Face à Gwyneth Paltrow et Vinessa Shaw, l’acteur donne une profondeur bouleversante à ce triangle amoureux signé James Gray. Ce soir à 20h50 sur Ciné+ Festival et disponible à la demande sur myCANAL.
Joaquin Phoenix dans « Two Lovers » de James Gray WILD BUNCH
James Gray est l’un des rares réalisateurs à dominer, de la tête et des épaules, le paysage cinématographique américain. Mais là… Pourquoi a-t-il éprouvé le besoin de sortir de son univers (corruption + violence + famille) pour raconter une love story fade ? Il s’agit d’un garçon un peu étrange, Leonard (Joaquin Phoenix), qui est destiné par sa famille à épouser la fille d’amis de ses parents. A Brooklyn, dans ce milieu de petits commerçants juifs, Leonard étouffe un peu, mais il ne se rebelle pas. Est-il amoureux de Sandra (Vinessa Shaw), la future femme qu’on lui destine ? Non. En revanche, il rencontre une blonde (Gwyneth Paltrow) qui est tout ce qu’il ne pourra jamais atteindre : elle est fine, fréquente des gens fortunés, c’est une beauté wasp. Il tente de se rapprocher d’elle mais elle le maintient dans une position de copain dont il ne sait comment sortir… Entre la vie qui l’attend et la vie dont il rêve, Leonard ne sait que faire.
James Gray, excellent dans la noirceur (« Little Odessa », « The Yards »), se cantonne ici à la grisaille d’un quotidien déprimant. Et, du coup, s’enlise dans une histoire sans doute piochée, en partie, dans la légende de sa famille, originaire d’Ukraine. On sent, tout au long du film, la mélancolie engendrée par le déracinement, la douleur issue d’un déclassement à la fois social et psychique, mais, curieusement, l’intrigue elle-même reprend les clichés d’un certain théâtre mélodramatique du début du XXe siècle. James Gray et son scénariste Ric Menello se sont inspirés, paraît-il, des « Nuits blanches » de Dostoïevski (déjà illustrées par Visconti) et de « l’Education sentimentale » de Flaubert. Excellentes références, certes, pour un film qui semble se chercher et qui n’atteint jamais son point de fusion.
Joaquin Phoenix, lui, excelle dans ces rôles où la folie rôde, où le rêveur cherche à s’éveiller, où la dissolution de la réalité menace le monde. Il possède une puissance tapie et un désespoir secret en lui. Qu’il s’agisse de jouer Jésus (« Marie Madeleine ») ou un tueur (« les Frères Sisters »), il a la même violence contenue, la même aura de sorcier. Si « Two Lovers », malgré tout, a une cohérence, c’est grâce à lui.
◗ Dimanche 12 juillet à 20h50 sur Ciné+ Festival. Drame américain de James Gray (2008). Avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow. 1h50. (Disponible à la demande sur myCANAL).
Par François Forestier
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