Le family office est un métier méconnu. Et pourtant, il s’avère de plus en plus indispensable pour les quelque 1 000 familles belges fortunées qui y font appel. Mais que lui demandent-elles ? ...
Le family office est un métier méconnu de l'homme de la rue. Et pour cause, il s'adresse aux (très) grandes fortunes. Il évolue selon les besoins de ses clients. Il s'avère de plus en plus indispensable pour des familles qui détiennent des dizaines, des centaines de millions, voire des milliards d'euros. En plein développement, il ne fait pas toujours les affaires du secteur bancaire car il le met sous pression. Les family officers font de tout, et parfois ce qu'ils ne devraient pas. Ce qui conduit "à certaines dérives", nous explique Jean-Louis Waucquez, le fondateur du cabinet de conseil Yours, présent à Luxembourg, Bruxelles et Monaco et collaborant activement avec des family offices. Immersion dans le cercle très restreint de celles et ceux qui parlent à l'oreille des (ultra-) riches.
Tout est parti des pays anglo-saxons, en particulier les États-Unis, où des grandes fortunes ont voulu s'adjoindre les services d'une ou plusieurs personnes de confiance pour s'occuper de la consolidation et de l'analyse objective de leurs avoirs. Le regard se veut prospectif. Très souvent, les conseillers reçoivent aussi comme mission de préparer la génération future à devenir riche. Y compris en donnant des conseils sur les meilleures universités.
Il y a deux catégories de family offices : le single (SFO) et le multiple family office (MFO). Le premier est dédié à une seule famille avec comme priorité d'optimiser la situation financière familiale. Le second s'occupe de plusieurs familles et a des objectifs plus commerciaux.
La fortune des milliardaires belges dépasse 55 milliards de dollarsLa relation de confiance est primordiale. Raison pour laquelle la personne fortunée fait souvent appel à des conseillers qu'elle connaît depuis longtemps. Cela peut être son ancien banquier, un camarade d'université, un avocat qui l'a aidé dans certains dossiers.
Le family office peut prendre la forme d'un holding. Il y a des exemples bien connus comme Alychlo pour Marc Coucke, Baltisse pour la famille Balcaen (fondatrice du groupe Balta), SPDG pour Olivier Périer, un des deux actionnaires familiaux du groupe D'Ieteren et celui qui a racheté le domaine d'Argenteuil pour le céder à la Chapelle musicale.
Celui qui est en charge du family office va faire la chasse aux frais. Il négocie tout, des honoraires des avocats à la commission du banquier, jusqu'aux frais d'entrée des sicav.
Chaque family office a son modèle. Et la panoplie de conseils peut être vaste. Cela va de services liés à la gestion d'actifs mobiliers et immobiliers à la gouvernance familiale en passant par tous les aspects liés aux choix de mécénat ou de la localisation des résidences de villégiature. Avec les années, le volet de la philanthropie a pris de plus en plus d'importance. Tout comme les conseils tournant autour des critères ESG (environnement, social, gouvernance).
Les chiffres du Family Office ©IPM GraphicsLes family offices ont en général un point en commun, qui consiste à assurer un certain nombre de services administratifs, avec comme objectif de faire baisser la facture globale. "Celui qui est en charge du family office va faire la chasse aux frais. Il négocie tout, des honoraires des avocats à la commission du banquier, jusqu'aux frais d'entrée des sicav", poursuit Jean-Louis Waucquez.
En revanche, un family office n'est en rien un banquier privé. Au contraire, il est là pour challenger celui-ci. "Le rôle du family office, c'est aussi d'apporter un jugement de travail sur le gestionnaire d'actifs. Le family office n'est pas censé proposer des produits financiers", souligne Philippe Chassat, directeur de la société de consultance française Albus Partners, qui vient de réaliser une étude sur cette activité pour le compte de la BFOA (Belgian Family Office Association).
Mais la réalité sur le terrain peut être différente. Jean-Louis Waucquez fait en effet le constat – et il n'est pas le seul – "qu'il y a une dérive où le family officer devient lui-même gestionnaire". Ce qui pose évidemment un problème de conflit d'intérêts.
Il faut savoir qu'il y a seulement deux pays européens, l'Irlande et le Luxembourg, qui exigent un agrément pour le métier de family office.
Vieilles fortunes, nouveaux milliardaires : voici les 15 Belges qui dépassent le milliard d'euros3. Les family offices arrivent-ils à challenger les banques ?Le family office est donc notamment payé pour challenger les banquiers. "J'ai vu des cas où, en un rien de temps, les frais passaient de 1,50 à 0,25 %. Cela devient dès lors un très bon investissement d'avoir fait appel à un family office", nous raconte un acteur du secteur financier.
Ce rôle de challenger a de quoi mettre les banques privées sous pression. "On le prend comme quelque chose de sain. On a besoin d'être remis en question", nous répond Bertrand Marot, administrateur délégué de la Banque Transatlantique Belgique.
D'où un sujet qui intéresse tous les clients d'une banque privée : sont-ce les clients les plus riches qui vont payer les commissions les moins élevées, et cela grâce aux family offices ? "Aujourd'hui, tous les clients nous challengent. Certains négocient tout. Mais ce n'est pas pour ça qu'on accepte tout. Car on investit énormément de temps avec nos clients. On recherche avant tout une relation à long terme", répond Bertrand Marot.
4. Quel est le patrimoine minimum pour faire appel à un family office ?Dans un pays riche comme la Belgique, la tarte à se partager pour les family offices est grande… Les actifs concernés, quasi 90 milliards, pourraient doubler d'ici 2035, d'après Albus. Le chiffre le plus frappant de l'étude est qu'en Belgique, on estime qu'environ 1200 milliards d'euros d'actifs changeront de génération d'ici 2040.
Les chiffres du Family Office ©IPM GraphicsEnviron 250 familles belges détiennent un patrimoine supérieur à 100 millions d'euros et au moins 450 familles possèdent 50 millions et plus. En tout, il y aurait environ un millier de familles faisant appel à un family office.
Il est bien fini le temps où on se contentait de placer son argent dans les actions belges.
Pour un MFO, il faut entre 30 et 50 millions pour que cela soit rentable. Pour un SFO, le montant minimum tourne autour de 250 millions, estime Albus sur base d'une équipe de 5 personnes (dont les salaires seront de plusieurs centaines de milliers d'euros par an).
Sans surprise, la majorité des family offices se situe en Flandre (63 %).
5. À quelles évolutions faut-il s'attendre ?Thomas Descours, président de la BFOA, souligne plusieurs évolutions dans les besoins des clients vis-à-vis des family offices. La tendance va vers des "organisations de plus en plus structurées, des enjeux transfrontaliers plus présents, des attentes plus professionnelles". Cela s'explique notamment par des enfants qui vont plus facilement vivre aux quatre coins de la planète, une complexité réglementaire et contractuelle croissante, une internationalisation du patrimoine. Il est bien fini le temps où on se contentait de placer son argent dans les actions belges.
Jean-Pierre Berghmans, itinéraire d'un patron hors norme devenu un des hommes les plus riches de BelgiqueLes attentes sont aussi de plus en plus fortes dans le domaine du conseil du private equity (actifs non cotés). "Et c'est normal car de nombreux clients viennent de ce milieu-là", entend-on du côté de la BFOA.
De plus, les sollicitations sont énormes. "Des holdings tels qu'Alychlo ou SPDG reçoivent des centaines de propositions d'investissements par jour. Il faut les aider à faire une sélection", explique un acteur du marché.
Le family office peut aussi assumer le rôle d'accompagnateur dans des situations plus délicates, moins objectivables. Il y a l'exemple du patron un peu désœuvré après avoir vendu sa boîte, et qui peine à trouver une nouvelle raison d'être. L'aider à définir un nouveau cap peut faire partie du job du family office. Et il paraît que dans la jeune génération, ils sont plus d'un à se demander ce que signifie avoir autant d'argent. Une question pour ainsi dire existentielle…
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