La députée écologiste Léa Balage El Mariky a annoncé saisir la justice après que la dirigeante d’extrême droite a invité les journalistes à « enfiler un costard en Kevlar ».
Politique 29/09/2026 14:56 Actualisé le 29/09/2026 17:29
La députée écologiste Léa Balage El Mariky a annoncé saisir la justice après que la dirigeante d’extrême droite a invité les journalistes à « enfiler un costard en Kevlar ».
Une métonymie aux airs de menace. Alors que sa campagne présidentielle a pris un tour inattendu avec les révélations de Mediapart sur les « écrits antisémites » de Jordan Bardella, Marine Le Pen a répliqué ce mardi 29 septembre au cours d’une conférence de presse organisée dans la matinée à l’Assemblée nationale autour des leaders et alliés du RN, avec une formule qui fait scandale.
La dirigeante d’extrême droite a commencé en expliquant qu’elle et son aspirant Premier ministre avaient d’ores et déjà « enfilé (leurs) costards en Kevlar ». Une référence à la matière composant les gilets pare-balles qui lui sert à dire qu’elle est prête à tout affronter, « parce que c’est du lourd qui tombe ». Mais c’est la suite de son propos qui interpelle.
Après avoir développé longuement sur le thème de « on va pas se laisser faire », Marine Le Pen a menacé le journal en ligne en reprenant sa formule d’origine. Déplorant que Mediapart poursuive un objectif qui n’a « rien » de « journalistique », elle a ajouté : « C’est à Mediapart qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en kevlar parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent. »
« Ça va, on est bien là ? »Une attaque rapidement relevée sur les réseaux sociaux, notamment par la députée écologiste de Paris Léa Balage El Mariky. « Le Kevlar, c’est la matière des gilets pare-balles, a-t-elle rappelé dans un message publié sur X. Je saisis immédiatement le procureur de la République au travers de l’article 40 pour ces propos qui ressemblent à des menaces de mort. »
Chez Mediapart non plus, la remarque n’est pas passée inaperçue. « Une cheffe de parti, candidate à l’élection présidentielle, qui recommande à des journalistes d’enfiler des “costards en Kevlar” (la matière qui sert à créer des gilets pare-balles). Ça va, on est bien là ? La normalisation, tout ça ? », s’est indignée la journaliste Ellen Salvi, dans un message partagé par plusieurs de ses collègues, dont le cofondateur du média, Edwy Plenel. Même malaise chez une autre plume du journal, David Perrotin, qui s’interroge : « Un gilet pare-balles donc, pour nous protéger de quelle réponse ? »
Dans l’après-midi ce mardi, Mediapart a également publié une réponse officielle aux « propos menaçants d’une grande gravité » tenus par Marine Le Pen. Signé par la codirectrice éditoriale Lénaïg Bredoux, le texte liste les différentes attaques portées par « le président du RN et ses porte-flingues » depuis les révélations : références au registre de la psychiatrie, théories du complot, fake news ou accusations d’antisémitisme sont ainsi énumérées.
Une attaque contre « un pilier de la démocratie »« Toute honte bue, une parlementaire, élue de la nation, prétendant occuper la plus haute fonction de la République, a donc menacé un journal en lui recommandant de se doter de gilets pare-balles », peut-on également y lire, Mediapart rappelant que « la presse est au service de la population et de l’intérêt général ». Et de réaffirmer ce qui devrait être une évidence : « L’attaquer, c’est s’en prendre à une liberté fondamentale et à un pilier de la démocratie. »
Depuis la publication, lundi après-midi, de l’article de Mediapart intitulé « “Les banques sont toutes détenues par des juifs” : Jordan Bardella face à ses écrits antisémites », le Rassemblement national et ses cadres ont décidé de répondre par la menace, notamment d’actions en justice. Dès la soirée, Jordan Bardella était d’ailleurs sur CNews pour assurer que « soit Mediapart est à la tête de cette opération, soit Mediapart se fait lui-même manipuler par des gens qui y ont intérêt ». Avant d’ajouter que « si Mediapart produit des documents, dans la mesure où je suis certain de ne pas avoir tenu ces propos, ils seront poursuivis pour faux. »
En l’occurrence, le billet publié par le journal en ligne rappelle que l’extrême droite a très régulièrement tenté de l’attaquer en diffamation après des articles lui déplaisant. « En vain », puisque Mediapart n’a jamais été condamné définitivement pour des articles sur cette part du champ politique. Ce qui fait dire au média que ses révélations « fissurent aujourd’hui la vitrine » lisse que Marine Le Pen a tenté de bâtir avec sa stratégie de dédiabolisation. « La croyance n’est plus de mise. Reste la réalité, précise et hideuse, de l’extrême droite. »