Avec la vigilance rouge incendies en Gironde, il est interdit d’accoster sur les plages en bord de lac. Les agents des polices municipales réalisent des contrôles et font respecter cette mesure destinée
Avec la vigilance rouge incendies en Gironde, il est interdit d’accoster sur les plages en bord de lac. Les agents des polices municipales réalisent des contrôles et font respecter cette mesure destinée à éviter les départs de feu. Reportage à Carcans
« En face, ils ont le barnum », fait remarquer Lila Nardin, les jumelles braquées sur l’une des plages secrètes de la façade ouest du lac de Carcans-Hourtin. « On y va », lance le brigadier-chef principal de la police municipale de Carcans Damien Dambrun. La barge glisse sur les flots, à la rencontre de la famille qui pique-nique en ce début d’après-midi du 15 août. Le cadre pourrait difficilement être plus idyllique : une plage déserte où le sable tutoie les roselières et les pins. « Je vais vous demander de tout sortir, refroidit pourtant Damien Dambrun. Vous pouvez rester...
« En face, ils ont le barnum », fait remarquer Lila Nardin, les jumelles braquées sur l’une des plages secrètes de la façade ouest du lac de Carcans-Hourtin. « On y va », lance le brigadier-chef principal de la police municipale de Carcans Damien Dambrun. La barge glisse sur les flots, à la rencontre de la famille qui pique-nique en ce début d’après-midi du 15 août. Le cadre pourrait difficilement être plus idyllique : une plage déserte où le sable tutoie les roselières et les pins. « Je vais vous demander de tout sortir, refroidit pourtant Damien Dambrun. Vous pouvez rester dans votre bateau, mais dans la limite de 200 mètres de la plage. »
Ici s’impose une petite découverte de vocabulaire : le terme « beacher » signifie – pour les plaisanciers – pouvoir accoster sur la plage, « beach » en anglais. « On a appelé la police municipale. On nous a dit que c’était possible de beacher à Carcans », assure le propriétaire du bateau. « C’est interdit sur tout le lac, corrige Damien Dambrun. C’est un arrêté préfectoral. » La Gironde est en vigilance rouge pour le risque incendie depuis le 8 août. Sur le lac, plusieurs propriétaires jurent ne pas être au courant. « Je pensais que c’était toujours possible », admet un autre plaisancier. Début août, une vigilance orange a duré quatre jours, ouvrant la possibilité de beacher. Les vents administratifs tournants ne facilitent pas toujours la lecture des interdictions.
Le lac de Carcans-Hourtin est le plus grand lac naturel d’eau douce entièrement situé en France.
Archives Julien Lestage / SO
Secteur très sensiblePour l’heure, les plaisanciers contrevenants en sont quittes pour un rappel à la réglementation. Les échanges sont détendus. « Nous sommes très souvent dans une démarche de prévention », précise Damien Dambrun, qui patrouille aux côtés de deux agents de surveillance de la voie publique (ASVP). En haute saison, les sorties lacustres sont quotidiennes pour ces agents. Et ils doivent parfois sévir. « J’ai verbalisé un bateau à cet emplacement l’autre soir, indique Damien Dambrun à la limite communale de Hourtin. Il était 23 h 30, et il n’avait pas le droit d’être là. »
« Nous sommes très souvent dans une démarche de prévention »
Les policiers du lac traquent aussi les bivouacs et les barbecues sauvages, formellement interdits. Une étincelle dans ce massif – une forêt domaniale gérée par l’Office nationale des forêts (ONF) – pourrait avoir des conséquences dramatiques. Dans le secteur de Bombannes, zone qui compte peu d’accès, se trouvent des campings et des clubs de vacances. « Ici, nous sommes particulièrement exposés : quand le vent souffle depuis le nord-est, il peut être ravageur », rappelle l’ONF sur son site Internet. En 2023, un exercice grandeur nature simulait un scénario catastrophe avec une évacuation par le lac.
Pour ne pas en arriver là, les policiers du lac veillent. Ce samedi, un petit bateau fend également les flots avec deux silhouettes bleu ciel. Ce sont les gendarmes qui ont embarqué avec la police municipale de Hourtin. « Ils peuvent intervenir sur l’ensemble du lac, là où les polices municipales sont limitées à leur territoire communal. » Damien Dambrun pointe deux tourelles de surveillance incendie sur la côte est, et une tour de la Direction générale des armées (DGA) sur la côte ouest. « Vous tracez une ligne entre ces tours, et vous avez la limite approximative entre Carcans et Hourtin. »
À Carcans, samedi 15 août, la patrouille du lac est assurée par Damien Dambrun, brigadier-chef principal de la police municipale, entouré par Ronan Morel et Lila Morel, agents de surveillance de la voie publique (ASVP).
Thibault Seurin / SO
Une zone de biodiversitéLa patrouille poursuit sa route, et réalisera au total sept contrôles de bateaux en deux heures : gilets de sauvetage, extincteur, permis, papiers du navire ou vignette de navigation sont vérifiés. Tout le monde est en règle, à l’exception de ce plaisancier : la date de contrôle de son extincteur est dépassée depuis belle lurette. « Donnez-moi jusqu’à fin août. J’ai mes enfants à la maison », plaide ce retraité. Les policiers vérifieront qu’il s’est bien mis en règle.
En attendant, la barge file en direction de la côte est. Plus de plages, mais une étendue de crastes et de bas-fonds riche en biodiversité. Toute cette zone est classée Natura 2000. Les bateaux n’ont pas le droit d’approcher à moins de 500 mètres. « Cela peut arriver que certaines familles s’amarrent et profitent du peu de profondeur pour faire baigner les enfants », note Damien Dambrun. De nouvelles bouées jaunes viennent baliser la zone interdite. « Elles sont déployées petit à petit, étant donné que chacune coûte environ 500 euros. » Ces dernières années, il est aussi arrivé que les policiers repèrent des vans aménagés qui stationnent dans cette zone accessible par la route. « Ce sont souvent des étrangers qui ne connaissent pas les lieux », remarque le brigadier-chef.
La patrouille réalisera au total sept contrôles de bateaux en deux heures
La barge passe à proximité d’une station météo flottante sur laquelle une aigrette a posé son nid. Plus proche du secteur de la plage de Maubuisson, un couple s’est aventuré dans le secteur Natura 2000 à bord d’une petite embarcation pneumatique. « Je commence un peu à fatiguer », reconnaît le pagayeur d’infortune qui luttait contre le vent de face. « Accrochez-vous, on va vous remorquer », propose le policier municipal. C’est aussi cela le service public de proximité.
Des agents de la police municipale de Carcans patrouillent sur le lac de Carcans-Hourtin, notamment pour faire respecter l’arrêté préfectoral de vigilance contre les incendies.
Thibault Seurin / Sud Ouest