Dixième Biennale de la peinture organisée conjointement par les trois musées de la Lys : Dhondt-Dhaenens, Roger Raveel et musée de Deinze.
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Près de Laethem-Saint-Martin, coule la Lys. Et en été, c'est un plaisir de s'y balader. On peut cumuler ces plaisirs avec ceux de l'art en visitant la 10e édition de la toujours passionnante Biennale de la peinture organisée près de Gand, par les trois musées de la région (Dhondt-Dhaenens à Deurle, Raveel à Machelen et le Mudel de Deinze) qui continue jusqu'au 18 octobre.
Visiter les trois musées le même jour est très aisé et revient à découvrir une exposition de plus de 50 artistes essentiellement contemporains mais souvent en lien avec des peintres modernes comme Raveel ou Spilliaert.
Carla Accardi : Verde rosso giallo nero (1967) ©Photo : D.R.Cette année, Anne Pontegnie commissaire de l'exposition au musée Dhondt-Dhaenens (MDD) a proposé un thème commun : comment étendre la définition de la peinture au-delà de la notion occidentale et moderne de la peinture sur toile ? Elle explique comment toute l'histoire de la peinture a été une libération successive des sujets religieux ou mythologiques, des portraits officiels et académiques, jusqu'à se délivrer de la figuration et du cadre de la toile. La peinture s'est sans cesse renouvelée pour s'affirmer encore aujourd'hui de mille manières.
Igshaan Adam : losing-Light 2024, Psycho-Trash ©Photo : D.R.Le résultat est particulièrement réussi au MDD qui profite de sa belle architecture.
En 2024, promenade le long de la Lys avec la peinture dans tous ses étatsAnne Pontegnie y a placé un rappel historique lié à la Lys et ses nombreux artistes avec deux charrettes peintes de Roger Raveel qu'il tirait dans les rues. En 1968, il créait une charrette avec de vraies roues et au sommet un miroir reflétant le ciel, les nuages, l'infini.
Au MDD, les artistes creusent les héritages de leur pays d'origine et utilisent tous les matériaux possibles tels que textile, céramique, verre.
Un énorme monochrome d'apparence noire de Rosemarie Trockel impose sa présence. En s'approchant on découvre qu'il est bleu et est un tricot ! Un regard subversif sur la place des femmes dans l'art souvent relégué aux arts décoratifs.
Lynda Benglis : Moctobi (2013) ©Ph: Brian BuckleyOn y trouve les peintures séduisantes de Lubiana Himid qui occupe cette année le pavillon anglais à la Biennale de Venise. Née en 1954, venue de Zanzibar, elle vit et travaille à Preston. Grande figure du Black British Art Movement, elle expose au MDD des portraits peints sur des portes de maisons anglaises.
On y retrouve aussi un drapé d'or, d'Olga De Amaral. Née en 1932 à Bogota, cette Colombienne fut révélée en Europe par la Fondation Cartier en 2024. Elle repousse les limites du médium textile en multipliant les expériences sur les matières (lin, coton, crin de cheval, gesso, feuille d'or, palladium) et les techniques : elle tisse, noue, tresse, entrelace les fils pour créer d'immenses œuvres tridimensionnelles.
Les artistes utilisent tous les matériaux possibles tels que textile, céramique, verre.
Hana Miletic aussi travaille le textile et a créé pour le MDD des grands rideaux tissés sur un métier Jacquard avec une suite de carreaux tantôt opaques, tantôt translucides. Au un superbe "collage "textile" bleu foncé et turquoise tissage inspiré d'une image montrant des réparations effectuées à l'aide de ruban adhésif sur une vitrine brisée.
Olga de Amaral Strata XII (2008) ©Photo : D.R.On retrouve aussi les "personnages fantomatiques" de Julien Creuzet qui représenta la France à Venise en 2024.
Lynda Benglis qui vient d'avoir au Barbican de Londres une exposition face à Giacometti, montre au MDD des céramiques petites et des sculptures. Les beaux vases de Kazunori Hamana répondent à la grande tapisserie faite de perles brodées avec strass et tissus du Sud-Africain Igshaan Adams.
Carla Accardi, de l'arte povera applique ses dessins aux couleurs rythmées sur des couches de plastique industriel.
En 2022,promenade dans tous les possibles de la peintureL'expo au MDD séduit par la manière de placer les œuvres dans l'architecture et de la faire résonner l'une avec l'autre.
Le musée Raveel rouvre après un an et demi de travaux. L'exposition (commissaire : Melanie Deboutte) y ménage des surprises très variées. Anne-Mie Van Kerckhoven a occupé toute une salle avec ses montages photographiques grimpant jusqu'aux murs, entre formes, couleurs et affirmations féministes.
Vidéo de Sietske Van Aerde à partir d'une aquarelle atypique de Spilliaert, La déesse des mers. ©Photo : D.R.Aglaia Konrad a reproduit, en immense, une colonne torsadée de l'église des Jésuites à Vienne, placée à l'horizontale comme un grand serpent.
Orla Barry a transposé en une grande fresque couvrant tous les murs, un dessin de Roger Raveel. Sietske Van Aerde s'est emparée d'une aquarelle atypique de Spilliaert, La déesse des mers, et l'a mise en mouvement avec des acteurs dont l'artiste Clara Spilliaert actuellement exposée au château de Gaasbeek.
Mariella Simoni: Sans titre (1991-1992) Collection Smak ©Photo : D.R.Après avoir admiré une sélection d'œuvres colorées comme des rébus, d'Alighiero Boetti, la dernière salle impressionne avec des œuvres de l'italienne Mariella Simoni (née 1948) qui ramène la peinture à une intensité physique et mentale, dans la veine de l'arte povera, Elle travaille la résine sur bois ou laisse le bois devenir peinture. On y retrouve une œuvre impressionnante de 6,8 m de long, et 2,5 m de haut, achetée en 1992 par le Smak.
Au Mudel à Deinze (commissaire : Wim Lammertijn), on peut continuer le parcours et découvrir les œuvres d'artistes belges actuels, aussi importants que Pélagie Gbaguigi, Elen Braga, et Kasper Bosmans en lien avec Gustave De Smet et Frits Van den Berghe.
Biennale de la peinture aux musées Dhondt-Dhaenens, Raveel et Mudel. Jusqu'au 18 octobre, avec un beau petit guide du visiteur en français.
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