À Montagnac-sur-Auvignon (Lot-et-Garonne), un projet d'agrivoltaïsme porté par la famille du maire suscite de vives tensions depuis plusieurs mois. Il est contesté par un collectif, créé spécialement contre cette...
À Montagnac-sur-Auvignon (Lot-et-Garonne), un projet d'agrivoltaïsme porté par la famille du maire suscite de vives tensions depuis plusieurs mois. Il est contesté par un collectif, créé spécialement contre cette démarche. Dans les deux camps, les arguments ne manquent pas face à ce désaccord qui pèse sur la commune. Le conseil municipal est déchiré en deux.
À Montagnac-sur-Auvignon, le calme de la campagne est trompeur. Une tension palpable fait partie intégrante de la vie des habitants de cette bourgade d'un peu plus de 600 âmes.
Entre des champs à perte de vue et quelques maisons, un projet d’agrivoltaïsme pourrait voir le jour d’ici quelques mois autour d’une ferme. Martial Tolot, conseiller municipal et fils du maire, est l'agriculteur de ces terres. Dans une surface clôturée de 24 hectares, des panneaux solaires vont couvrir 12 hectares si ce dossier contesté voit le jour. Deux hectares lui appartiennent, le reste est à son père et son oncle.
"Avec les panneaux, ça va être moche""Ils habitent bien loin, où ils ne verront pas le projet. Comme ça, ils embêtent les autres mais pas eux. On a rénové notre maison pendant cinq ans avec ma femme. Ça m'impacte personnellement. Un agent immobilier a estimé que ça allait perdre 60 000 € de valeur", prétend Julien Carrère, un des habitants de Montagnac-sur-Auvignon, élu au conseil municipal. "Ce ne sont pas de simples ombrières, comme ils veulent nous faire croire. Avec les panneaux, ça va être moche. L'ensemble du projet nous déplaît", jure Marine Lozano.
Pour Jean-Louis Tolot, le maire et père de Martial Tolot, cette installation s'inscrit dans l'air du temps. "C’est chez moi, je fais ce que je veux. Ces panneaux ne vont pas leur gâcher la vue. C’est vrai qu’esthétiquement ce n’est pas très beau, mais ce n’est pas une usine à gaz, juge l'ancien joueur du XV de France. Vous allez dans le Nord, ils ont beaucoup plus de photovoltaïques que nous. Il y en a partout là-bas et ils ont moins de soleil que nous. On ne profite pas assez de cette énergie-là."
30 ans de contrat à la cléC’est Galileo, une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables, qui est venue démarcher la famille Tolot il y a plus d’un an et demi. Seuls de gros investisseurs peuvent porter des programmes de cette ampleur au vu des investissements colossaux. Faire de l’agrivoltaïsme a un véritable intérêt financier pour les agriculteurs qui en bénéficient. Plus de 100 000 € seraient générés chaque année. "Mon fils m’a dit : "papa avec tout ce que tu as fait pour le village, pour une fois que tu peux gagner quatre sous, fais-le"", assure Jean-Louis Tolot.
Si la démarche se concrétise, un bail de 30 ans sera signé comme c’est le cas pour des initiatives similaires. "Comment est-ce possible qu’on soit allé présenter une chose aussi longue à quelqu'un qui a plus de 50 ans, s’énerve Julien Carrère. Quand on te propose autant d'argent et que tu le prends, je comprends. Surtout que l’agriculture va mal. Mais mettre des panneaux, ce n’en est pas."
Une jolie somme pour le villageMontagnac-sur-Auvignon profiterait de ces panneaux agrivoltaïques d’un point de vue financier. Près de 25 000 € reviendraient chaque année à la commune. Un montant pas négligeable au vu du budget du village (600 000 €). "J’essaie de trouver des richesses pour la commune, ça peut faire du bien pour l’école, assure Jean-Louis Tolot. Les dotations sont toujours de moins en moins élevées."
Le dispositif prévoit d’installer des panneaux solaires entre 2 et 4,20 m de hauteur, afin de permettre aux bovins de paître en dessous et aux tracteurs de pouvoir facilement circuler. Les structures seraient espacées de 6,80 m, des passages transversaux seraient également aménagés tous les 200 m pour faciliter les déplacements sur les parcelles. "Avec la sécheresse qu’il y a eu cette année, mettre des panneaux dans des prés, ça permet d’atténuer les fortes chaleurs sur les terres. C’est aussi pour le bien-être animal, ça donne de l’ombre à mes vaches", assure Martial Tolot.
Une pétition lancée contre le projetPour protester, un collectif baptisé Préservons les coteaux montagnacais et leur biodiversité s’est monté il y a quelques mois, auquel Julien Carrère et Marine Lozano adhèrent. Son but étant que le projet ne voit pas le jour. Afin d’accentuer ce souhait, une pétition a été lancée fin mai. Elle recueille plus de 1 500 signatures.
"Il y a des gens de Paris, des copains à eux et des agriculteurs du village d’à côté qui ont signé la pétition, alors qu’ils ont chez eux des encarts photovoltaïques qu’on voit à 3 km", balaie d’un revers de main Jean-Louis Tolot. Ça m’a fait beaucoup de mal, à ma famille aussi." "Le maire ne veut pas entendre parler de cette pétition. Il a été voir tous les habitants pour savoir s’ils l'avaient signée", assure Julien Carrère.
Un vote pour du beurre au conseil municipalAu conseil municipal, les séances sont plus qu’animées. Le 6 juillet, le sujet lui a été présenté pour tenter d’apaiser les tensions. Avant le vote, Jean-Louis Tolot, Martial Tolot et Sandrine Laffore, la belle-sœur de ce dernier aussi élue, ont quitté la salle, étant impliqués de plus ou moins près dans le projet. L’installation du projet de Galileo a été rejetée avec neuf voix contre. Deux conseillers ont voté en sa faveur et un autre s’est abstenu. L’avis de cette assemblée, dont tous les membres ont été élus sur la même liste lors des élections municipales de mars, est uniquement consultatif. Le vote défavorable n’a pas remis en cause la volonté de Jean-Louis et Martial Tolot de poursuivre leur projet.
Cette consultation n’a en rien apaisé les tensions. Le mal est trop profond. "Avant, on se claquait la bise avec le maire. Ce n’est plus le cas, depuis qu’il a reçu un courrier de notre avocat, raconte Anne De Tiesenhausen, une autre membre du collectif. Ce qui est dommage, c’est qu’il n’y a aucun dialogue. C’est le principal grief que je fais, on est tous des gens civilisés. On aurait pu trouver un compromis. Le seul avantage de cette histoire est que j’ai découvert des voisins charmants." "On ne veut pas un panneau sur la commune", ne lâche pas Julien Carrère.
Aucun permis de construire déposéPour camoufler ce projet, des haies seront plantées par Galileo pour que les panneaux photovoltaïques se fondent davantage dans le paysage. "On a des batteries de stockage pour lesquelles on va mettre des clôtures à 2 m de hauteur pour que ça ne soit pas accessible aux animaux", ajoute Galileo. "Le projet est en contrebas. Les haies ne vont pas cacher les 24 hectares, clame Julien Carrère, pas content de cette justification. Je n'ai pas envie d'avoir des haies devant chez moi, j'ai envie d'avoir une belle vue. Le temps que les haies fassent 2,50 m ça va mettre dix ans. On aura déjà fait un tiers du bail des panneaux solaires."
En attendant, aucun permis de construire n’a été déposé. Les démarches pour le faire prennent du temps, chose classique pour ce genre de dossiers.
Les membres du collectif Préservons les coteaux montagnacais et leur biodiversité critiquent aussi le manque de communication sur ce projet. Une réunion a fini par être organisée au printemps par Galileo. Toutes leurs interrogations n’ont pas trouvé une réponse pour l’instant. "On aimerait avoir des photomontages pour voir réellement ce que ça va donner. On aimerait aussi voir le résultat des études d’impact sur la faune et la flore", demande Marine Lozano.
Les Tolot n'entendent pas lâcher l'affaireLe résultat de ces dernières n'est pas encore officiel. Elles ont été menées sur quatre saisons complètes, pour laisser le temps qu’un cycle de reproduction se fasse. "La DDT (Direction départementale des territoires) peut nous demander de remodifier des choses avant de le rendre public. Les habitants de la commune auront ces études à ce moment-là. Si le projet va au bout, les écologues vont faire en sorte d’adapter le chantier aux périodes de reproduction. Monter des structures métalliques ne fait pas énormément de bruit, donc ça peut être compatible avec certaines espèces", prévient Galileo.
Une autre corde sensible concerne les onduleurs. Ces appareils sont indispensables, puisqu’ils transforment le courant produit par les panneaux solaires en courant utilisable dans le réseau électrique. "Il va y avoir des onduleurs à quelques mètres de chez moi, ça va faire du bruit. Les écureuils, les oiseaux, les lièvres vont fuir", peste Anne De Tiesenhausen. Elle craint que cela contrarie ses plans, elle qui veut créer un gîte labellisé Tourisme & Handicap. Un onduleur photovoltaïque émet normalement un léger bourdonnement, compris entre 40 et 50 décibels, que l’on peut comparer au bruit d’une bibliothèque calme ou d’un réfrigérateur. Il peut, en revanche, devenir très bruyant en cas de dysfonctionnement. "Ils sont placés à des endroits qui permettent de ne pas avoir de nuisances sonores, rassure Galileo. La surface couverte est grande et nous permet d’éviter que les onduleurs soient trop près des voisins."
"Les membres du collectif cherchent à faire capoter le projet, affirme Martial Tolot. C’est très difficile à vivre, ma femme est en limite de dépression. Au contraire, cela m'a renforcé dans l'idée de me battre."
À Montagnac-sur-Auvignon, l'agrivoltaïsme n'a pas fini de faire parler.