Les rencontres thématiques | Prévention des risques dans l'assurance | Compte-rendu du 14 octobre 2026
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France FinTech a réuni le 14 octobre, les acteurs du Collège Assurance chez Les Furets, en partenariat avec Oliver Wyman, pour une nouvelle Rencontre Thématique consacrée à un enjeu devenu central pour le secteur : la prévention.
Face à l’intensification des risques en assurance santé, climat ou auto, comment la prévention peut-elle devenir un levier de réduction du risque et de soutenabilité du modèle assurantiel, tout en préservant le principe de mutualisation ? Les échanges ont permis de confronter les approches, les modèles et les solutions développées par les assureurs, les assurtech et les fintech. Cela a permis de mettre en avant que la prévention est une condition de soutenabilité du modèle assurantiel. Elle doit s’inscrire dans la durée, être personnalisée, mesurable et réellement utile aux assurés.
1. La prévention, nouvelle frontière de l’assurabilitéLa matinée s’est ouverte avec une keynote de Jérémie Viscuso, Partner chez Oliver Wyman, consacrée aux tensions qui pèsent sur le modèle assurantiel.
La prévention ne produira d’effets que si elle s’inscrit dans la durée et devient une pratique récurrente.
L’enjeu consiste désormais à accompagner l’assuré au quotidien afin de réduire la fréquence ou l’intensité des sinistres. Cette évolution répond à une contrainte économique. L’assurance a considérablement progressé dans sa capacité à évaluer, tarifer et gérer les risques. Les modèles sont plus sophistiqués, les données plus nombreuses et les outils de gestion des sinistres plus performants. Les assureurs savent de mieux en mieux mesurer le risque mais ne parviennent pas encore à le réduire à grande échelle.
La hausse du coût des dommages pourrait rendre l’assurance moins accessible, même lorsque des offres existent. Des hausses répétées de cotisations finissent par rendre la couverture difficilement accessible, même lorsque le capital reste disponible.
La prévention devient alors un levier de compétitivité et d’accessibilité.
Le meilleur sinistre reste celui qui n’a pas lieu, mais cette logique impose de revoir la relation entre assureur et assuré. La prévention doit permettre d’être présent au quotidien aux côtés de l’assuré pour réduire l’exposition, limiter la fréquence des sinistres et préserver un prix acceptable. Les acteurs de l’assurance échangeant peu avec leurs clients au quotidien doivent donc s’appuyer sur des partenaires présents sur le terrain, qu’il s’agisse d’entreprises de services, d’acteurs de la maintenance ou de prestataires capables d’intervenir au plus près des usages.
La technologie peut faciliter cette personnalisation.
Les besoins d’un boulanger, d’un serrurier ou d’un particulier exposé à une inondation ne sont pas les mêmes. L’intelligence artificielle permet de concevoir des recommandations plus ciblées et d’adapter les échanges au profil de chaque assuré. l’IA ouvre la voie à une prévention plus ciblée, plus opérationnelle et plus facilement déployable. Elle ne remplace toutefois pas l’accompagnement humain. Lorsqu’il s’agit de comprendre un risque, de financer des travaux ou de modifier un comportement, la confiance et l’expertise restent déterminantes.
L’intervention de Fabrice Staad, directeur général d’Alan France, illustre cette transformation dans l’assurance santé.
Une plateforme intégrée pour accompagner les assurés au quotidien.
Le modèle défendu par Alan repose sur une plateforme intégrée réunissant prévention, couverture assurantielle et accès à des services de santé. L’objectif est de réduire la fragmentation des parcours et de donner à l’assuré un point d’entrée unique pour ses questions de santé. Cette approche répond à deux difficultés :
La prévention devient donc un moyen d’améliorer la santé tout en limitant certaines dépenses évitables. L’objectif est de dépasser une organisation où les services sont éclatés entre différents acteurs et de proposer une expérience plus cohérente, centralisée et accessible.
La prévention repose sur l’engagement dans la durée.
La France ne consacre qu’environ 2 % de ses dépenses de santé à la prévention, contre près de 5 % dans certains pays européens, notamment les pays nordiques et l’Allemagne.
Pour Alan, la prévention doit dépasser la simple mise à disposition d’informations. Elle doit favoriser des changements de comportement dans la durée. Plusieurs dispositifs s’appuient sur les ressorts de la psychologie comportementale, comme les récompenses associées aux activités favorables à la santé, les challenges collectifs en entreprise et l’accompagnement personnalisé.
Alan a ainsi créé une monnaie virtuelle, les « berries », qui récompense certaines actions quotidiennes. Les utilisateurs peuvent les convertir en dons à des associations ou en réductions sur des produits de parapharmacie. Les challenges collectifs permettent également de mobiliser les salariés autour d’objectifs communs. Enfin, la personnalisation vise à proposer des réponses adaptées aux besoins de chacun, qu’il s’agisse d’activité physique, de stress ou de nutrition. Cette approche semble susciter un engagement croissant. Plus de 80 % des salariés demanderaient à leur entreprise de proposer des actions en faveur de leur bien-être, selon les chiffres présentés lors de l’intervention.
La mesure de l’impact permet de démontrer la valeur de la prévention.
Alan indique qu’un tiers de ses membres se connectent chaque semaine à son application. Pour les personnes les plus engagées dans ses programmes d’activité physique, l’entreprise observe une augmentation d’environ 1 000 pas par jour. Cette évolution permet de suivre les comportements et de les rapprocher d’indicateurs connus de santé. Les effets de la prévention ne se mesurent toutefois pas tous à la même échéance. Certaines actions produisent des résultats à court terme. Les campagnes de vaccination peuvent réduire l’absentéisme, tandis que l’accompagnement au retour à l’emploi peut limiter le risque de nouvel arrêt de travail. D’autres actions nécessitent un suivi plus long pour évaluer leurs effets sur la santé. La maîtrise des dépenses passe aussi par une meilleure organisation des parcours de soins. Alan développe des services intégrés, notamment dans l’optique, avec la vente de lunettes à prix réduits, et propose des consultations médicales à distance. Selon les chiffres présentés, ces consultations évitent une visite physique dans un cas sur deux. L’entreprise estime également économiser environ 130 euros par paire de lunettes grâce à son modèle. Ces résultats permettent d’identifier les économies associées à certaines initiatives. Ils contribuent à démontrer la valeur économique de la prévention et de l’intégration des services, sans réduire leur intérêt à la seule baisse des coûts.
Le digital doit s’articuler avec un accompagnement humain.
L’intégration des services numériques ne signifie pas que le parcours de santé doit être entièrement dématérialisé. Alan associe sa plateforme à des réseaux de professionnels et à des interventions directement dans les entreprises. Des dermatologues peuvent notamment intervenir sur site pour faciliter l’accès à des consultations difficiles à obtenir. Cette complémentarité répond à une limite des approches exclusivement numériques. Les outils digitaux facilitent l’accès à l’information et peuvent encourager de nouveaux comportements, mais l’accompagnement humain reste essentiel dans certaines situations. L’utilisation des données et la multiplication des interactions numériques soulèvent également des questions sur la place des outils dans le quotidien. Alan développe notamment des initiatives qui encouragent la déconnexion, en cohérence avec les enjeux de sommeil, de sédentarité et d’usage des réseaux sociaux. L’enjeu est donc de construire une prévention qui accompagne sans surveiller, qui incite sans culpabiliser et qui personnalise sans exclure.
Les regards croisés entre Kelly Collet-Jones, Claims Manager chez Descartes Underwriting, et Didier Cadic, Directeur général de Geoya, ont porté sur les limites du modèle traditionnel de l’assurance face aux risques climatiques. La hausse de la fréquence et du coût des catastrophes naturelles fragilise l’équilibre économique de l’assurance. Les assureurs doivent donc compléter leurs approches de tarification et de sélection des risques par de nouvelles solutions d’indemnisation et de prévention.
L’assurance paramétrique accélère l’indemnisation
Descartes a développé dès 2019 une approche fondée sur l’assurance paramétrique. Ce modèle déclenche l’indemnisation selon des paramètres définis à l’avance, à partir de données publiques ou via les capteurs, pour proposer une indemnisation selon une échelle qui était déterminée à l’avance avec l’assuré au moment de la souscription et de pouvoir analyser le sinistré quelques jours après son sinistre.
Cette approche peut accélérer la mise à disposition des fonds et permettre à une entreprise de financer rapidement des mesures conservatoires ou des réparations. Descartes a cité le cas d’hôtels exposés aux cyclones, qui ont pu utiliser une indemnisation rapide pour engager les travaux et héberger temporairement leurs salariés lorsque leurs logements étaient devenus inhabitables.
L’assurance paramétrique apporte ainsi une réponse aux délais d’indemnisation. Elle ne suffit toutefois pas à réduire les dommages. Les assureurs doivent également agir en amont pour limiter la vulnérabilité des biens exposés.
La prévention permet de réduire la vulnérabilité des biens
L’un des principaux enseignements de l’échange concerne la distinction entre l’exposition à un aléa climatique et la vulnérabilité face à cet aléa. Deux maisons situées dans une même zone inondable peuvent subir des dommages très différents selon leur configuration, la présence d’un sous-sol, les matériaux utilisés ou les dispositifs de protection installés. Une approche fondée uniquement sur l’exposition risque donc de traiter de la même manière des assurés dont les niveaux de vulnérabilité diffèrent. Les assureurs peuvent pourtant réduire cette vulnérabilité grâce à des mesures adaptées à chaque situation. Ces mesures peuvent comprendre l’installation de batardeaux et de clapets anti-retour, la surélévation des équipements sensibles ou l’adaptation des bâtiments. Pour le retrait-gonflement des argiles, des travaux sur les écoulements d’eau, les gouttières ou les abords des bâtiments peuvent également limiter les dommages. Ces solutions peuvent coûter nettement moins cher que des interventions lourdes sur les fondations. La prévention permet ainsi de réduire la fréquence et l’intensité des sinistres. Elle aide également les assureurs à maintenir une couverture dans des zones fortement exposées, en tenant compte des mesures de protection mises en place par les assurés.
La mutualisation facilite le déploiement de la prévention.
La prévention exige des diagnostics individualisés, des outils numériques et un accompagnement adapté à chaque assuré. Ces moyens peuvent être difficiles à déployer à grande échelle pour un assureur isolé. Geoya répond à cet enjeu en mutualisant les outils et les services de prévention entre plusieurs assureurs. La plateforme a été lancée avec Generali, la MAIF et Société Générale. Elle travaille désormais avec cinq assureurs et prévoit d’en réunir prochainement sept. Geoya développe notamment des outils de diagnostic à distance ou sur site et des autodiagnostics numériques. La plateforme prépare également un accompagnement des assurés dans la réalisation des travaux. Ce dispositif doit faciliter la recherche d’artisans, la gestion des devis et des factures ainsi que l’accès aux financements disponibles. Cette approche permet de dépasser le simple diagnostic. Les assureurs peuvent accompagner les assurés jusqu’à la mise en œuvre des mesures recommandées et profiter de leurs différents points de contact pour renforcer la prévention. La souscription, le renouvellement du contrat ou encore une expertise après sinistre peuvent ainsi devenir des occasions d’évaluer la vulnérabilité et de proposer des solutions adaptées.
Le financement conditionne le passage à l’échelle
Le financement reste un enjeu central. Les travaux peuvent mobiliser des fonds publics, une participation des assureurs, une contribution des assurés ou des solutions de crédit. La répartition des coûts dépend du profil de l’assuré, du risque concerné et du montant des travaux. Un assureur peut, par exemple, financer le diagnostic et une partie des travaux tout en demandant à l’assuré de contribuer au reste à charge. La prévention peut néanmoins générer des économies importantes. Les échanges ont rappelé qu’un euro investi de manière pertinente dans la prévention peut éviter au moins trois euros de sinistres. Pour une maison exposée aux inondations, des équipements de protection représentant environ 4 000 euros peuvent ainsi éviter entre 10 000 et 20 000 euros de dommages lors d’un sinistre, selon les estimations présentées pendant la table ronde. Le retour sur investissement peut donc justifier une participation financière des assureurs, notamment lorsque les mesures de prévention réduisent les sinistres sur la durée de présence du client dans leur portefeuille. Le déploiement de ces solutions dépend toutefois de la mobilisation des financements publics, de l’engagement des assureurs et de la sensibilisation des assurés. La prévention devient ainsi un levier pour réduire les coûts des sinistres, améliorer le service rendu aux clients et préserver l’assurabilité des territoires exposés aux risques climatiques.
La séquence consacrée à l’automobile a réuni Grégory Futhazar, Chief AI and Data Officer chez Datafolio, et Clément Eap, Responsable Produits chez Direct Assurance.
La conduite connectée permet de mieux évaluer le risque.
Les données de conduite permettent aux assureurs d’affiner leur évaluation du risque et de mieux comprendre les comportements à l’origine des sinistres. Les dispositifs connectés analysent notamment les trajets et les habitudes de conduite pour distinguer les profils de conducteurs. Direct Assurance s’appuie sur cette approche depuis une dizaine d’années avec son offre Udrive. Le dispositif repose sur un boîtier connecté au véhicule et une application mobile. Il permet aux conducteurs les plus prudents de bénéficier de réductions sur leur prime d’assurance. Selon les résultats présentés lors de la table ronde, les clients de cette offre déclarent plus de 20 % de sinistres en moins que les clients de l’offre classique. Les sinistres corporels graves diminueraient de 75 %.
Le contexte de circulation affine l’analyse du risque.
Le comportement d’un conducteur ne suffit pas à déterminer son niveau de risque. Les conditions de circulation et les caractéristiques des trajets jouent également un rôle important. Une conduite identique peut présenter des risques différents sur autoroute, en ville ou en zone périurbaine. Datafolio intègre ces paramètres dans ses modèles d’évaluation. L’entreprise analyse les habitudes de conduite en fonction de l’environnement routier et de la répartition géographique des trajets. Cette approche permet notamment aux gestionnaires de flottes d’identifier les zones les plus exposées et d’adapter leurs mesures de prévention. Elle peut également aider les assureurs à mieux suivre l’évolution du risque lorsque la taille d’une flotte ou son activité change rapidement.
La tarification peut suivre l’évolution du risque.
Les données actualisées offrent aux assureurs la possibilité d’ajuster leurs tarifs plus régulièrement. Cette évolution répond notamment aux besoins des opérateurs de mobilité dont les flottes peuvent croître rapidement. Un tarif annuel calculé à partir d’une situation passée peut devenir inadapté lorsque le nombre de véhicules, leur utilisation ou leur répartition géographique évoluent. La tarification dynamique permet de rapprocher le prix de l’assurance du niveau de risque observé. Elle suppose toutefois que les indicateurs utilisés apportent une information supplémentaire par rapport aux critères traditionnels, comme l’âge du conducteur. Les assureurs doivent également pouvoir expliquer les résultats de leurs modèles pour rendre les décisions tarifaires compréhensibles.
La confiance des conducteurs conditionne l’adoption.
Le suivi des comportements de conduite soulève des questions de confidentialité et d’acceptabilité. Certains conducteurs craignent d’être surveillés ou de perdre le contrôle de leurs données. Les assureurs doivent donc expliquer les informations collectées, leur utilisation et les bénéfices attendus. La mise en avant de réductions pour les conducteurs prudents peut faciliter l’adoption de ces offres, notamment par rapport à une approche fondée sur la sanction. Les dispositifs doivent également limiter les tentatives de contournement, comme la désactivation du suivi ou la manipulation des scores. Enfin, l’accès aux données directement produites par les véhicules reste complexe en raison des différences entre constructeurs et systèmes. L’âge du parc automobile français (11,8 années) limite aussi leur disponibilité. Les boîtiers connectés et les applications mobiles devraient donc conserver un rôle important à court terme. L’assurance automobile connectée illustre ainsi le potentiel de la donnée pour mieux évaluer les risques, adapter les tarifs et encourager une conduite plus prudente. Son développement dépendra de la capacité des assureurs à démontrer la valeur de ces dispositifs tout en garantissant leur fiabilité et leur acceptabilité.
Les trois séquences ont fait émerger plusieurs conditions nécessaires pour faire de la prévention un véritable levier de transformation du modèle assurantiel.
La récurrence : Une campagne ponctuelle ou une information annuelle ne suffit pas. La prévention doit s’inscrire dans le quotidien de l’assuré, avec des rappels, des services, des recommandations et des actions concrètes.
La personnalisation : Les risques ne se présentent pas de la même manière pour tous. La prévention doit tenir compte du contexte, des usages, du territoire, du profil et du niveau de vulnérabilité, sans basculer dans une segmentation punitive.
La mesure : Pour être déployée à grande échelle, la prévention doit démontrer son impact. Cela suppose de suivre des indicateurs de sinistralité, d’engagement, d’usage et d’amélioration des comportements, en acceptant que certains résultats ne soient visibles qu’à moyen ou long terme.
La confiance : L’utilisation des données exige de la transparence. Les assurés doivent comprendre ce qui est mesuré, pourquoi cela l’est et comment ces informations sont utilisées. Cette exigence est particulièrement forte en santé et dans l’automobile.
La coopération : La prévention ne pourra pas être portée par un seul acteur. Elle suppose des partenariats entre assureurs, assurtech, fintech, entreprises de services, acteurs publics et professionnels de terrain.
La mutualisation : Enfin, la prévention peut elle-même devenir un objet de mutualisation. Le partage des infrastructures, des données et des coûts est une condition de passage à l’échelle, notamment pour les risques climatiques ou les dispositifs nécessitant une présence locale.
La prévention transforme ainsi le métier de l’assureur. Elle ne remplace ni la mutualisation ni l’indemnisation, mais les complète par une action plus en amont. Dans la santé, elle cherche à éviter ou à limiter certaines dépenses. Dans les risques climatiques, elle vise à réduire la vulnérabilité et à préserver l’assurabilité. Dans l’automobile, elle s’appuie sur les données pour encourager une conduite moins accidentogène.
L’assurance ne se contente plus de prendre en charge les conséquences du risque. Elle cherche et doit désormais agir sur ses causes, avec une ambition qui devra se traduire dans les usages quotidiens.
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