L’article Les entrepreneurs français n’attendent pas qu’on les sauve, ils attendent qu’on les laisse construire est apparu en premier sur Maddyness - Le média pour comprendre l'économie de demain.
On ne relancera pas l’économie française à coups de slogans sur l’audace. Les entrepreneurs français n’ont pas besoin qu’on leur rappelle qu’il faut innover, recruter, investir ou tenir dans l’incertitude. Ils le font déjà.
Ce qu’ils attendent désormais est plus élémentaire : un cadre cohérent. Un cadre qui ne les freine pas quand ils veulent embaucher. Un cadre qui ne les pénalise pas quand ils veulent investir. Un cadre qui ne les limite pas quand ils veulent partager la valeur avec ceux qui la créent.
3 urgencesC’est précisément le sens des trois recommandations phares remises par la Délégation française 2025 du G20 des Entrepreneurs au ministre des PME Serge Papin lors de la cérémonie officielle Citizen Entrepreneurs à Bercy.
Première urgence : libérer l’investissement productif en s’inspirant du modèle estonien. Aujourd’hui, une entreprise est imposée sur ses bénéfices qu’elle les distribue ou qu’elle les réinvestisse. Autrement dit, on traite de la même manière l’argent qui sort de l’entreprise et celui qui sert à construire.
C’est un non-sens économique. S’inspirer du modèle estonien, dans un cadre ciblé, plafonné et expérimental, ce n’est pas lancer une révolution fiscale. C’est reconnaître, enfin, qu’une PME ou une ETI qui réinjecte durablement ses bénéfices dans ses fonds propres, dans l’emploi, dans la R&D, dans la transition ou dans son outil de production doit être encouragée, pas découragée. Réinvestir doit redevenir un choix récompensé.
Deuxième urgence : créer un CDD-FLEX, contrat-passerelle entre CDD et CDI. Sur le terrain, la réalité est connue : quand l’activité augmente, beaucoup d’entreprises n’ont que de mauvaises options. Faire davantage d’heures supplémentaires, recourir à l’intérim à coût élevé, ou embaucher trop tôt dans un contexte encore incertain.
Le CDD-FLEX répond à cette zone grise. Il ne doit pas remplacer le CDI, qui doit rester la norme. Il doit permettre de sécuriser un moment de transition, de donner de l’air aux entreprises et d’accélérer, quand l’activité se confirme, la bascule vers une embauche pérenne. Le sujet n’est pas de déréguler. Il est de rendre le marché du travail plus intelligent.
La troisième recommandation porte sur un angle mort de plus en plus visible : universaliser les BSPCE pour ouvrir le capital aux freelances clés. Une partie croissante de la création de valeur repose aujourd’hui sur des indépendants stratégiques, experts rares, qui jouent un rôle décisif dans les trajectoires de croissance.
Pourtant, ils restent largement exclus des outils d’association au capital. Ouvrir les BSPCE à ces profils, dans un cadre clair et sans contourner le salariat, c’est reconnaître une transformation profonde de l’économie réelle. C’est aussi un levier de compétitivité : pour fidéliser les talents clés, attirer les profils les plus mobiles et rendre notre écosystème plus cohérent avec les formes contemporaines du travail.
Ces trois recommandations ont un point commun : elles n’appellent pas plus de complexité, mais plus de cohérence. Réinvestir plutôt que prélever. Embaucher plutôt que saturer. Associer plutôt que concentrer.
Cesser d’envoyer des signaux contradictoiresCe triptyque n’est ni une posture, ni une revendication abstraite. Il part du terrain, de ce que vivent des centaines de dirigeants de la communauté Citizen Entrepreneurs, et bien au-delà, des milliers d’entrepreneurs français qui, chaque jour, prennent des risques, arbitrent, investissent, recrutent, innovent et tiennent dans un environnement toujours plus exigeant.
La France n’a pas besoin d’une politique économique de plus. Elle a besoin de cesser d’envoyer des signaux contradictoires à ceux qu’elle dit vouloir soutenir.
On ne peut pas appeler les entreprises à investir davantage tout en traitant de la même manière bénéfices distribués et bénéfices réinvestis. On ne peut pas vouloir plus d’emploi tout en laissant trop d’entreprises coincées entre rigidité et attentisme. On ne peut pas parler de partage de la valeur en ignorant une partie croissante de ceux qui la créent réellement.
Au fond, la question est simple : veut-on vraiment encourager ceux qui construisent ? Si la réponse est oui, alors il est temps d’arrêter de les ralentir.
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