Clara Spilliaert expose ses dessins et céramiques dans le château de Gaasbeek et montre un très beau film.
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Après David Claerbout l'an dernier, c'est la jeune et déjà très remarquée Clara Spilliaert qui a été invitée jusqu'au 15 novembre à occuper le château de Gaasbeek, à côté de Bruxelles. Disons tout de suite qu'elle n'a aucun lien familial avec le peintre Léon Spilliaert… sauf un possible ancêtre commun en 1700.
Née en 1993 à Tokyo d'une mère japonaise et d'un père belge, elle est venue en Belgique en 2009 à Bruges puis à Gand où elle a été diplômée en 2015 de la Luca School of Arts, en dessin et en céramique.
Clara Spilliaert ©Photo: Vincent PeetermansAvec ses dessins, céramiques, fresques, sculptures, installations in situ, elle a été vite remarquée : Prix Fintro du jeune espoir des arts visuels, Prix Ianchelevici 2026 de l'intégration dans le paysage pour ses bronzes dans le parcours de sculptures à la KUL, exposition à la galerie Keteleer, prix CAF au Japon en 2020.
Clara Spilliaert : untitled 2017 ©crédit : Clara SpilliaertSa curiosité pour la nature inspire son travail : les animaux, les plantes, l'anatomie humaine et la sexualité, en lien avec son propre corps.
Au château de Gaasbeek, David Claerbout nous offre le tempsPour Gaasbeek, elle a réalisé un très beau film en "stop motion" de 12 minutes, qu'on peut voir au sommet du château dans la salle Charles Quint sur un grand écran posé sur le sol. Le film s'intitule Soil Mate (la terre comme âme sœur). Elle est partie d'une expérience de pique-nique dans le jardin intérieur de Gaasbeek et de la sensation d'être alors reliée à la terre, à l'argile, aux vers de terre si essentiels pour que notre terre reste vivante et nourricière. On se souvient de l'excellent roman Humus sur ce thème de Gaspard Koenig qui indiquait que, sur une balance, les vers pèseraient plus lourd que les hommes, les éléphants et les fourmis réunis ! Il y en a entre une et trois tonnes à l'hectare dans les sols que l'homme n'a pas encore trop détruits.
On y voit les vers sortant des tétons des seins de la terre
Chassée de ce pique-nique par le règlement du château, elle y a vu une métaphore de nos liens menacés entre la nature et nous, entre l'intérieur et l'extérieur.
Elle a pris 8 000 photos d'installations successives faites d'argile et de petites sculptures en céramique ou argile, de vers de terre, et d'une "terre-femme". On y voit les vers sortant des tétons des seins de la terre pour déposer leurs œufs, et les formes poétiques, douces d'une bouche, puis de tout le chemin intérieur dans un corps humain dans l'argile jusqu'à l'anus.
Pour chaque photo, elle déplaçait légèrement les objets du "paysage". Le film suit le cycle des jours et des mois. C'est un film sur la fertilité et l'interdépendance entre la nature et l'humain, avec des subtiles couleurs roses ou argileuses.
Par ailleurs, on découvre ses dessins et céramiques dans les salles du château, mêlés au souvenir de la marquise Marie Arconati Visconti (1840-1923) et aux trésors qu'elle y avait accumulés. Les œuvres de Clara Spilliaert cohabitent de manière discrète avec les objets précieux. Comme ses mains en céramique montrant leurs veines et faisant les gestes de semer, polliniser, cueillir.
Clara Spilliaert: Figswap 2022 ©Crédit : Clara SpilliaertDe nombreux petits dessins résonnent avec les mythologies anciennes, montrant la fusion sensuelle entre nature et femme, les métamorphoses omniprésentes dans les mythes antiques. Un paysage devient oiseau qui devient une femme ; une fleur se transforme en tête de femme ; une femme semble faire l'amour avec un arbre. Ils sont souvent inspirés de ses dessins journaliers dans son journal intime.
Le château réenchanté de Gaasbeek et son excentrique marquiseElle vient aussi déjouer les images patriarcales, masculines, des blasons et des armures avec des céramiques et dessins centrés sur le corps de la femme. Dans un dessin, elle porte un médaillon sur le ventre renvoyant aux autres leur reflet, comme une cuirasse. Elle enlève de son héraldique imaginaire la figure si masculine du lion.
Clara Spilliaert, Calendrier, le sixième mois , 2017 ©crédit: Clara SpilliaertLe dessin d'une figue ouverte renvoie au désir féminin. Un autre montre une femme croquant une fleur, une capucine. Un pot en céramique représente une femme barbue pour déjouer les conceptions traditionnelles du genre.
Un parcours poétique et discret à voir avec l'excellent guide du visiteur.
Clara Spilliaert au château de Gaasbeek, jusqu'au 15 novembre
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