En pleine promo pour « L’Odyssée », la reine des tapis rouges se retrouve au milieu d’une controverse qui dépasse de loin la simple faute de style.
Culture 16/07/2026 14:14 Actualisé le 16/07/2026 15:01
En pleine promo pour « L’Odyssée », la reine des tapis rouges se retrouve au milieu d’une controverse qui dépasse de loin la simple faute de style.

Dave Benett / Grant Buchanan/Dave Benett/WireI
Zendaya, ici au mois de juillet à Londres, pendant la promo de « L’Odyssée ».
Premier raté pour Zendaya ? La reine des tapis rouges, actuellement en promo du nouveau blockbuster de Christopher Nolan L’Odyssée, n’est semble-t-il pas exempte de critiques, comme en témoigne une flopée de remontrances observées ces derniers jours contre la superstar. L’objet du délit ? Une paire de boucles d’oreilles.
Sous la forme de petits disques ovales et dorés, elles ont été portées par l’actrice lors d’un photocall à Londres, début juillet. Date à laquelle une partie de la presse a couvert de louanges l’interprète d’Athéna, grande adepte du « method dressing », cette pratique qui consiste à prolonger l’esprit d’un personnage dans les apparitions publiques.
Pour certains, c’est un clin d’œil à l’antiquité grecque. Pour d’autres, comme le magazine Vogue, ce sont de vrais « disques » de l’époque ancienne. « C’est faux », rétorque la journaliste britannico-afghane Shabnam Nasimi dans une vidéo sur Instagram, visionnée plus de 460 000 fois à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Comme le pointe cette dernière, ces boucles sont le fruit d’une création de la marque de joaillerie de luxe Barron London qui, sur son site, les présente comme des médaillons en or fabriqués à partir de pièces découvertes à Ziwiyé, un site archéologique en Iran, et datées approximativement du Ier millénaire avant JC.
Les bijoux proviennent d’une collection baptisée « Materials of The Old World », dont chacune des pièces a été assemblée à partir d’autres véritables objets originaires des continents africains et asiatiques. Les moyens d’acquisition n’ont, eux, pas été communiqués.
De vrais artefacts ?Ces pièces sont-elles issues de ce qu’on appelle le « trésor de Ziwiyé », un ensemble d’objets rares en or, argent et ivoire, découverts au sortir de la Seconde Guerre mondiale, avant de passer entre les mains de marchands peu scrupuleux, puis d’être exposés dans de grands musées, comme au Louvre ? Mystère. Pourraient-elles être des contrefaçons ? Mystère, aussi.
Malgré l’incertitude, une archéologue du nom d’Annelise Baer s’est empressée d’exprimer son enthousiasme en les découvrant aux oreilles de Zendaya. Pour elle, ces boucles faites à partir de « véritables artefacts » méritent notre attention. Elles mettent en lumière un goût méconnu pour les coutumes d’antan dans cette région du monde.
La spécialiste s’appuie sur les dessins observés sur les boucles : des rayons de soleil, un motif courant chez les Assyriens faisant référence à la déesse de l’amour et de la guerre Ishtar, l’une des plus importantes des divinités mésopotamiennes.
« Je suis fascinée, ajoute-t-elle. Elles sont magnifiques. » D’autre part, continue cette spécialiste, « tout cela s’inscrit dans une tendance [dans l’industrie actuelle] inspirée des bijoux anciens, entre cette collection, celle de Cartier et celle de Van Cleef & Arpels. C’est génial. J’adore ça et j’en veux encore plus tout de suite. »
« Nous ne savons rien sur la provenance »Un point de vue que beaucoup ne partagent pas. « Le marché noir d’antiquités n’a rien de cool, écrit notamment en légende d’une vidéo une autre archéologue, connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme Dr Z. J’espère que les célébrités et leurs stylistes vont arrêter d’amplifier ce néocolonialisme dans le futur. »
Face caméra, celle-ci précise : « Nous ne savons rien sur la provenance, c’est-à-dire le parcours depuis le pays d’origine, qui est certainement l’Iran. […] Ces artefacts ont probablement été pillés en Iran et ornent désormais les oreilles d’une actrice américaine, dont le pays vient justement de bombarder l’Iran. »
« Soyons honnêtes, le but de ces boucles d’oreilles n’est pas de mettre en valeur l’art ancien mais de fétichiser le passé, d’en faire une marchandise volée à l’élite, mise en circulation illégalement et de manière immorale », dénonce Dr Z.
Les archéologues montent au créneauLes commentaires vont dans son sens. « Nos artefacts anciens ne sont pas destinés à être utilisés par n’importe qui », estime Ariana Jasmine, une journaliste iranienne installée à New York. « En tant qu’historienne iranienne : AHHHHHHH ! ! ! », s’époumone une certaine Ladan Khanoom. « Moi-même archéologue, cela soulève des questions d’ordre éthique », concède à son tour une consœur du nom de Liisa-Ravna Finbog.
Pour Lauren Lien, autre professionnelle du secteur actuellement en doctorat, même son de cloche. Une telle mise en lumière « contribue, selon elle, à perpétuer le commerce illégal des biens culturels et discrédite le travail accompli par les experts du patrimoine pour préserver et protéger ces objets de manière éthique ».
Devant l’avalanche de critiques, Annelise Baer ne s’arrête pas. Même si elle dit avoir désactivé les commentaires sous sa première vidéo, celle-ci explique dans une seconde être vraiment « très heureuse » du débat qu’elle a soulevé. « C’est l’occasion idéale d’évoquer le sujet sur lequel j’ai rédigé ma thèse : la perception et la réception des artefacts », souffle-t-elle. Sommés de réagir par bien des fans, Zendaya et son styliste Law Roach n’ont, eux, adressé aucun mot.