Dans les quartiers des sinistrés, la Croix-Rouge va au-devant des habitants qui ne demandent pas spontanément de soutien et les oriente vers la cellule d’urgence médico-psychologique. Au Porge, bénévoles
Dans les quartiers des sinistrés, la Croix-Rouge va au-devant des habitants qui ne demandent pas spontanément de soutien et les oriente vers la cellule d’urgence médico-psychologique. Au Porge, bénévoles et soignants tentent de repérer la détresse sans transformer chaque réaction au choc en maladie
Elle pensait seulement demander comment obtenir de l’aide « plus tard ». Mais, face à un médecin, les mots de cette femme se dérobent, et les larmes montent. Dans l’école maternelle Jean-Degoul, au Porge, où s’est installée la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP), le docteur prend ses coordonnées et lui tend un dépliant. Elle sera rapidement rappelée. Vanessa (1) a aussi franchi la porte sans pouvoir formuler clairement sa demande. « Je suis venue presque mécaniquement, sans savoir ce dont j’avais besoin. » Après l’incendie qui a ravagé une partie de son village, elle peine encore à réaliser ce qu’elle vient de vivre...
Elle pensait seulement demander comment obtenir de l’aide « plus tard ». Mais, face à un médecin, les mots de cette femme se dérobent, et les larmes montent. Dans l’école maternelle Jean-Degoul, au Porge, où s’est installée la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP), le docteur prend ses coordonnées et lui tend un dépliant. Elle sera rapidement rappelée. Vanessa (1) a aussi franchi la porte sans pouvoir formuler clairement sa demande. « Je suis venue presque mécaniquement, sans savoir ce dont j’avais besoin. » Après l’incendie qui a ravagé une partie de son village, elle peine encore à réaliser ce qu’elle vient de vivre.
La détresse n’est pas réservée à ceux dont la maison a brûlé. Certains ont été évacués, ont vu les flammes approcher ou ont passé des jours à aider. D’autres éprouvent de la culpabilité parce que leur logement est encore debout. Pleurs, sidération, anxiété, sommeil perturbé, cauchemars ou réactions à une odeur ou à un bruit peuvent survenir. Cela ne signifie pas qu’une maladie s’installe. « C’est une réaction normale à une situation absolument anormale », souligne le psychiatre Charles-Henry Martin, responsable de la CUMP de Gironde.
Pensé pour rassurerUn premier contact avec la CUMP peut permettre d’obtenir une information, un temps d’écoute ou quelques conseils. Si nécessaire, il se prolonge par une consultation avec un psychiatre, un psychologue ou un infirmier spécialisé. Il s’agit de stabiliser la personne et de lui indiquer les signes auxquels rester attentive. Au centre de l’école, les bénévoles de la Croix-Rouge assurent l’accueil. Un couloir conduit aux pièces de la cellule d’urgence médico-psychologique, réservées aux entretiens. Pour les enfants, petites tables, jeux et matériel de dessin remplacent le matériel médical. Les professionnels parlent doucement. Tout rappelle l’urgence, mais tout est pensé pour rassurer. Philippe Wilbert, responsable territorial de la Croix-Rouge, résume l’enjeu : « Faire de la détection, de l’expression du besoin et de l’orientation. »
Deux équipes de la Croix-Rouge parcourent donc les quartiers sinistrés, en binôme. Elles frappent aux portes, abordent les habitants dans leur jardin et s’appuient parfois sur les voisins restés sur place. Les bénévoles ont reçu une formation aux premiers secours psychologiques pour apprendre à écouter : « Notre écoute n’est pas thérapeutique », insiste Dominique, bénévole à la Croix-Rouge. Si une situation paraît préoccupante, ils passent le relais aux soignants.
Aller vers ceux qui ne demandent rienCe jour-là, Dominique a accueilli un couple ayant tout perdu. Hébergé chez des proches, l’homme se montre hébété, épuisé, mais refuse toute aide. Il ne veut ni être rappelé, ni rencontrer un professionnel. La bénévole ne le brusque pas. Elle lui parle d’abord d’une solution de relogement. Lorsqu’il accepte d’examiner cette possibilité, elle prévient une professionnelle de Charles-Perrens. Le besoin matériel a ouvert une première porte vers le soin.
Les bénévoles de la Croix-Rouge sont présents pour établir un premier contact avec les sinistrés, évaluer leurs besoins pour les diriger vers les personnes adéquates.
H. V.
Chez les enfants, le stress peut prendre des formes diverses : peur d’un nouvel incendie ou d’une séparation, irritabilité, difficultés de concentration, maux de ventre, repli ou retour d’énurésies nocturnes. Les plus petits peuvent rejouer la scène dans leurs dessins ou leurs jeux. « Dans la majorité des cas, ces réactions vont s’atténuer avec le retour au calme et un quotidien qui se stabilise », rassure le pédopsychiatre Cédric Galera.
Marion (1) a préféré anticiper. Sa maison du Porge a été épargnée, mais l’un de ses deux enfants a vécu deux évacuations. Tous deux ont ensuite passé plus d’une semaine chez leur grand-père, pendant que leur mère aidait bénévolement. La séparation, les camarades touchés et la perspective de revoir les quartiers brûlés ont fait naître de l’anxiété et des troubles du sommeil. Elle est donc venue à la CUMP pour « prendre la température ».
L’enjeu est de « faire de la détection, de l’expression du besoin et de l’orientation »
La première aide consiste à rendre les parents disponibles et à reconstruire des habitudes : sommeil, jeux et relations avec les autres enfants. Si un enfant demande à revoir sa maison détruite, il peut y être accompagné, à condition d’être préparé et de ne jamais être forcé. Il faut consulter si les symptômes restent intenses ou persistent plusieurs semaines. Marion ne veut ni minimiser, ni annoncer trop vite un traumatisme. Elle souhaite s’assurer que chacun pourra reprendre pied. Dans un village où les pertes des uns ont aussi bouleversé ceux qui ont été épargnés, elle résume : « On a aussi pris cette souffrance-là. »
(1) Les prénoms ont été modifiés.
Le numéro gratuit 0 800 719 912 permet aux enfants, adultes et professionnels touchés par les incendies de demander conseil ou de solliciter une consultation. Un infirmier de santé mentale évalue d’abord le besoin, avant de passer, si nécessaire, le relais à un psychologue ou un psychiatre. En Gironde, la CUMP est également déployée dans trois postes d’urgence médico-psychologique, au Porge, à Marcheprime et à Saint-Médard-en-Jalles.