En deux passages à Agen (2012-2015 puis 2019-2023), Raphaël Lagarde a tout connu : blessure, finales, Top 14, relégation, crise, autogestion… Joueur complet doté d’un grand sens de l’attaque, l’ancien ouvreur retrace...
l'essentiel En deux passages à Agen (2012-2015 puis 2019-2023), Raphaël Lagarde a tout connu : blessure, finales, Top 14, relégation, crise, autogestion… Joueur complet doté d’un grand sens de l’attaque, l’ancien ouvreur retrace le fil d’une carrière mouvementée mais toujours guidée par le plaisir du jeu. C’est aussi, en creux, la saga récente du club qui se dessine.
Votre histoire avec le Sporting débute au mois de janvier 2012. Vous quittez Montpellier en cours de saison pour rejoindre le Lot-et-Garonne.
Oui. À Montpellier, j'avais eu un passage qui ne s'était pas très bien passé avec Fabien Galthié. J'avais découvert le Top 14 l'année précédente. Une super année en plus puisque Montpellier va en finale. Ensuite, même si François Trinh-Duc part en Coupe du monde, ça ne se passe pas bien. Moi, je ne voulais pas être à Montpellier pour ne pas jouer. Le SUA cherchait un ouvreur. Il y avait à Agen Maxime Machenaud avec qui j'avais joué à Bordeaux, des Crabos à l'équipe première. Ça aide toujours d'avoir un pote. En venant, je me rapprochais aussi de ma famille. Et puis, de chez nous, à Captieux, il y avait quand même Guillaume Bouic qui avait joué à Agen. Et c'était le club de Philippe Sella...
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Vous êtes alors le joker médical de Benjamin Petre, mais vos débuts vont être contrariés.
J'arrive avec un pet au genou, une fissure au ménisque. Lors de mon déménagement, mon genou a gonflé... Je crois que j'ai fait deux entraînements avec le SUA, je suis tombé trois fois car ça a lâché. Christophe Deylaud me dit de me faire opérer. Et j'ai fait toute ma rééducation avec Benjamin Petre dont j'étais effectivement le joker médical. J'ai repris en même temps que lui ! Au moins, ça a créé des liens que j'ai toujours avec Benji (rires) !
En 2014 et en 2015, vous allez connaître deux finales de Pro D2 très différentes. L'une perdue nettement contre le Stade Rochelais, l'autre remportée face au Stade Montois.
La saison suivante, il y a une belle saison avec Mathieu Blin et David Darricarrère, mais on descend. Il y a alors une année de reconstruction en Pro D2. Avec Stéphane Prosper entraîneur des trois-quarts, je me suis régalé. Il avait un plan de jeu ouvert. En 10, j'avais le feu vert pour jouer et ça me correspondait vraiment. C'est aussi la culture d'Agen. Il y avait des joueurs qui ont beaucoup apporté, je pense notamment à Lionel Mazars. On fait une très belle saison et en finale contre La Rochelle, on passe complètement à côté (NDLR : 22-31). Personnellement, je fais un match de merde, je sors à la 40e. La Rochelle marque très vite, on se fait transpercer... On revient à la fin, mais c'est trop tard. Vraiment, c'était très dur au vu de notre belle saison. Et puis l'année d'après, il y a cette finale contre Mont-de-Marsan, gagnée à la fin sur une transformation manquée de Manu Saubusse (NDLR : 16-15).
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C'est pourtant à ce même moment où le SUA retrouve le Top 14 que vous choisissez de partir.
Oui. Je voulais jouer. Sur la fin, je ne jouais pas et ça me gonflait. Moi, je ne fais pas du rugby pour passer à la télé. Je n'ai jamais voulu être pro, je ne savais même pas que ça existait ! Mon ancien entraîneur de Bordeaux, Benjamin Bagate, m'appelle et je le retrouve à Albi. Il y avait là-bas de supers joueurs dont Mathieu Peluchon, qui est le parrain de ma fille. Albi, c'est la meilleure équipe de Pro D2 que j'ai connue. On avait une équipe de fous.
Maxime Machenaud, Alexi Balès, Paul Abadie, Paul Graou: sous le maillot agenais, Raphaël Lagarde a été associé à des joueurs ayant effectué de très belles carrières au plus haut niveau. Il évoque ses prestigieux partenaires : "Tous les 9 que vous citez, sont des 9 joueurs. Ce sont des demis qui mettent du jus et ça me correspond. Maxime est une machine. Quand je vois qu'il repart au Racing... Il est hors norme. Tous ces demis de mêlée avaient la fibre du jeu. Et c'est important. Aujourd'hui, devant les défenses que tu as, si tu n'emballes pas, tu ne t'en sors pas."
Partir pour mieux revenir puisqu'en 2019, alors que vous jouez au Racing, vous décidez de retrouver Armandie. Quelles différences trouvez-vous en arrivant avec le club que vous aviez quitté ?
Christophe Laussucq arrive à Agen et me recrute. L'équipe est de nouveau en Top 14, avec de très bons joueurs. Ça s'est épaissi, il y a la grinta. C'était un joli challenge. On bat Montpellier d'entrée, il y a aussi une victoire importante à Bayonne. Et arrive le Covid. À ce moment-là, on est avant-derniers devant le Stade Français. Le championnat est arrêté et il n'y a pas de descente. Peut-être que si c'était nous qui avions été derniers, ils auraient laissé une descente mais bon... Et puis, l'enfer est arrivé. Il y a cette saison sans victoire, avec trois staffs différents, une autogestion...
On s’en souvient, hélas, bien...
Tous les week-ends, tu as cinq blessés, tu envoies les jeunes à l'abattoir. C'est terrible. Physiquement, on était à la rue. On rivalisait 50 minutes puis on ramassait. L'autogestion a été difficile. Julien Guiard (NDLR : alors manager des Espoirs), qui était très intéressant, avait fait le tampon, en compagnie d'Olivier Campan. Il proposait du contenu à l'entraînement mais faire l'équipe était très difficile : pourquoi un mec plutôt qu'un autre ? Et qui choisit ? Et puis on était à Agen, donc... Quand tu vas faire tes courses, boire un café... Dès que tu sors, t'as honte. Moi, je ne sortais plus. Toute ta vie est impactée : la famille, les amis... Et le pire, c'est qu'en Pro D2 l'année suivante, tu perds les sept ou huit premiers matchs. Dans la tête, c'est très dur... Aujourd'hui, tout le monde sait jouer au rugby. Ce qui fait la différence, c'est la "tronche". Et on ne l'avait plus. Le moindre grain de sable et tu te mets le doute. Quand on prenait un essai, on se retrouvait sous les poteaux, avec le regard des mecs qui ne trompe pas. Et là, il n'y a plus rien, t'as l'impression que tu ne sais plus rien faire.
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Le club se redressera peu à peu et c'est même dans un rôle inattendu d'entraîneur du SUA que vous clôturerez votre carrière.
Ça m'est tombé dessus ! En décembre, juste avant la trêve, on part jouer à Nevers. Je ne joue pas, je suis hors groupe. J'avais peur de faire la saison de trop, je connaissais mon corps. Bernard me disait souvent : « Il faut que je te voie ». Je pensais qu'il plaisantait. Et puis un midi, après l'entraînement, il me fait venir dans son bureau et me dit : « Manny (NDLR : Edmonds, coach des trois-quarts) n'est pas bien, il vit mal la distance avec sa famille restée à Perpignan, il va démissionner. » Recruter un coach en cours de saison était alors compliqué. Bernard me dit qu'il aimerait que ce soit moi et me demande si je suis prêt à devenir entraîneur-joueur. Bien sûr que je n'étais pas prêt (rires) !
Mais vous acceptez.
J'ai dit OK mais je ne voulais pas entraîner et continuer à être joueur. Jouer et analyser la vidéo du match dans le bus au retour... Et il se trouve qu'à ce moment-là, on recrute Elton Jantjies. Donc, on avait un 10 et je laissais de la place aux jeunes Thomas Vincent et Émile Dayral, un jeune dont j'appréciais beaucoup le jeu d'attaque. Alors pendant la trêve, j'ai bossé, j'ai préparé. Et je me suis régalé. C'était plus facile pour moi : je n'avais pas de contrat d'entraîneur, je connaissais déjà tout le monde... On a travaillé des trucs sympas que j'avais appris avec de très bons entraîneurs que j'avais eus. On finit sur un barrage à Mont-de-Marsan. Des phases finales, c'est bien pour terminer. On avait lancé Clément Garrigues, Jefferson Joseph... À Agen, il y a un vivier, de très bons jeunes. Certains partiront, à Perpignan par exemple, ou même Toulouse, d'autres resteront. Mais en échange, Perpignan ou Toulouse prêteront peut-être de bons jeunes à Agen. Et ça, Mauricio Reggiardo l'a très bien compris.
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Justement, quel regard portez-vous sur l'évolution actuelle du SUA ?
On sent qu'il y a un renouveau. On retrouve cette identité de formation des jeunes, de ne rien lâcher. Cette saison pour Agen était un peu une balle à blanc avant d'être prêt. C'est souvent comme ça quand un staff arrive. L'équipe marque à nouveau des essais, c'est bien. Quand on joue, le but est de prendre du plaisir et d'en donner aussi. Je suis plutôt optimiste pour le SUA.