L'audit financier des comptes de la ville commandé par la nouvelle municipalité d'Agen est débattu ce lundi soir au conseil municipal. Le maire d'Agen Laurent Bruneau en a partagé les grandes lignes à l'occasion d'une...
L'audit financier des comptes de la ville commandé par la nouvelle municipalité d'Agen est débattu ce lundi soir au conseil municipal. Le maire d'Agen Laurent Bruneau en a partagé les grandes lignes à l'occasion d'une conférence de presse. Il estime que l'équipe sortante "a cramé la caisse". L'ancien adjoint aux finances Mohamed Fellah, agacé, ne comprend pas le raisonnement de l'édile et estime que les clés de la ville ont été rendues avec une situation financière "confortable". Majorité et opposition s’affrontent sur l’interprétation de cet audit. Explications.
La municipalité d'Agen, par la voix de son maire Laurent Bruneau, a dévoilé ce lundi matin, à l'occasion d'une conférence de presse, les grandes lignes de l'audit financier des comptes de la ville qu'elle avait commandé. L'enseignement majeur est que les tensions entre la majorité et l'opposition ne seront pas réglées avec cette étude de 73 pages du cabinet Klopfer. Chacun des deux camps en propose une interprétation différente, sans doute dictée par sa propre sensibilité politique.
"La ville d’Agen se caractérise par une situation financière honorable à fin 2025 avec un taux d’épargne de 13,1 % et une capacité de désendettement de 6,4 années", indique le rapport. Laurent Bruneau concède que les ratios sont au vert, il nuance aussitôt : "jusqu'à la fin de l'exercice 2025".
Entre 2023 et 2025, la dette de la ville a doubléIl note l'envolée des dépenses de personnel, en hausse de plus de 1,7 million d'euros sur l'année 2025. Elle s'explique par le glissement vieillesse technicité (GVT), la revalorisation du point d'indice et la hausse du taux de la Caisse nationale des retraites. Il souligne également l'augmentation des frais financiers (+ 48 %). "Ils flambent en l'espace de quatre ans, de 2022 à 2025", lâche-t-il avant de cibler l'endettement.
Entre 2023 et 2025, la dette de la ville a doublé "avec des pics d'investissements records en 2024 et 2025, juste avant les élections". En 2020, la moyenne des investissements du mandat était de 20 millions d'euros par an. En 2024 et 2025, elle est de 30 millions d'euros par an. La dette est passée de 21,7 M€ à fin 2022 à 42,1 M€ à fin 2025. Fin 2025, elle s'élève à près de 1 300 euros, par habitant, un cran au-dessus de la moyenne des cités de taille comparable.
"Voilà le bilan des Mozart de la finance""Autrement dit, la situation financière décrite dans cet audit est de la seule responsabilité de l'ancienne municipalité, commente Laurent Bruneau. Durant toute la campagne, l'équipe sortante a répété que la gauche lfiste allait cramer la caisse. En réalité, elle est déjà cramée." Et de résumer : "une dette doublée entre 2023 et 2025, des ratios dépassant les seuils d'alerte dès les premiers mois de 2026 et un effort de fonctionnement de 2,5 millions d'euros par an à prévoir dès cette année, voilà le bilan des Mozart de la finance".
Si Mohamed Fellah est agacé par la tenue d'une conférence de presse avant le débat au conseil municipal - il en fait une question de respect démocratique -, l'ancien adjoint aux finances, aujourd'hui élu d'opposition, ne comprend pas le raisonnement de la majorité. "L'audit conclut que les ratios sont honorables, confortables, à fin 2025, c'est-à-dire au moment où nous rendons les clés de la municipalité. La capacité de désendettement va monter à 10,3 dans les prochains mois, pourquoi ? Parce qu'en mars 2026, ils prennent la responsabilité de la ville. Le budget présenté au mois d'avril est le leur, et la décision modificative aussi".
"C'est leur choix de ne pas suivre les recommandations de l'audit"Il rappelle que, sous le maire sortant Jean Dionis, des économies sur les dépenses de fonctionnement avaient été réalisées durant trois années d'affilée, entre 1 et 2 millions d'euros à chaque fois. "Eux n'en font pas du tout en 2026 et, mécaniquement, quand vous ne faites pas d'économies, vous perdez 2 millions d'épargne. Vous êtes alors en difficulté. C'est leur choix de ne pas suivre les recommandations de l'audit."
Il glisse que les dépenses de personnel bondissent de 4 % en 2026. "Ce n'est quand même pas notre décision", lance Mohamed Fellah. De son côté, après l'expression dette grise pour fustiger le manque d'entretien du patrimoine agenais, Laurent Bruneau brandit désormais une "dette sociale". "Les services sont exsangues, les recrutements ont été gelés", commente Naïma Lesmak. "Ce n'est pas notre méthode", conclut la nouvelle adjointe en charge des finances.