfléchisse sérieusement, afin que l’on trouve une solution pour désenclaver la plage de Sainte-Marie mais aussi un financement parce que la commune ne pourra pas porter cet aménagement toute seule. Maintenant il faut vraiment le faire, on ne peut plus considérer Sainte-Marie comme la petite station balnéaire de l’époque avec 800 personnes qui y habitaient à l’année. Il y a 3 000 personnes qui résident sur le secteur de la plage et on accueille en pleine saison environ 20 000 visiteurs. J’appelle à ce qu’on m’aide. On sait qu’il y a cette problématique, maintenant il faut agir.
Edmond Jorda à la suite de cet incendie, vous passez aussi un message de vigilance et de civisme ?
"Il faut se dire que dans notre malheur, on a quand même eu de la chance. Il n’y a pas eu de décès, ni de blessés graves. Mais il faut vraiment sensibiliser tous les gens qui ont des terrains mal entretenus ou cabanisés, où il y a des dépôts sauvages. Car, rappelons le encore, 90 % des incendies sont d’origine humaine.
Là, il y a une enquête en cours pour déterminer les causes de cet incendie. On verra et je ne veux pas présupposer des conclusions des investigations. Mais, j’ai vu le feu sur ses premiers instants et ce n’est pas parti du camping. Et vu la couleur des fumées, on peut quand même estimer que l’incendie a d’abord ravagé des installations et des matériaux déposés par l’homme."