Retrouvé mort à 50 ans à son domicile parisien, le DJ Kavinsky laisse en suspens une enquête et une génération électro orpheline. Derrière son tube Nightcall, ses rares confidences sur Barbès et la banlieue racontent un tout autre chemin.
Le choc de la mort de DJ Kavinsky laisse un vide bien au-delà de la scène électro. En effet, le DJ français de 50 ans, de son vrai nom Vincent Belorgey, a été retrouvé sans vie à son domicile du 18ᵉ arrondissement de Paris, dans la soirée du mardi 28 juillet 2026. De ce fait, une enquête "en recherche des causes de la mort" a été ouverte par le parquet de Paris, aucune trace suspecte n’ayant été relevée, tandis qu’une piste d’accident vasculaire cérébral est évoquée par Le Figaro. Par ailleurs, derrière l’icône de "Nightcall" et de la French Touch, il y avait un enfant de Barbès devenu banlieusard, qui s’était confié une seule fois, ou presque, sur son histoire.
La mort de Kavinsky et les hommages à une icône de la French TouchRetrouvé injoignable, signalé par un voisin inquiet, Kavinsky a été découvert chez lui dans le 18ᵉ arrondissement, comme l’a rapporté le magazine people Gala. Cependant, le parquet a confirmé l’absence d’éléments suspects sur place. Quelques jours plus tôt, le 10 juillet, il apparaissait encore sur scène au Stade de France, en première partie de The Weeknd, qui rappelait alors que son propre parcours ne serait pas le même "sans Paris, sans Daft Punk, sans Justice, sans Kavinsky, sans Charlotte Gainsbourg, sans Gaspar Noé".
Sur BFMTV, la ministre de la Culture Catherine Pégard a salué "l’une des voix les plus singulières" dont la musique "continuera de traverser les générations et les frontières", tandis que le Comité national olympique et sportif français a honoré un artiste qui a "contribué au rayonnement de la culture française". Le président Emmanuel Macron a parlé d’"une fierté française pour toujours". Des mots officiels qui tranchent avec la discrétion du musicien sur ses origines modestes.
De Barbès au Pré-Saint-Gervais, l’enfance discrète de Vincent BelorgeyDans cet entretien rare, Vincent Belorgey remontait au tout début : "Je suis né à Barbès, à l’hôpital Lariboisière, où ma mère travaillait comme infirmière." Il précisait : "Je suis l’aîné de trois enfants. Mon père vendait des photocopieuses et des chaussettes. J’ai d’abord vécu au Pré-Saint-Gervais, sur la place du Marché." Il se décrivait comme un "banlieusard", loin de l’image fantasmée du producteur né dans le confort.
Le divorce de ses parents marque un tournant : il emménage à Pantin avec sa mère. "Elle a fait tout le boulot. Et moi je faisais des petites conneries", reconnaissait-il. Entre HLM, marchés et périphérie parisienne, il grandit dans un décor où l’on se débrouille plus qu’on ne brille. Ces années de marge sociale, il les gardera pour lui, alors même que son univers musical s’emplit de nuits urbaines, de voitures lancées sur des routes désertes et d’une mélancolie très ciné.
De Pantin à "Drive" : comment la banlieue a façonné son parcoursAu lycée, à Pantin, une rencontre change tout : son ami Quentin Dupieux, futur Mr. Oizo, l’embarque d’abord dans ses clips, puis lui offre en 2004 un ordinateur équipé d’un logiciel de musique. Ancien livreur de pizzas, Kavinsky se met à "faire sa tambouille", compose Testarossa en 2005 et l’envoie à Marc Tessier Ducros, patron du label Record Makers, qui trouve le morceau barré et baroque. Repéré par Daft Punk, il enchaîne les dates aux États-Unis, en Australie, au Japon.
La bascule mondiale arrive avec "Nightcall", coécrit avec un membre de Daft Punk et utilisé pour la bande originale de Drive de Nicolas Winding Refn, sorti en 2011. "C’était plus plaisant qu’écrasant. C’est génial tout ce qui m’est arrivé avec ce titre", expliquait-il au magazine Numéro en juillet 2026. Son album Reborn, en mars 2022, aligne Justice, Phoenix, Sébastien Tellier, avant qu’il ne fasse vibrer le Stade de France lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris 2024, le 11 août, aux côtés d’Angèle et Phoenix. Le gamin de Barbès et de Pantin s’y retrouvait au centre de l’image que la France donnait au monde, sans jamais avoir renié cette enfance dont il parlait si peu.
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