À Floreffe, Esperanzah! ne se résume pas à une succession de concerts. Entre spectacles, débats, rencontres associatives et performances musicales, la deuxième journée du festival a confirmé l'ambition d'un événement où la fête se mêle à la réflexion et aux engagements collectifs. ...
Sous un soleil généreux, les allées de l'Abbaye de Floreffe ont grouillé d'une foule encore plus dense ce samedi. Mais sur l'"Île" Esperanzah!, la musique n'est que la porte d'entrée d'un univers bien plus vaste. En déambulant entre les Foodcourts, le bar à chicha ou l'intrigante Guinguette de Peggy, une certitude s'impose : l'événement refuse la passivité. À l'espace Radio Rimka, on chine des CD indépendants, tandis qu'au détour d'un stand, on croise les figures de la presse alternative. Parmi elles, Jeanne, du média autogéré Irruption, résume la philosophie ambiante : "Nous sommes un média de militants de gauche qui veulent parler eux-mêmes de leurs luttes."
Cette dimension militante constitue la pierre angulaire de l'événement. Comme l'explique le co-directeur Arnaud De Brye : "Esperanzah!, c'est un festival associatif, reconnu en éducation permanente. On a comme mission de faire une campagne politique sur des enjeux sociétaux. On veut sortir de l'individualisme, se reconnecter et montrer qu'on peut faire autrement pour répondre aux enjeux de société plutôt que d'aller sur des replis identitaires."
Malgré les vives tensions politiques en amont du festival Esperanzah, la première soirée a été plus que réussiePeut-on faire rimer haute voltige, rires et émerveillement intergénérationnel ?Pari tenu sur le plateau des arts de la rue nommé Kokako. À 19h, le spectacle acrobatique Shake Shake Shake a rassemblé des centaines de familles pour un grand frisson disco totalement décalé. Perchés sur un mât chinois de six mètres de haut, les acrobates Tony et Maikel ont enchaîné prouesses physiques, magie et humour 70's.
Ces instants suspendus capturent l'attention de toutes les générations dans un même élan d'émerveillement, rappelant que la joie partagée constitue l'un des plus puissants vecteurs de reconnexion collective prônés par le festival.
Le spectacle "Shake shake shake" a replongé tout le monde en enfance. C Esperanzah! ©Esperanzah!L'engagement s'est fait plus théorique mais terriblement concret lors d'une table ronde organisée à 18h en collaboration avec C'est Pas Foutu !. Intitulé "Écologie de libération", ce talk a réuni le chercheur Sibo Kanobana, le collectif Front de Mères et Claire Scohier (IEB). Loin d'une écologie bourgeoise ou désincarnée, les intervenant·es ont pensé ensemble luttes décoloniales, antiracisme et défense du vivant à partir du vécu des quartiers populaires, en s'appuyant notamment sur la bataille du Stade Verdonck à Anderlecht.
Quelques mètres plus loin, l'émotion a pris le relais avec un spectacle d'improvisation théâtrale né d'un atelier mené au Village des Possibles. Sur scène, dix comédiens ont réinventé un quotidien post-révolutionnaire à partir d'objets symbolisant des combats associatifs. Qu'il s'agisse d'un témoignage poignant sur l'exil cambodgien ou d'un stéthoscope brandi pour dénoncer la détresse médicale des demandeurs d'asile, la performance a matérialisé les vagues et la mer traversées par les exilés dans un moment de grâce saisissant. Un travail de fond salué par la direction du festival : "Il y a une quarantaine d'associations qui construisent la campagne politique du festival tout au long de l'année. En festival, le Village des Possibles devient cet espace d'échanges avec des projections, des débats et des prises de parole qui amènent de la réflexion."
Envie de faire la fête, de rire, de vous reposer et même de vous instruire : on vous explique pourquoi l'édition 2026 d'Esperanzah ! est immanquableLa scène Jardin peut-elle embraser les consciences tout en faisant danser ?Côté musique, la Brésilienne Bia Ferreira a ouvert le bal à 17h avec une frénésie rythmique impressionnante, guitare en bandoulière. Plus tard, c'est la franco-brésilienne Luiza, nommée aux Victoires de la Musique 2026, qui a ravi la scène Jardin avec sa pop solaire et son hymne reggae viral Soleil Bleu. Portant le souhait d'un monde "sans frontières, où chacun peut être soi-même", l'artiste a insufflé une chaleur et une douceur contagieuses.
Luiza, accompagnée de ses musiciens, a fait vibrer le public sur la scène Jardin. ©Aloise DIeudonnéMais le raz-de-marée de la soirée est venu de la scène Nova avec la décharge d'adrénaline pure envoyée par le collectif bruxellois HYPERCONTENT!Emmenés par un duel jubilatoire de deux batteries en vis-à-vis et sept musiciens survoltés, ce show hybride entre house live et funk cuivré a transformé le pit en un vaste dancefloor organique. Avant de conclure par un slogan lâché du cœur : "Vive les festivals, vive la culture, vive le socialisme !"Une devise qui résumait à elle seule l'énergie indomptable de cette deuxième journée.
"On veut faire mieux que la parité": rencontre avec le co-directeur d'Esperanzah ! qui propose une line-up de folie avec COLT, Yoa et Ino Casablanca