Figure de la mobilisation agricole en Haute-Garonne, Jérôme Bayle dénonce les discours de ceux qui invitent les exploitants à modifier leurs cultures pour mieux résister à la sécheresse. À l’appui de sa colère, le...
l'essentiel Figure de la mobilisation agricole en Haute-Garonne, Jérôme Bayle dénonce les discours de ceux qui invitent les exploitants à modifier leurs cultures pour mieux résister à la sécheresse. À l’appui de sa colère, le porte-parole des "Ultras de l’A64" montre une parcelle de sorgho fourrager presque entièrement perdue.
"Un message à tous les grands penseurs et donneurs de leçons sur l’agriculture…" Le ton est donné. Dans une publication particulièrement virulente, Jérôme Bayle s’en prend à ceux qui, selon lui, multiplient les recommandations aux agriculteurs sans connaître les réalités du terrain.
L’éleveur haut-garonnais est devenu l’un des visages de la colère agricole après l’occupation de l’autoroute A64, à Carbonne, au début de l’année 2024. Porte-parole des "Ultras de l’A64", mouvement autonome né dans le prolongement de cette mobilisation, il revient cette fois sur les conséquences concrètes du manque d’eau pour son exploitation.
Le semis de sorgho fourrager de Jérôme Bayle.
Jérôme Bayle
"J’écoute et je lis des gens qui donnent leur avis sur l’agriculture à longueur de journée en disant : “Faut pas irriguer !”, “Faut adapter son assolement !”, “Faut semer des plantes africaines !”", écrit-il.
Seulement 8 mm de pluie depuis le semisPour illustrer son propos, Jérôme Bayle montre une parcelle de sorgho fourrager, une plante réputée plus résistante à la chaleur et au déficit hydrique que le maïs. Mais résistance ne signifie pas absence totale de besoin en eau, insiste l’agriculteur.
"Sans eau, les plantes africaines font comme les plantes européennes ou autres : sans eau, pas de vie, tout simplement !" lance-t-il. Ce sorgho devait servir à nourrir ses animaux durant l’été et à reconstituer les réserves de fourrage de son exploitation.
La culture a été semée le 20 mai, avec, précise l’éleveur, "40 tonnes de fumier au pied". Mais la parcelle n’aurait reçu que 8 mm de pluie depuis le semis. Sur les photographies diffusées par l’agriculteur, les plants apparaissent très peu développés. Le constat financier qu’il dresse est brutal : "Voilà le résultat : 15 000 euros jetés dans la nature !"
"Bientôt, on va être une espèce protégée"Au-delà de sa situation personnelle, Jérôme Bayle alerte une nouvelle fois sur la disparition progressive des exploitations agricoles françaises. Il estime que les critiques visant l’irrigation et certaines pratiques agronomiques ne tiennent pas suffisamment compte des difficultés économiques auxquelles font face les professionnels.
"Profitez-en pour taper sur les agriculteurs, car bientôt, on va être une espèce protégée, comme l’ours, le loup et j’en passe", ironise-t-il. L’éleveur redoute qu’une nouvelle diminution du nombre de producteurs ne rende la France davantage dépendante des importations et n’entraîne une hausse des prix alimentaires.
Il conclut son message en reprenant une mise en garde entendue dans son enfance : "Lulu me disait, quand j’étais petit : “Quand il n’y aura plus d’agriculteurs, un jour, ils mangeront des queues de rats…” " Une formule volontairement provocatrice, à l’image d’un coup de gueule destiné à rappeler que, même en choisissant des cultures moins gourmandes, les agriculteurs restent tributaires de la pluie.