La semaine dernière, près de 550 acteurs des Pyrénées se sont retrouvés à Ax-les-Thermes, en Ariège, pour la 6e édition de Pyrénéo. Pastoralisme, tourisme quatre saisons, logement des saisonniers et valorisation des...
l'essentiel La semaine dernière, près de 550 acteurs des Pyrénées se sont retrouvés à Ax-les-Thermes, en Ariège, pour la 6e édition de Pyrénéo. Pastoralisme, tourisme quatre saisons, logement des saisonniers et valorisation des productions locales : deux jours d’échanges pour imaginer l’avenir du massif. La Dépêche du Midi vous explique.
La montagne ne se résume pas à ses paysages de carte postale. Les 30 septembre et 1er octobre, Ax-les-Thermes (Ariège) est devenue le point de ralliement de près de 550 acteurs des Pyrénées, à l’occasion de la 6e édition de Pyrénéo. Porté par l’Agence des Pyrénées, l’événement a réuni élus, agriculteurs, professionnels du tourisme et représentants des filières économiques autour d’un objectif commun : préparer l’avenir du massif.
Dès mercredi matin, la séance plénière coorganisée avec l’Association des chambres d’agriculture des Pyrénées (ACAP), dans le cadre de l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux, a rappelé le rôle central de l’élevage en montagne. "L’estive n’est pas une simple carte postale, c’est le poumon économique et écologique de nos montagnes."
Un moment de proximité populaire et festif autour des animaux des estives ariégeoises.
Fanny Defond
Philippe Lacube, président de l’ACAP, a insisté sur la dimension productive du pastoralisme. "La montagne, la transhumance, c’est un lieu de production. Quand je suis sur l’estive, je me considère sur mon exploitation." Au-delà de l’activité agricole, les troupeaux contribuent aussi à limiter les risques naturels. "Les pompiers nous le disent, quand on arrive à une lisière de forêt bien entretenue par les animaux, le feu s’arrête. Un éleveur qui s’en va, ce sont des incendies qui arrivent", a averti Yannick Fialip, éleveur venu du Massif central.
L’entretien des espaces pastoraux passe également par des pratiques adaptées au relief. Carole Duperron, animatrice du réseau Usage du feu, a rappelé que "sur leur surface pastorale, 95 % n’est pas mécanisable. L’écobuage encadré est un formidable outil de prévention contre les grands feux." Une problématique partagée de part et d’autre de la frontière. "Le pastoralisme est le véritable garant de l’équilibre de nos paysages pyrénéens et de l’identité que nous partageons de part et d’autre des frontières", a souligné Guillem Casal Font, ministre de l’Agriculture d’Andorre.
Le ski, toujours indispensable à la transitionAprès la présentation de la loi Montagne, les Rencontres ÉCO et plusieurs visites d’entreprises et de sites locaux, dont l’usine Eau Neuve, les thermes et la carrière de talc, les participants ont prolongé les échanges sur le terrain. L’Apéro des éleveurs, organisé par l’ACAP, a notamment mis à l’honneur les vaches gasconnes, les chevaux de Mérens et les brebis. Au repas de gala, les produits du terroir et les chants traditionnels ont entretenu l’esprit de convivialité voulu par les organisateurs.
Devant une salle comble au Casino d'Ax-les-Thermes, les acteurs du massif se sont mobilisés pour l'avenir des montagnes et du pastoralisme.
Fanny Defond
"Casser la logique nord-sud des vallées qui ne se parlaient pas, alors que nous partageons tous les mêmes difficultés et les mêmes espoirs" : tel est le sens de ce rassemblement, selon John Palacin, président de l’Agence des Pyrénées.
"Pour bien faire ce métier-là, il faut aimer les animaux"Jeudi, sept ateliers ont abordé des enjeux concrets : gestion des flux touristiques, logement des saisonniers, filières viande et coopération transfrontalière. La valorisation des productions locales a donné lieu à des échanges sans détour. "Le paradoxe de notre métier, c’est que pour bien faire ce métier-là, il faut aimer les animaux. Je dis bien qu’on les tue, mais il faut qu’on les aime", a déclaré Maxence Diss, directeur de l’abattoir du Couserans.
"S’il n’y a pas une AOC, l’animal est mort"Pierre Sans, professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse, a de son côté pointé les difficultés de certaines races à trouver leur place sur le marché conventionnel. "Le taureau de Camargue en viande bovine est un non-sens en termes de carcasse. Personne ne veut de ce type d’animal. S’il n’y a pas une AOC, l’animal est mort."
Autre chantier majeur : la diversification des activités touristiques pour faire face aux évolutions du secteur. Mais la transition vers un modèle quatre saisons ne pourra pas se faire du jour au lendemain. François Parsi, directeur du Syndicat des montagnes de l’Ariège, l’a résumé : "La diversification ne peut pas remplacer immédiatement le chiffre d’affaires du ski. Il va falloir tirer sur la corde du ski jusqu’au bout pour financer la suite."
L’Ariège récompensée, le Pays basque attendu en 2027L’Ariège a également été mise à l’honneur lors de la remise des trophées Pyrénéo 2026. La Ferme du Faouré, à Ustou, a obtenu le Prix spécial du territoire. La Caisse commune alimentaire Montagnes et Plaines ariégeoises (CCAMPA) a, elle, été récompensée dans la catégorie Originalité et Innovation.
Pour Bernadette Croquet, ancienne agricultrice venue des Aspres, l’intérêt de Pyrénéo réside aussi dans les rencontres : "Le premier intérêt de ces événements, ce sont les rencontres. C’est un petit laboratoire où tout bouillonne, c’est très enrichissant !" Le rendez-vous s’est achevé par le traditionnel passage de témoin. Alain Marfaing, président de la communauté de communes de la Haute-Ariège, a transmis une "passe de rugbyman vers le Pays basque" à Virginie Arhancet. La maire d’Espelette a reçu la sonnaille officielle de l’édition 2027, scellant ainsi la prochaine étape de cette rencontre entre les vallées.
"Qu’on soit dans l’Aude, en Ariège, dans les Pyrénées-Orientales, en Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées ou les Pyrénées-Atlantiques, ce qui nous rassemble, c’est ce beau massif et ce sentiment d’appartenance. Les portes d’Espelette vous sont ouvertes !"