Romain Lassalle, gérant du bistrot Le Distingué, a été victime d'un dégât des eaux en mars 2025. Le restaurateur dit avoir vécu un enfer administratif pour que des travaux de réparation soient menés dans son...
Romain Lassalle, gérant du bistrot Le Distingué, a été victime d'un dégât des eaux en mars 2025. Le restaurateur dit avoir vécu un enfer administratif pour que des travaux de réparation soient menés dans son établissement. Après un an et demi de lutte, il décide de tout abandonner.
Romain Lassalle balaye les photos dans la galerie de son smartphone. Il bute sur une image de la devanture de son restaurant. "Là, ça ressemblait à quelque chose", lâche-t-il. Une autre photo montre l'intérieur de l'établissement, datant du 30 janvier 2025. Plusieurs tables sont soigneusement dressées. Quelques tableaux décorent les murs. L'ambiance semble chaleureuse. "Ça me fait mal de voir ça...", souffle-t-il.
Romain a de quoi être amer. Un an et demi plus tard, Le Distingué, installé dans la rue Voltaire, à Agen, a perdu de sa splendeur d'antan. Ce qui, fut un temps, était un établissement apprécié des Agenais n'est plus qu'un local en désordre. En cause : un dégât des eaux.
Un dégât des eaux en mars 202512 mars 2025. Sur le papier, c'est un mercredi comme les autres. Jusqu'à cette phrase, prononcée par Sylvain, l'employé du restaurateur, peu avant le début du service : "J'entends que ça goutte". Au-dessus du bar, le faux plafond est gorgé d'eau. Le voisin de l'étage supérieur aurait laissé son robinet ouvert, selon le gérant. Pas de chance. En vingt ans de boulot, c'est une première pour lui. Le bistrot doit fermer ses portes temporairement.
Impossible de le savoir à l'avance. Mais à ce moment, Romain s'apprête à mettre les deux pieds dans un enfer administratif dont il ne parviendra jamais à s'échapper. Les démarches s'éternisent. Le patron perd de l'argent. L'été approche, et tout bon restaurateur de la rue Voltaire le sait : pas question de faire une croix sur une saison estivale.
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Alors en mai 2025, le Bordelais d'origine rouvre son établissement. "On savait qu'on allait souffrir, mais on l'a quand même fait", se rappelle-t-il. Le Distingué reste ouvert pendant quelques mois, sans possibilité d'accueillir des clients en intérieur. En octobre, une fois la saison achevée, le bistrot baisse à nouveau le rideau.
La guerre des assurancesEn parallèle se joue une bataille entre assurances. Pour Romain Lassalle, ça commence à faire long. Les uns et les autres se renvoient la balle pour savoir qui doit prendre en charge les travaux liés au dégât des eaux, initialement prévus en décembre. Pourtant validés par l'expert, ils n'auront finalement jamais lieu. "Les assurances bataillaient pour savoir à qui appartenait la climatisation, alors qu'on s'en fout ! Ce n'est pas à moi d'en subir les conséquences. J'entends que ce soit complexe entre eux. Mais je suis là pour bosser", s'agace le patron.
Au fil du temps, les dégâts s'accentuent. Une odeur désagréable d'humidité envahit les lieux. Une partie de la vaisselle, alignée au sol, a pris l'humidité. Sur le comptoir, la paperasse s'entasse. Depuis mars 2025, le quadragénaire ne s'est pas versé un euro de salaire. C'en est trop. En juillet 2026, Romain lâche l'affaire. Le constat est âpre. "J'ai perdu un an et demi, peste-t-il. A la maison, on n'a plus qu'un seul salaire. On a un petit garçon de 4 ans. Ce n'est plus possible."
"Ce n'est pas un échec, mais une humiliation"De toute évidence, le patron du Distingué prend cette décision à contrecoeur. Mais "repartir pour quatre-cinq mois de démarches", ce n'est plus envisageable. Trop d'argent personnel injecté pour un résultat qui n'en vaut pas la peine. Trop d'énergie dépensée. Il ne saurait cacher sa frustration. "Si on m'avait dit que ça allait se passer comme ça dès le départ, j'aurais fait les travaux moi-même... Je tenais ce resto parce que j'aimais ce boulot. Ce n'est pas un échec, mais une humiliation. C'est compliqué de faire le deuil de quelque chose dont je ne suis pas responsable. C'est un cauchemar."
La fin du Distingué est donc actée - le fonds de commerce est tout de même à vendre. De son côté, le père de famille compte lever les voiles de la cité agenaise. Un projet de retour sur ses terres du Médoc est d'actualité. Reprendra-t-il un jour la restauration ? Rien n'est moins sûr. "Je vais me laisser le temps de me poser et de faire autre chose d'abord", glisse l'intéressé. Comme quoi, une seule mauvaise expérience suffit à anéantir la passion de toute une vie.