Après le vote à l’Assemblée nationale de la loi d'urgence agricole, la députée de la 3e circonscription de Lot-et-Garonne, Émeline Rey, veut aller plus loin. Face à la détresse des producteurs touchés par la...
Après le vote à l’Assemblée nationale de la loi d'urgence agricole, la députée de la 3e circonscription de Lot-et-Garonne, Émeline Rey, veut aller plus loin. Face à la détresse des producteurs touchés par la sécheresse et les blocages normatifs, l’élue prépare une proposition de loi dédiée au stockage de l’eau pour les agriculteurs.
La semaine a été particulièrement dense. Alors que la loi d’urgence agricole vient d’être adoptée, Émeline Rey, députée de la 3e circonscription de Lot-et-Garonne, a tenu à faire le point sur les avancées sur la question, mais surtout tout le travail qu'il reste à faire. Tout en assumant son vote en faveur d'un texte attendu par la profession, la parlementaire prévient : il ne s'agit que d'un préambule. "Pourquoi avons-nous voté cette loi ? Parce qu’elle apporte des réponses concrètes à des attentes fortes : arrêt des importations traitées avec des produits interdits dans l'UE, contrôles renforcés aux frontières et fin de certaines surtranspositions", explique Émeline Rey.
Cependant, pour la fille de viticulteur qu’elle est, le compte n’y est pas encore face à l’ampleur de la crise. "On ne peut pas se contenter de gérer les crises les unes après les autres en distribuant des chèques d’indemnisation. On parle de réarmement militaire ; moi, je prône un réarmement alimentaire national."
L’urgence de l’eau : débloquer les projets de stockageLe cœur du combat à venir pour la députée réside dans la gestion de la ressource en eau, véritable nerf de la guerre en Lot-et-Garonne - comme partout ailleurs sur le territoire national. Si la loi d'urgence fixe un cap d'un doublement des capacités de stockage d'ici 2035 et simplifie les Projets de Territoire pour la Gestion de l’Eau (PTGE), Émeline Rey juge les délais d'instruction encore trop longs. "Il faut aujourd'hui jusqu'à sept ans pour concrétiser un projet de retenue d'eau à cause d'études environnementales interminables. Quand le projet aboutit, il est déjà dépassé par l'urgence du terrain", martèle la parlementaire.
Pour y remédier, l'élue prépare activement une nouvelle proposition de loi transpartisane axée spécifiquement sur l'eau. Son objectif : raccourcir drastiquement les délais d'instruction des retenues et simplifier le curage des réserves existantes. "En France, nous ne stockons que 4,7 % de l'eau de pluie, contre près de 50 % en Espagne. Il faut cesser d'opposer préservation environnementale et stockage : l'eau d'irrigation épandue dans les champs retourne aux nappes phréatiques et nourrit les sols", soutient-elle, réfutant toute caricature. Émeline Rey espère rallier à sa cause une majorité de députés à travers un "texte transpartisan".
Proposer une "exception alimentaire française"Dans les champs et les vergers du Villeneuvois, la situation est critique. À la suite de deux semaines de visites intensives auprès des arboriculteurs, maraîchers, éleveurs et céréaliers du département, le constat est saisissant. En pruniculture notamment, la sécheresse fait craindre des pertes allant jusqu'à 100 % sur certains vergers, contraignant à l'arrachage pur et simple sans solution immédiate de replantation. Au-delà des pertes financières, Émeline Rey alerte sur la détresse psychologique qui frappe des familles installées depuis plusieurs générations. "Près de 46 % des exploitations du Lot-et-Garonne sont aujourd'hui en difficulté. Nos agriculteurs ne se plaignent jamais ; s'ils tirent la sonnette d'alarme aujourd'hui, c'est que l'impasse est totale."
Face à ce constat, la députée a transmis une note d'urgence au Premier ministre. Son plan de résilience articule des mesures immédiates (année blanche sur les charges sociales pour les fermes touchées, report d'échéances bancaires) et des réformes stratégiques : soutien à la recherche variétale et génomique, accélération du renouvellement des vergers, et refonte globale du système assurantiel agricole dont seuls 10 % à 16 % des exploitants bénéficient aujourd'hui. Invoquant le modèle de la culture, Émeline Rey conclut : "La France a su protéger son cinéma à travers l'exception culturelle. Elle doit être capable d'instaurer une exception alimentaire française pour protéger une agriculture locale, exigeante et souveraine."