Sur son domaine Vignes d’Altitude, sur le terroir de Trevillach et Rodès, l’incendie de Trevillac, qui a brûlé près de 5 000 hectares, laisse des cicatrices béantes. Mais, c’est en tant que président du syndicat du...
Sur son domaine Vignes d’Altitude, sur le terroir de Trevillach et Rodès, l’incendie de Trevillac, qui a brûlé près de
5 000 hectares, laisse des cicatrices béantes. Mais, c’est en tant que président du syndicat du commerce des vins du Roussillon que Fabrice Rieu avance un projet de ceinture coupe-feu sur une grande partie des Pyrénées-Orientales. Objectif : rémunérer l’entretien de cette ceinture de parcelles agricoles pour briser l’alimentation des mega incendies.
Vous avez été directement impacté par l’incendie de Trevillach. Mais au-delà des pertes économiques et écologiques et des drames humains, vous avancez une solution, la création d’une ceinture coupe-feu pour mieux protéger le territoire du Roussillon des incendies hors norme qui, avec le dérèglement climatique, pourraient se multiplier ?
Avec les incendies, on parle, à très juste titre, de l’héroïsme des pompiers qu’il ne faut cesser de saluer. Mais, les viticulteurs, les arboriculteurs, les agriculteurs, les éleveurs, tous ceux qui travaillent les terres, sont eux aussi des héros en première ligne. Il en faut du courage, de la volonté, pour aller travailler en ne gagnant quasiment plus ce qui est nécessaire pour récompenser le fruit de son travail. Ils sont aussi les premières victimes de ces incendies. Quand je vois les images d’hélicoptère le dimanche matin (4 juillet) et que je reconnais notre terroir et nos parcelles en train de brûler, je suis d’abord submergé par l’émotion. On a perdu 20 % des pieds et 80 % de la récolte. Comment va-t-on se relever est ma première interrogation ? Mais, rapidement, comme je suis aussi un acteur économique, rapidement une autre réflexion s’est imposée.
À lire aussi : Incendie dans les Pyrénées-Orientales : "Il ne peut plus progresser"… Le feu de Trévillach est officiellement fixé
Laquelle ?
Je me dis que face à ce drame, peut-être trouverais-je des solutions, mais d’autres vignerons, arboriculteurs ou éleveurs n’auront pas l’énergie, la force nécessaires pour se relever. Dans ce contexte si négatif, je voulais démontrer que l’espoir existe. Il y a de l’espoir parce que la solidarité s’est organisée, mais aussi parce qu’une prise de conscience s’est imposée. D’où cette idée qui a germé dans ma tête. Au-delà des superbes gestes de solidarité d’acheteurs, de vignerons, d’amis, d’anonymes… je voulais des solutions le plus pérennes possibles pour demain. J’ai commencé à avancer cette idée, ce projet de ceinture contre le feu sur les réseaux sociaux, les retours ont été nombreux et hyperpositifs.
"Je propose que le travail, l’entretien de ces parcelles soient rémunérés. Pourquoi pas à hauteur de 1 500 euros par an et par hectare"
À quoi ressemblerait cette ceinture ?
L’idée est de relier, à l’échelle d’un territoire, un certain nombre de points géographiques qui permettraient de garantir qu’à un moment donné, on pourrait stopper ces méga incendies grâce à cette ceinture de parcelles entretenues, cultivées, protectrices donc. Depuis plusieurs années, de trop nombreuses exploitations agricoles disparaissent, ne trouvent pas de successeur ou repreneur, alimentant cette déprise, ces parcelles abandonnées, plus entretenues, qui deviennent des carburants pour les incendies. Concrètement, on peut imaginer de mobiliser tous les acteurs concernés, bien sûr les services de l’État, des sites spécialisés comme Géoportail, les vignerons à travers les ODG (organismes de défense et de gestion), l’Interprofession, la chambre d’agriculture, les collectivités locales pour définir le tracé de cette ceinture, identifier les parcelles concernées, les espaces nécessaires…
Mais, il faudra financer ce projet. Quelles solutions préconisez-vous ?
Sur un premier jet, on peut déjà identifier 2 000 hectares identifiés à travers une mosaïque qui sera utile pour la collectivité. Utile bien sûr contre les incendies, utile parce qu’elle va structurer le paysage, utile parce qu’elle va protéger, voir même enrichir notre territoire. Je propose que le travail, l’entretien de ces parcelles soient rémunérés. Pourquoi pas à hauteur de 1 500 euros par an et par hectare. Un contrôle, par un organisme accrédité indépendant, serait réalisé par exemple le 1er juin pour les parcelles viticoles. Si ce contrôle est positif, le vigneron serait rémunéré après la vendange par exemple. Ces chiffres sont des hypothèses, il faudra les finaliser bien sûr. Mais, ils rémunéreront le travail, l’entretien, l’engagement. Aujourd’hui, on subventionne l’arrachage à hauteur de 4 000 euros l’hectare. Sur cette ceinture coupe-feu, il faudrait 3 millions d’euros pour 2 000 hectares. Que représentent 3 millions d’euros face au coût des dégâts d’un incendie comme celui de Trévillach qui a détruit des maisons, les exploitations, des récoltes, des locaux d’entreprises et tant d’autres ? L’addition se comptera en centaines de millions d’euros.
Vous avancez déjà un calendrier ?
La ceinture coupe-feu est une solution immédiate, elle peut être en place d’ici l’été prochain. Elle prévient des drames humains, sociaux, économiques, patrimoniaux. Elle crée ou préserve des richesses agricoles nécessaires à notre autonomie alimentaire et notre tourisme. Elle valorise le travail. L’objectif aujourd’hui est d’en appeler à nos élus locaux et jusqu’au plus haut sommet de l’État pour acter la création d’un fonds pour lancer et tester le projet. D’abord en Roussillon. Et si l’on démontre que cela fonctionne pourquoi pas une extension nationale, voire européenne.