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"Nos adversaires vont l'attaquer là-dessus" : comment Marine Le Pen tente de lancer sa campagne présidentielle malgré les incertitudes sur son avenir judiciaire

Дата публикации: 09-07-2026 10:51:49

En choisissant de briguer de nouveau l'Elysée, au soir de sa condamnation en appel pour détournement de fonds publics, la leader d'extrême droite expose sa campagne à des rebondissements judiciaires majeurs et au feu des critiques.

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Publié le 09/07/2026 12:51

Temps de lecture : 5min

La leader du RN Marine Le Pen à La Flèche (Sarthe), le 8 juillet 2026, pour lancer officiellement sa campagne présidentielle. (CHARLES BURY / SIPA) La leader du RN Marine Le Pen à La Flèche (Sarthe), le 8 juillet 2026, pour lancer officiellement sa campagne présidentielle. (CHARLES BURY / SIPA)

En choisissant de briguer de nouveau l'Elysée, au soir de sa condamnation en appel pour détournement de fonds publics, la leader d'extrême droite expose sa campagne à des rebondissements judiciaires majeurs et au feu des critiques.

Un premier déplacement de campagne houleux. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été accueillis par des manifestants hostiles, mercredi 8 juillet, lors de leur visite à La Flèche (Sarthe), au lendemain de la déclaration de candidature à la présidentielle de la leader du Rassemblement national (RN), malgré sa condamnation en appel pour détournement de fonds publics. "Pas de délinquants au gouvernement !", ont scandé les opposants munis de casseroles, certains porteurs de drapeaux LFI ou écologistes. Le binôme a été contraint d'abréger sa déambulation dans la ville conquise par le parti d'extrême droite lors des dernières municipales.

"J'espère que le ministère de l'Intérieur mettra en place les conditions qui permettront à tous les candidats de pouvoir faire campagne normalement, sans violence", a réagi Marine Le Pen. Cet épisode va-t-il donner le ton de la campagne qui attend la désormais quadruple candidate à l'élection présidentielle, alors que sa situation judiciaire n'est pas définitivement actée ?

Mardi après-midi, après l'annonce de sa nouvelle condamnation, avec une peine moins lourde qu'en première instance, la cheffe des députés RN a rapidement choisi de se maintenir dans la course à l'Elysée. Elle mise sur le pourvoi en cassation pour échapper à la pose d'un bracelet électronique et se présenter comme présumée innocente, puisque ce recours suspend la décision.

Pour autant, cette stratégie n'offre aucune garantie. "Il y a des aléas, que nous sommes prêts à assumer évidemment. Que le pourvoi [en Cassation] soit rejeté, ça fait partie des aléas", a admis le vice-président du RN, Sébastien Chenu, sur franceinfo mercredi matin. Quelques heures plus tard, la haute juridiction a annoncé qu'elle "pourrait" se prononcer sur le dossier "au plus tard début avril 2027, avant le scrutin présidentiel", dont le premier tour est fixé au 18 avril. "On n'en est pas du tout là, pour le moment elle n'est pas empêchée, donc elle peut y aller", balaie un lieutenant. Au regard des délais d'exécution des peines, la perspective du port du bracelet électronique pendant la campagne semble s'éloigner, mais son ombre continue de peser sur les chevilles de la finaliste des scrutins de 2017 et 2022.

La décision de la cour d'appel offre par ailleurs un angle d'attaque à ses adversaires politiques. "C'est une déchéance politique. (...) Il faut respecter l'Etat de droit. On ne doit pas être candidat à la présidence de la République quand on est condamné pour détournement de fonds publics", a jugé mercredi sur RTL Raphaël Glucksmann, qui n'a pas encore officialisé sa propre candidature. De son côté, Gabriel Attal, candidat de Renaissance, a accusé sur France Inter Marine Le Pen de "prendre en otage" la campagne en menant une "guérilla judiciaire".

D'autres mettent en contradiction Marine Le Pen avec ses précédentes déclarations, très sévères, contre des élus condamnés. "Elle est allée s'asseoir sur 40 ans de leçons de morale qu'elle a données absolument à tout le monde sur le fait que la classe politique était malhonnête et qu'elle incarnerait les mains propres, la tête haute", a lancé Jean-François Copé (Les Républicains, LR), invité des "4V", mercredi, sur France 2.  "Ça en dit long sur le fait qu'il ne faut pas croire ce que dit Marine Le Pen puisqu'elle dit des choses et fait ensuite l'inverse", a raillé Manuel Bompard, coordinateur de La France Insoumise sur France Inter

"Sa campagne sera marquée au fer rouge par sa condamnation, elle qui prônait l'inéligibilité pour les élus condamnés, estime pour sa part le député socialiste du Val-d'Oise Romain Eskenazi. "On ne peut pas ne pas en parler pendant la campagne. Ceux qui minimisent la portée de son geste contribuent à minimiser la portée du délit. C'est une telle faute morale que c'est constitutif du problème de sa candidature", estime pour sa part un membre de Renaissance.

"Nous ferons campagne sur notre programme mais, si les macronistes seront ramenés à leur bilan, elle sera ramenée à sa condamnation."

Romain Eskenazi, député du Parti socialiste

à franceinfo

"Ce serait une très mauvaise stratégie de ne faire campagne que là-dessus", juge en revanche un membre des Républicains. "Pour aller sur le terrain de la morale, il faut être clean et aucun parti n'est totalement vierge sur ces questions-là", poursuit-il. "Ça va être une campagne difficile, mais elle a transgressé en se présentant malgré sa condamnation, observe Ariane Ahmadi, présidente l'agence de communication Kerman Consulting. Les choses vont se corser quand elle va devoir aborder les questions de justice dans son programme". 

Au RN, on fait le dos rond. "Je ne pense pas ça polluera notre campagne car le fond de l'affaire est, et a toujours été, faible. On ne parle ni d'emploi fictif, ni d'enrichissement personnel", déclare un conseiller, argument utilisé par de nombreux élus RN. "Nos adversaires vont l'attaquer là-dessus, mais à un moment il faudra bien parler du fond et des projets, et cela deviendra secondaire", croit un député. "Ce ne sera pas un problème, je crois que cette affaire n'intéresse pas les gens", assène un autre parlementaire.

L'hypothèse d'un candidat à la présidentielle empêtré dans une affaire judiciaire renvoie à la campagne du Républicain François Fillon en 2017. Dès sa mise en examen au mois de mars, il a sans cesse été ramené à l'affaire de l'emploi fictif de son épouse. Le scénario peut-il se reproduire pour Marine Le Pen ? "Ça ne va pas lui coller comme un sparadrap", juge Florence Portelli, vice-présidente LR. "Ce n'est pas pareil que François Fillon. Ça fait longtemps que ça 'feuilletonne' et jusqu'ici, ça ne lui a pas porté préjudice", poursuit la maire de Taverny (Val-d'Oise).

"Je pense que la dynamique est très différente de Fillon. Celui-ci avait fait de la probité son cœur d'image et l'affaire a éclaté pendant la campagne. Pour Marine Le Pen, c'est déjà connu et elle n'a jamais joué vraiment sur ce registre", juge Raphaël Haddad, président de l'agence de communication Mots-Clés.

"Ça ne crée pas une crise de réputation. Elle pourrait même tenter de faire de cette contrainte un feuilleton de 'martyr électoral'."

Raphaël Haddad, président de l'agence de communication Mots-Clés

à franceinfo

Deux enquêtes d'opinion réalisées par l'Ifop et Odoxa après l'annonce de la candidature de Marine Le Pen mardi soir semblent montrer que son image n'a pas évolué après cette condamnation en appel. D'après Mathieu Gallard, directeur d'études à l'institut Ipsos-BVA, il est encore tôt pour mesurer l'effet à long terme des événements de cette semaine. "Est-ce qu'une partie de l'électorat de droite classique peut être freinée dans sa bascule vers le RN ? Ou au contraire, la forte défiance envers les élites et le système peut-elle motiver certains électeurs ?", s'interroge-t-il.

"Son noyau dur ne va pas bouger. En revanche, parmi ceux qui peuvent lui permettre d'arriver à 35% au premier tour, quelques-uns peuvent être bousculés. Ce n'est pas une rampe de lancement", avance le politologue Emmanuel Rivière. Ce n'était du reste pas l'entrée en campagne rêvée pour Marine Le Pen, qui espère désormais clore cette séquence. "La cour m'a rendu mon éligibilité, la suite suivra son cours, je souhaite maintenant qu'on parle de politique", a-t-elle lancé à La Flèche.

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