Coup dur pour l’épreuve phare du rallye en Aveyron. La course au programme du championnat de France, qui devait se dérouler demain et samedi, a été annulée sur décision de la préfecture hier, alors que le département...
l'essentiel Coup dur pour l’épreuve phare du rallye en Aveyron. La course au programme du championnat de France, qui devait se dérouler demain et samedi, a été annulée sur décision de la préfecture hier, alors que le département est touché par de fortes chaleurs et un risque incendie élevé.
Il n’y avait qu’une seule chose à craindre : que le soleil lui cogne fort sur la tête. Le rallye du Rouergue a beau être familier de la chaleur, entre le goudron fondu, les mécaniques mises à rude épreuve et la peau rougie des spectateurs les moins prudents, les conditions ont cette fois été jugées trop extrêmes. Prévue ce week-end, la manche inscrite au calendrier du championnat de France n’aura pas lieu à cause de la canicule. La décision a été prise hier par la préfecture de l’Aveyron, à deux jours du départ, ce qui place l’épreuve phare de sport mécanique du département dans une situation inédite. Depuis sa création, en 1974, elle n’avait jamais connu un tel contre-temps à quelques jours de s’élancer. La seule fois où le rallye n’a pu se tenir remonte à l’épidémie de Covid, en 2020, mais la décision avait été prise environ trois mois avant la date prévue, soit début avril, au moment où le monde entier était confiné.
Cette année aussi les circonstances poussent à vouloir se confiner, même si ce serait plutôt pour se mettre à l’abri des fortes chaleurs. Ces conditions météorologiques sont à l’origine de la décision de la préfecture, car le département est placé en vigilance orange, à la fois par rapport à la canicule et le risque de feu de forêt, jugé élevé. "Dans ce contexte, la mobilisation des services de secours constitue une priorité absolue, a souligné l’organisation du rallye dans un communiqué annonçant l’annulation. Le cœur lourd, nous comprenons pleinement cette décision et exprimons tout notre soutien au Sdis de l’Aveyron, à l’ensemble des sapeurs-pompiers ainsi qu’à tous les personnels mobilisés pour protéger les personnes, les biens et notre territoire, en Aveyron comme partout où leur engagement sera nécessaire." L’ASA Rouergue a par ailleurs insisté sur le fait que "la sécurité de tous demeure notre priorité", tout en remerciant "nos concurrents, nos bénévoles, nos partenaires, les collectivités, les commissaires, les officiels et tous les passionnés qui s’étaient investis pour faire de cette édition du rallye du Rouergue un grand rendez-vous du sport automobile".
Ces derniers jours, la menace de la canicule avait d’ailleurs poussé l’organisation à prendre certaines mesures. Selon nos informations, la préfecture avait demandé qu’une citerne de 4 000 litres soit disponible au départ de chaque spéciale, pour prévenir un éventuel départ d’incendie. Le feu a d’ailleurs été plus qu’une menace ces dernières heures, à l’image de l’incendie agricole qui s’est déclenché au Nayrac mardi. Cette même commune comporte sur son territoire la bosse de Crussac, l’un des points de passage qui attire le plus de spectateurs sur les routes du Rouergue.
"On peut comprendre cette décision. Il faut savoir mesurer les dégâts possibles", a commenté Michel Artus, le maire de Moyrazès, autre site incontournable du rallye. De nombreuses associations et commerces de son village devront faire une croix sur les retombées de l’événement, alors qu’elles ont l’habitude de se mobiliser à l’occasion du passage des bolides dans les célèbres épingles. "On rebondira, il faut se souvenir de l’époque Covid, a prévenu l’élu. Actuellement, je pense à Jean-Claude Bessaou (président de l’ASA Rouergue) et son équipe, pour qui la situation doit être difficile à vivre."
Elle a pu l’être aussi pour les engagés, pris de court d’apprendre cette annulation quasiment au dernier moment. Les pilotes venus de loin étaient déjà sur place, puisque la journée d’hier devait être consacrée aux reconnaissances. "Beaucoup ont traversé la France et effectué des dépenses pour l’hébergement, a rapporté le Millavois Florian Condamines, en évoquant la situation de certains de ses concurrents. C’est dommage de ne pas avoir anticipé un peu plus la décision, car la situation n’a pas changé depuis le début de semaine." Le pilote aveyronnais émet un autre regret : "On devient alarmiste. Il y a vingt ans, je ne pense pas qu’on aurait pris la même décision. Car des Rouergue à 35° C, on en a connu."
Mathian Catusse partage quant à lui un autre ressenti. "J’étais un peu triste quand j’ai appris la nouvelle. À ce moment-là, j’étais en train de travailler sur la voiture, on y a passé beaucoup de temps, a regretté ce pilote amateur aveyronnais qui devait découvrir le Rouergue cette année avec sa compagne Sandra Sabathier. Sur le moment, ça fait râler, mais on comprend la décision. Cela ne sert à rien de prendre des risques pour du loisir."
Alors qu’un report un peu plus tard cette année n’est pour l’instant pas envisagé par l’organisation, cette décision inédite soulève des interrogations. Les vagues de chaleur promettent d’être plus récurrentes et plus intenses dans le futur, ce qui expose fortement ce grand rendez-vous du sport aveyronnais, organisé dans la première quinzaine de juillet. L’adaptation aux fortes chaleurs devrait donc s’inviter encore plus fortement dans la réflexion des organisateurs.