Entre danse, performance et théâtre, petit florilège de découvertes réalisées durant la deuxième semaine de cette 80e édition.
Entre danse, performance et théâtre, petit florilège de découvertes réalisées durant la deuxième semaine de cette 80e édition.
Si Avignon apparaît avant tout comme la citadelle du théâtre (sous toutes ses facettes), la danse y tient néanmoins une place importante, dans le In et dans le Off. Elle se déploie en particulier aux Hivernales, Centre de Développement Chorégraphique National d’Avignon, qui accueille durant dix jours une programmation spéciale, intitulée On (y) danse aussi l’été.
S’en détache d’abord Growing Piece, nouvelle création de Madeleine Fournier, incluse dans le festival In. Celle-ci prend racine dans la mythologie grecque à travers les Héliades, filles du dieu soleil Hélios, rendues tellement tristes par la mort de leur frère Phaeton qu’elles se sont transformées en peupliers. En dialogue avec le musicien Julien Desailly (à la cornemuse), la danseuse et chorégraphe – qui cultive tout du long un langage corporel aux subtiles variations expressives – fait s’épanouir ce mythe sous une forme scénique tout à fait singulière, empreinte de douce fantaisie, quelque part entre l’humain et le végétal comme entre l’archaïque et le contemporain.
Autre pièce vue aux Hivernales, dans le Off, bang bang de Manuel Roque consiste en un duo au minimalisme radical. Sur le vaste plateau nu, l’un à côté de l’autre, les deux interprètes – ici, Manuel Roque et Nils Levazeux – exécutent pendant cinquante minutes la même partition chorégraphique (à quelques nuances près), extrêmement physique, dans un rapport très frontal avec le public. Transpirant vite abondamment, ils paraissent emportés dans une implacable spirale infernale. Si la pièce joue sur le fait de repousser les limites des corps, jusqu’au bord de l’épuisement, elle ne se réduit pas à cet aspect strictement performatif, aussi frappant soit-il. En émane aussi une vraie délicatesse via la danse, presque aérienne sous la contrainte, et aussi la musique, très évolutive, qui l’accompagne.
Hors du champ chorégraphique et des Hivernales, glissons vers le Train bleu, l’un des lieux les plus fiables du Off, pour évoquer Rouge pute. Mise en scène par Perrine Maurin, la pièce – entre concert et performance théâtrale – fait résonner un texte de l’autrice Perrine Le Querrec, irrigué par des témoignages de femmes victimes de violences conjugales. À fleur de peau, par la voix et par tout son corps, la comédienne Elsa Pion transmet ce texte terriblement remuant avec un éclat rendu encore plus incandescent par le rock abrasif du masculin Kapout, présent à ses côtés sur scène, en totale symbiose.
Au 11, autre valeur sûre du Off, Badjens aborde également les violences à l’encontre des femmes, par le biais du monologue d’une adolescente iranienne, Zahra, engagée dans le mouvement de révolte Femme, Vie, Liberté. Vibrante, au confluent du documentaire et de la fiction, la pièce est mise en scène par l’écrivaine et journaliste Delphine Minoui à partir de son propre roman. Alice Rahimi prête ses traits et sa ferveur à Zahra, surnommée (“mauvais genre”), dont les mots se répercutent au sein d’un dispositif hybride convoquant projections vidéo et intermèdes musicaux live (dans la veine d’un rock electro orientalisant).
Petit retour vers le Train bleu, où l’on a aussi pu découvrir Fouiller bercer pompier, conçu, écrit, mis en scène et interprété en binôme par Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi. Le récit est centré sur le personnage d’Octave, jeune chanteur d’opéra se préparant à interpréter Il Primo Omicidio, un oratorio d’Alessandro Scarlatti basé sur l’histoire d’Abel et Caïn. Au fur et à mesure des répétitions, Octave sent remonter en lui les souvenirs douloureux des violences et humiliations infligées, durant son enfance, par son frère aîné… D’une justesse remarquable, dans l’écriture comme dans l’interprétation, le spectacle s’achève de manière bouleversante.
Achevons ce parcours à l’Extra, nouvelle place forte du Off ouverte par la Manufacture, avec deux pièces réjouissantes, dans des tonalités différentes. Nouvelle création de la jeune et iconoclaste compagnie Lesœurs, Lost in Vatican entraîne dans une épopée sacrément débridée, à la verve crépitante et à l’inventivité exubérante, inspirée par Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, iconique mouvement LGBT. Œuvre de la compagnie bruxelloise La Horde Furtive, Should I Stay or Should I Stay enferme quatre personnages aux costumes très colorés dans un univers cartoonesque aux confins de l’absurde. Une expérience très originale, souvent hilarante, qui conjure la violence du monde avec un grand sourire.
Growing Piece et bang bang, aux Hivernales jusqu’au 20 juillet.
Rouge Pute, au Train bleu jusqu’au 23 juillet.
Badjens, au 11, jusqu’au 23 juillet.
Fouiller bercer pompier, au Train bleu jusqu’au 23 juillet.
Lost in Vatican, à l’Extra jusqu’au 21 juillet.
Should I Stay or Should I Stay, à l’Extra jusqu’au 21 juillet.
| # | Наименование новости | Тональность | Информативность | Дата публикации |
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