Le dernier conseil municipal d’Agen, lundi soir, en lisière de l’été, a été le théâtre de joutes verbales, de ripostes, de recadrages entre la majorité et les deux oppositions. L’occasion rêvée de régler des comptes.
Le dernier conseil municipal d’Agen, lundi soir, en lisière de l’été, a été le théâtre de joutes verbales, de ripostes, de recadrages entre la majorité et les deux oppositions. L’occasion rêvée de régler des comptes.
Les débats qui se sont étirés jusqu’à 23 heures n’ont pas été empreints de sérénité, entre postures sur la défensive et blocs offensifs. Les élus, malgré la chaleur, ne se sont pas montrés atones.
Le conseil a été émaillé de remarques condescendantes, d’un "Merci professeur" adressé à Mohamed Fellah, ancien adjoint aux finances, qui renvoyait la municipalité à ses propres choix et lui conseillait de revoir sa copie, à Jon Garay, agacé que "l’ancienne majorité continue de nous donner des leçons avec suffisance", dénonçant "une culture de clientélisme", aux prises de parole un tantinet revanchardes avec un sifflet coupé par le maire, à "l’agressivité" fustigée par moments. Les esprits se sont échauffés, le tout "en live" vidéo.
Au "bon courage !" ironique de Clémence Robert dès lors qu’il s’est agi de s’attaquer au dossier de l’ex-cinéma Carnot, les critiques ont ainsi fusé tel un règlement de comptes à OK Corral très éloigné de la sonnette d’alarme tirée par les Agenais en colère, aux dernières élections municipales, qui aspiraient à plus de fermeté quant à la gestion municipale face à une ville perçue comme dégradée. Un "dégagisme", terme employé par Jean Dionis du Séjour lui-même, qui en a fait les frais.
"Il faut faire avec notre héritage"Devant un flot de reproches s’appuyant sur la révélation de l’audit financier, Claire Rives, conseillère municipale de l’opposition, s’est sentie obligée d’admettre que "c’était le jeu démocratique. Cet héritage que nous vous avons laissé, il faut faire avec ! Notre bilan est lié à la politique qui était la nôtre. Il faut aujourd’hui faire preuve de nuance."
Sébastien Delbosq, lui aussi, est monté au créneau pour faire une piqûre de rappel sur "l’abandon de l’espace public aux personnes marginalisées, avec des familles découragées d’occuper leur centre-ville". Mais il se dit prêt à voter tout projet constructif dans l’intérêt des habitants.
De toute évidence, le contentieux portait surtout sur les deux forces en présence : la garde rapprochée de l’ancien maire battu et les opposants de jadis, revenus plus forts aux affaires.
Le cas MonoprixUn conseil perçu comme un peu fourre-tout, entre écoles devenues des "bouilloires" par immobilisme lors des mandats successifs, le théâtre commué en "sauna" et d’autres "îlots de chaleur" dénoncés par le maire, la question du public qui prévaut sur le privé en matière d’écoles et de rééquilibrage pour la mise à disposition des infrastructures sportives aux scolaires.
Davantage d’égalité, de mixité, de justice sociale, de laïcité avec la mise en place d’un conseil digne de ce nom plus ouvert aux associations de pensée, ont été mis en exergue. Il a été question de votes de subventions aux associations sportives et culturelles, en rendant grâce aux bénévoles, de lien social, d’égalité des chances, du devenir des conseils de quartier en réflexion, de la redevance en matière de déchets et d’encombrants pour les pollueurs-payeurs, et de la taxe pour les enseignes publicitaires excédant une certaine dimension dans le souci de lutter contre la pollution visuelle, des tarifs des lieux culturels, etc.
"Cela fait douze années de bandes-annonces sur ce projet. Les Agenais méritent à présent la sortie d’un vrai film", a martelé Philippe Espiet, conseiller municipal délégué à l’attractivité commerciale et à la commission d’appel d’offres, au moment de présenter le rapport relatif au projet de l’ancien cinéma Carnot devenu une coquille vide et dont le terrain est en prise à des fouilles archéologiques. Un appel à "opérateur" est lancé pour construire un bâtiment susceptible d’accueillir des commerces en rez-de-chaussée et des logements avec des exigences en matière de qualité architecturale. La mise à prix minimale sera de 800 000 euros et l’appel d’offres se clôturera en décembre avant la désignation du finaliste au cours du 1er trimestre 2027.
"Depuis quand saviez-vous que Monoprix ne s’installerait pas à Agen ?", a questionné Laurent Bruneau, en interpellant Clémence Brandolin-Robert. L’ancienne première adjointe a éludé en rétorquant que l’enseigne n’avait jamais confirmé par lettre qu’elle ne viendrait pas.
Temps fort consensuel à l’unanimité de cette soirée, le journaliste emprisonné en Algérie Christophe Gleizes est devenu officiellement citoyen d’honneur de la Ville d’Agen. Le maire revendiquant l’attachement à la liberté de la presse et d’expression.