Une ouverture de cette 24ᵉ édition placée sous le signe de l’intensité, entre concerts mémorables, engagement associatif toujours aussi fort et instants d’émotion partagée, confirmant le caractère unique de ce bastion indépendant en Belgique. ...
L'air de Floreffe avait ce vendredi un goût particulier. Celui de la délivrance après la tempête. Car en coulisses, les jours précédant l'événement n'ont pas été de tout repos pour l'équipe organisatrice. Entre l'interdiction soudaine du stationnement le long de la N90, contraignant le festival à trouver 900 places en urgence pour 10.000 euros, et les vives réserves émises par le Collège communal quant à la venue de la chanteuse malienne Rokia Traoré, le climat d'avant-festival s'annonçait électrique.
L'attachée de presse Sophie Cox le concède volontiers : la préparation fut mouvementée. Mais dès l'ouverture des grilles de ce cadre millénaire, la réalité du terrain a repris ses droits.
Envie de faire la fête, de rire, de vous reposer et même de vous instruire : on vous explique pourquoi l'édition 2026 d'Esperanzah ! est immanquableUn îlot de fête et de luttes au cœur du pays namuroisIci, l'ambiance ne se résume pas à la hauteur des scènes. Entre le Village des enfants, les Foodcourts débordant de saveurs du monde et les innombrables stands d'associations engagées contre notamment la montée de l'extrême droite, la promesse d'une expérience globale est immédiatement tenue. Mais la magie d'Esperanzah!, c'est aussi ce qui se joue hors des sentiers battus. Au milieu de la foule, le brass band bruxellois Baraki d'Kermess a déclenché une euphorie spontanée. Massacre héroïque de tubes des années 90-2000, cuivres hurlants et cumbia survoltée : en quelques minutes, la fanfare a transformé une simple traversée du site en un gigantesque moment de communion.
La fanfare "Baraki d'Kermess" a lancé la fête au milieu de l'Abbaye de Floreffe. ©EDACette ferveur populaire permanente découle d'une vision affirmée par la direction. Comme le souligne le co-directeur Arnaud De Brye : "Notre stratégie, c'est que l'expérience du festival soit la tête d'affiche. On veut que la musique génère des joies collectives. Ces émotions qu'on vit ensemble ont une force absolue : elles nous reconnectent, nous donnent de l'énergie et de l'espoir pour affronter le monde."
La musique comme acte d'émancipation politiqueL'intensité est montée d'un cran sur la scène Jardin avec la prestation viscérale de la Catalane Lia Kali. Entourée de quatre musiciens hors pair, dont deux batteries redoutables, l'artiste espagnole aux plus de 3 millions d'auditeurs a déployé un charisme fou et une voix surprenante, fusionnant soul, rap et flamenco dans une énergie brute.
Une pépite dénichée avec soin par l'équipe de programmation, à l'image des coups de cœur défendus par Arnaud De Brye : "Ce qu'on cherche avant tout à Esperanzah!, c'est d'aller mélanger les sonorités et les cultures pour avoir des esthétiques fusions qu'on ne retrouve nulle part ailleurs."
"On veut faire mieux que la parité": rencontre avec le co-directeur d'Esperanzah ! qui propose une line-up de folie avec COLT, Yoa et Ino CasablancaUne voix qui porte pour tous ceux qui ne le peuvent pasMais le climax émotionnel de cette première journée appartient sans conteste à l'icône de la révolution tunisienne, EMEL. Face à un public captivé par ses envolées électro-arabes et massé en nombre devant la scène Nova, la chanteuse a lancé : "Je n'ai pas trouvé de mélodie qui puisse briser la haine de l'être humain, mais je vous ai trouvés vous et je m'exprime au nom de ceux qui ne peuvent pas s'exprimer".
Au même moment, un drapeau palestinien géant s'est déployé sur la foule, scandant à l'unisson des "Free free Palestine" rassembleurs. Un instant suspendu, symbole d'un festival où la fête et l'espoir restent indissociables des combats du monde.
Le moment le plus marquant de ce vendredi : la chanteuse Emel scandant "Free free Palestine" avec tout le public. ©EDASur la grande scène Jardin, le début de soirée avait vu défiler l'un des phénomènes les plus attendus de l'année par la jeune génération : Ino Casablanca. Arrivé de manière timide et un brin nonchalante, le lauréat du Prix Joséphine 2025 avouera en milieu de set souffrir de sévères maux de gorge.
Esperanzah ! retour aux fondamentauxMalgré ce démarrage en demi-teinte, le public s'est montré particulièrement complice. Porté par cette bienveillance, le rappeur a progressivement monté la température pour terminer sur une standing ovation et son tube Bissap du 20ème, repris en chœur comme un hymne pour lancer une bonne fois pour toutes un week-end de fête. L'artiste a reconnu que le public belge n'avait pas d'équivalent, après avoir goûté aux Nuits Botanique en mai dernier, au public de Dour et maintenant à celui d'Esperanzah!.
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