Depuis début septembre, Prayssac et ses environs dans le Lot font face à un épisode inédit de chikungunya avec 19 cas autochtones confirmés. Les autorités sanitaires ont intensifié les opérations de décontamination...
l'essentiel Depuis début septembre, Prayssac et ses environs dans le Lot font face à un épisode inédit de chikungunya avec 19 cas autochtones confirmés. Les autorités sanitaires ont intensifié les opérations de décontamination pour enrayer la propagation du virus, tandis que la prévention contre le moustique-tigre s’organise pour l’avenir.
Le moustique-tigre n’est plus seulement une nuisance estivale dans le Lot. À Prayssac et dans plusieurs communes voisines, il est désormais au cœur d’un épisode sanitaire de taille pour le département. Dix-neuf cas confirmés de chikungunya ont été recensés depuis ces derniers jours. Tous sont considérés comme autochtones, c'est-à-dire que les personnes contaminées n’avaient pas voyagé dans une zone où le virus circulait. Un premier foyer local s’est donc constitué dans la basse vallée du Lot.
La situation a rapidement évolué depuis les premiers signalements. "On est sur Prayssac et autour", résume Gilles Bousquet, conseiller municipal et dorénavant référent moustique-tigre à Prayssac.
Une contamination localeComment le virus est-il arrivé jusqu’ici ? Le scénario privilégié par l'Agence régionale de santé (ARS) est celui d’une personne ayant contracté le chikungunya lors d’un déplacement dans une région où le virus circule, puis revenue dans le Lot. Un moustique-tigre présent localement aurait alors pu la piquer et transmettre le virus à d’autres personnes. Le patient à l’origine de la chaîne de transmission n’a pas été identifié. Pour l’ARS, cette recherche n’est toutefois pas la priorité. L’objectif est d’abord de casser la chaîne de transmission.
Les symptômes peuvent être particulièrement marqués : forte fièvre, maux de tête et surtout importantes douleurs articulaires. Plusieurs personnes ont été fortement touchées, tandis que d’autres peuvent présenter des symptômes plus modérés. L’ARS indique qu’aucune situation préoccupante n’est actuellement signalée et que la plupart des personnes concernées sont rétablies ou en voie de l’être. Certains patients ont néanmoins dû être hospitalisés.
À Prayssac, l’inquiétude est également perceptible chez certains habitants, notamment parmi les plus âgés. "J’ai 78 ans et, forcément, quand on entend parler de plusieurs cas autour de chez nous, on se demande ce qui peut nous arriver", témoigne Jeannie*, habitante de la ville depuis des années. "Je ne connaissais pas vraiment le chikungunya avant cette histoire. Ce qui m’inquiète surtout, ce sont les fortes fièvres et les douleurs articulaires. À notre âge, on se demande toujours si on va bien supporter ce genre de maladie."
Quatre opérations de décontaminations à PrayssacFace à la multiplication des cas, la lutte contre le moustique-tigre s’est intensifiée. Deux traitements ont d’abord été réalisés à Prayssac les 23 et 30 août, autour du premier cas confirmé. Deux nouvelles opérations ont ensuite été menées les 17 et 22 septembre, dans une zone élargie couvrant les cas identifiés.
Des traitements ont également eu lieu à Pomarède, le 21 septembre, puis à Albas, le 24 septembre, en lien avec le passage de personnes infectées. Une nouvelle opération est par ailleurs prévue à Prayssac pour tenir compte de nouveaux signalements.
Pour les élus locaux, cette organisation peut être difficile à comprendre pour les habitants. "La mairie est mise devant les faits", explique Gilles Bousquet. Les opérations sont décidées et coordonnées par l’ARS, avec l’intervention d’un prestataire spécialisé. Les habitants sont informés avant les pulvérisations et peuvent être sollicités lors des opérations de porte-à-porte.
La pulvérisation constitue cependant une réponse ponctuelle. Elle ne suffit pas à elle seule à empêcher le moustique-tigre de se développer. "La fameuse petite coupelle avec de l’eau qui s’est accumulée", rappelle l’adjointe au maire Josy Laur, peut devenir un véritable lieu de ponte. Même chose pour une piscine gonflable laissée avec de l’eau stagnante, un récupérateur d’eau ou tout autre récipient exposé aux intempéries.
"Il faut se préparer pour l'an prochain"C’est précisément sur ce terrain que se joue la prévention. Le moustique-tigre pond dans de petites quantités d’eau stagnante. Supprimer ces gîtes larvaires permet donc de limiter le nombre de moustiques adultes susceptibles ensuite de transmettre le virus.
Car derrière l’épisode actuel se pose déjà la question de l’été prochain. "Il va falloir qu’on rentre dans une future campagne anti-moustique le plus tôt possible", estime Gilles Bousquet. L’élu redoute que des conditions météorologiques favorables permettent au moustique-tigre de revenir en nombre dès le printemps. Pour l’ARS, ce type de situation pourrait se reproduire dans les prochaines années, en raison de l’implantation durable du moustique-tigre et de la circulation croissante de ces virus.
*Les prénoms ont été modifiés.