Il épouse les contours du département ariégeois. Un savon en forme d’Ariège, né dans les mains de la fondatrice de la savonnerie ML, qui entend mettre à l’honneur son territoire et son savoir-faire local. Derrière ce...
l'essentiel Il épouse les contours du département ariégeois. Un savon en forme d’Ariège, né dans les mains de la fondatrice de la savonnerie ML, qui entend mettre à l’honneur son territoire et son savoir-faire local. Derrière ce projet insolite, le parcours singulier d’une ancienne conseillère bancaire devenue savonnière après une greffe rénale. Retour sur l’histoire de Marie-Laure Verdier, qui a fait du savon sa nouvelle vie.
Marie-Laure Verdier en rêvait depuis le lancement de sa savonnerie artisanale en 2023, au cœur de Mirepoix : créer un savon représentant l’Ariège. Un savon à la forme géographique du territoire, fabriqué à partir d’ingrédients biologiques et locaux, sans huile essentielle et adapté à tous les types de peau. Conçu en collaboration avec plusieurs artisans ariégeois, ce produit est l’aboutissement d’un projet qui lui tenait à cœur depuis ses débuts.
C’est en cherchant des solutions pour les peaux sensibles, alors qu’elle souffrait elle-même d’une insuffisance rénale, que Marie-Laure Verdier a eu l’idée de fabriquer ses propres savons. De sa cuisine aménagée dans un garage aux étals des marchés ariégeois, le parcours de la Mirapicienne ne manque pas de singularité et de persévérance.
Un changement de carrièreRien ne prédestinait la Mirapicienne à devenir artisane et à ouvrir son propre atelier-boutique. Après avoir travaillé pendant dix-sept ans comme conseillère financière, atteinte d’une insuffisance rénale qui s’aggravait avec le temps, elle subit une greffe le 18 décembre 2020. Son donneur n’est autre que son père, Michel. En pleine période de Covid-19, son hospitalisation est écourtée afin d’éviter toute contamination, et sa convalescence se déroule entièrement à domicile.
"C’est durant cette période d’isolement que m’est venue l’idée de créer des savons adaptés aux peaux sensibles. Avec l’insuffisance rénale, les reins éliminent moins bien les toxines, ce qui peut provoquer des irritations et des démangeaisons", explique-t-elle.
Pendant plus d’un an, elle formule ses propres recettes, teste des couleurs et affine ses mélanges. Les savons sont alors fabriqués en petites quantités, d’abord pour son usage personnel. "Il y a aussi eu des ratés, mais c’est comme cela que j’ai appris. J’ai acheté beaucoup de livres pour me former", ajoute-t-elle.
"C’était une évidence"Marie-Laure Verdier décide alors de transformer cette passion en métier. "Quand j’ai perdu mon travail, c’était pour moi une évidence de créer une savonnerie artisanale", confie-t-elle. Pour concrétiser son projet, elle suit plus d’un an et demi de formations spécialisées, notamment à Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence, référence dans le domaine de la saponification à froid.
Fabrication de cosmétiques naturels, savons liquides, réglementation et hygiène : elle se forme à tous les aspects du métier. Aujourd’hui, chacune de ses formules est déclarée sur le portail réglementaire des cosmétiques. "Je suis vraiment partie de zéro", souligne-t-elle.
Elle fabrique dans son laboratoire aménagé en respectant les normes exigées à côté de la boutique. "Les ustensiles ne doivent jamais être mélangés avec ceux de la cuisine. Tant que la réaction de saponification n’est pas terminée, il existe des risques de brûlures. Les enfants et les animaux doivent rester éloignés du laboratoire", précise-t-elle.
"Mes premières ventes ont eu lieu lors de la Fête de la pomme à Mirepoix. C’était un beau début", se souvient-elle. En parallèle, elle développe son atelier-boutique situé dans le centre de Mirepoix, à une centaine de mètres de la porte d’Aval, et y propose ses savons ainsi que des coffrets.
Le circuit court comme pilierPeu à peu, la clientèle se fidélise. "Les gens reviennent pour refaire leur stock. C’est ma plus grande satisfaction", se réjouit-elle. Marie-Laure Verdier travaille également avec plusieurs revendeurs en Ariège, notamment l’Intermarché de la Cavalerie et la pharmacie de La Tour à Pamiers. Pour elle, ces relais sont indispensables. "La boutique, le site internet et les marchés sont déjà très énergivores. J’ai besoin des revendeurs pour assurer la commercialisation sans multiplier les déplacements", explique-t-elle.
La savonnière privilégie les matières premières biologiques et, dès que possible, locales : huiles végétales bio, huiles essentielles, colorants naturels, mais aussi miel et cire d’abeille de la Miellerie du pays de Mirepoix ou encore lait issu de la chèvrerie de Belloc. "Je veux montrer que l’on peut proposer des produits de qualité tout en travaillant localement. L’entraide est essentielle si l’on veut durer dans le temps", assure-t-elle.
Un hommage à l’AriègeLe savon en forme de l’Ariège représente l’aboutissement de cette philosophie. Pour concrétiser ce projet, Marie-Laure Verdier s’est entourée d’entreprises locales. La forme du département a été modélisée en impression 3D par Ariège 3D afin de permettre à Marie-Laure de créer les moules. "J'ai dû faire plusieurs essais parce que les contours de l’Ariège ne sont pas du tout lisses", plaisante-t-elle. Son père a également participé à la fabrication des moules. Le packaging a lui aussi été conçu localement : les illustrations ont été réalisées par Papier Mirage et la boîte produite par l’imprimerie du Noisetier. "Le fait de découper la forme de l’Ariège dans la boîte permet de sentir et de découvrir le savon avant de l’acheter."
Depuis sa sortie début juin, le savon rencontre un excellent accueil. "Toutes les ventes réalisées ont été faites par des Ariégeois et j’en suis ravie. J’espère désormais séduire les touristes et les visiteurs de passage." Jusqu’en octobre, la savonnière sera présente au marché du lundi matin à Mirepoix ainsi qu’à plusieurs marchés estivaux organisés par Sensation Pyrénées Cathares et Made in Ariège, notamment à Foix. Les clients peuvent retrouver le savon Ariège ainsi que l’ensemble de ses articles dans son atelier-boutique et sur son site internet. "Je veux rendre hommage à mon territoire, à sa nature, à son artisanat et à ses habitants", conclut-elle. Pari réussi pour cette entrepreneuse qui a les savons et l’Ariège dans l’âme.