Trois semaines après le mégafeu de Trévillach, pour les vignerons du secteur, l’heure est désormais au constat et à l’inquiétude. Certains, comme Gilles Trouillier, ont quasiment perdu l’intégralité de leur...
Trois semaines après le mégafeu de Trévillach, pour les vignerons du secteur, l’heure est désormais au constat et à l’inquiétude. Certains, comme Gilles Trouillier, ont quasiment perdu l’intégralité de leur production. Et espèrent des aides de l’État.
La désolation. Plusieurs semaines après l’incendie dévastateur de Trévillach, sur le plateau, la scène fait peine à voir. Végétation et vignes calcinées composent le tableau sur des kilomètres et des kilomètres. Ici, le 4 juillet dernier, les flammes ont tout emporté sur leur passage. Près de 5 000 hectares ont été détruits, plus de 12 000 personnes évacuées et 180 exploitations agricoles touchées. Une longue liste de victimes collatérales à laquelle le viticulteur Gilles Trouillier appartient.
Gilles Troullier.
L'Indépendant - Charles Baron
Installé entre Trévillach et Tarerach depuis près de dix ans, le vigneron, l’un des rares producteurs de vins nature du plateau, a perdu l’essentiel de son exploitation. "J’ai entre neuf et dix hectares. Plus de huit hectares sont partis en fumée, soit 90 % de ma production. Et malheureusement, je ne pense pas que les vignes repartiront. Les incendies des Corbières ont montré que beaucoup avaient espéré un redémarrage qui n’est jamais venu", déplore-t-il. Il ne lui reste qu’un hectare. "Cette parcelle est située entre une maison et le village de Tarerach. Elle a été défendue parce qu’elle protégeait les habitations."
"Nous avons été sacrifiés"
Souvent présentées comme des coupe-feu naturels capables de ralentir la progression des flammes, ici, les vignes n’ont pas résisté. "Nos vignes n’ont pas été défendues parce qu’il fallait sauver les villages. Je le comprends parfaitement, je ne conteste absolument pas ce choix. Mais nous avons été sacrifiés."
Selon lui, la déprise agricole sur le plateau réduit également l’efficacité de ces barrières naturelles. "Il y a de moins en moins de vignes. Les parcelles sont isolées. Avec le vent, le feu passe malgré tout. Les vignes ralentissent les flammes mais elles ne peuvent plus les arrêter lorsqu’elles sont trop dispersées."
Parmi les pertes les plus douloureuses figurent ses parcelles de vieux carignans. "J’ai perdu des ceps de près de 100 ans. Ça, ce n’est pas remplaçable. Au-delà de la récolte envolée, c’est mon patrimoine qui disparaît." Gilles Trouillier estime ses pertes foncières à près de 80 000 euros. Un préjudice d’autant plus lourd qu’il n’était pas assuré.
"Moi, je n’ai droit à rien. Ma famille a lancé une cagnotte Leetchi pour essayer de redémarrer. J’espère surtout que l’État mettra en place un fonds d’urgence et que les petits vignerons du plateau ne seront pas oubliés."
Fredéric Bourreil, un autre viticulteur du secteur qui exploite 26 hectares, a lui aussi perdu gros. Entre 10 et 11 hectares ont brûlé. "L’expert est venu ce matin. Je pensais avoir perdu quatre hectares, mais il estime que sept à huit hectares sont définitivement détruits."
Frédéric Bourreil, un autre viticulteur du secteur a perdu près de 50 % de son exploitation.
L'Indépendant - Charles Baron
Assuré, il bénéficiera d’une indemnisation. "Le contrat est plafonné à 35 000 euros. Même si j’obtiens le maximum, cela ne couvrira qu’environ la moitié de mes pertes réelles, rien qu’en foncier."
Selon lui, plusieurs facteurs expliquent la violence exceptionnelle de l’incendie. "Il a beaucoup plu cet hiver, puis les fortes chaleurs sont arrivées très vite. Toute l’herbe autour des ceps est devenue du combustible. Et tout autour, avec la déprise agricole, les terrains ne sont plus entretenus. Le feu a trouvé énormément de matière à brûler."
Reste désormais à savoir si l’État débloquera un fonds d’urgence national pour les agriculteurs sinistrés.