Récemment pris par la municipalité de Villeneuve-sur-Lot, un arrêté interdisant d'étendre le linge de manière visible dans le cœur historique fait parler de lui. Entre dénonciation d'une mesure "antisociale" par...
Récemment pris par la municipalité de Villeneuve-sur-Lot, un arrêté interdisant d'étendre le linge de manière visible dans le cœur historique fait parler de lui. Entre dénonciation d'une mesure "antisociale" par l'opposition et défense du cadre de vie par la majorité, la décision fait parler d'elle au-delà de la bastide villeneuvoise.
Le texte a été signé sans tambour ni trompette au début de l'été par l'adjoint à la sécurité, Jean-Eric Rosier. En cette rentrée, le voilà au cœur des débats, aussi bien dans les rues de Villeneuve que sur le plateau des Grandes Gueules de RMC. Le sujet en question : l'interdiction du séchage du linge lorsqu'il est visible depuis l'espace public dans le périmètre du centre-ville. L'intérêt de cet arrêté municipal vise à préserver des "secteurs de la commune présentant un caractère patrimonial, touristique ou commercial". Le périmètre prend en compte le cœur de bastide, mais aussi les abords de sites patrimoniaux comme l'ancien hôpital Saint-Cyr ou l'Hôtel de Ville. Pour ses détracteurs, cette mesure est notamment perçue comme une atteinte directe aux conditions de vie des habitants les plus modestes du cœur de ville.
C'est le sentiment partagé par le groupe d’opposition "Villeneuve C’est Vous". Pour les élus de gauche emmenés par Thomas Bouyssonnie, la décision municipale traduit une méconnaissance de la réalité des logements du centre-ville. "Tout le monde n'a pas un jardin, une cour, un balcon à l'arrière, une buanderie ou un sèche-linge", dénoncent-ils. Soulignant que dans les petits appartements de 35 m², la fenêtre reste parfois la seule alternative pour faire sécher le linge correctement, ils mettent en avant le coût d'un équipement électroménager et de la consommation d'électricité. "En pleine période où l'on encourage la sobriété énergétique, le paradoxe est évident", affirment les élus de gauche, jugeant l'interdiction "disproportionnée et antisociale" pour avoir un effet "carte postale".
"Pas une mesure particulièrement excessive" assume le maireLe maire Guillaume Lepers et sa majorité assument pleinement leur arrêté, s'agaçant des postures de "l'extrême-gauche bien pensante". La municipalité rappelle les "investissements massifs" engagés pour rénover la bastide : effacement des réseaux, réfection des rues, embellissement des espaces publics et ravalement des façades. "Dans ce contexte, demander que le linge ne soit pas suspendu de manière visible depuis l’espace public dans le cœur historique ne nous semblait pas être une mesure particulièrement excessive", fait savoir le premier édile, plaidant pour l'attractivité touristique et la qualité du cadre de vie.
La majorité municipale n'a d'ailleurs pas manqué de pointer du doigt ce qu'elle qualifie de "contradiction". Ciblant directement Thomas Bouyssonnie, également président d'Habitalys, le plus gros bailleur social du Lot-et-Garonne, la mairie souligne que le règlement intérieur à destination de ses propres locataires stipule que "le séchage du linge est strictement interdit s'il est visible de l'extérieur". "Un règlement qui va finalement encore plus loin que l'arrêté municipal qu'il nous reproche ! Avant de donner des leçons, il est parfois utile de regarder ce qui se passe devant sa propre porte", recadre la municipalité. Ce à quoi Thomas Bouyssonnie a répondu que, sous sa présidence, le règlement en matière de séchage de linge avait été assoupli... À Villeneuve, le linge politique se lave bien évidemment en public.