Вход на сайт

Просмотр новости

Найдите то, что Вас интересует

Marine Atlan : “‘La Gradiva’ est traversé par le mirage de la méritocratie”

Дата публикации: 22-10-2026 08:00:00

Jusqu’à présent reconnue pour son travail de cheffe opératrice, Marine Atlan signe avec “La Gradiva” un premier film choral à l’ambition folle. Elle nous parle de son processus créatif et de la façon dont le film résonne avec les manifestations lycéennes. 

Основное содержимое страницы с новостью.

Jusqu’à présent reconnue pour son travail de cheffe opératrice, Marine Atlan signe avec “La Gradiva” un premier film choral à l’ambition folle. Elle nous parle de son processus créatif et de la façon dont le film résonne avec les manifestations lycéennes. 

Tu viens de présenter le film au New York Film Festival. On sent que La Gradiva est un film dont les inspirations sont autant du côté du cinéma français que du cinéma américain. Quelle influence ressens-tu du côté du cinéma américain ? 

Marine Atlan — J’ai beaucoup pensé au Nouvel Hollywood et notamment à Un après-midi de chien de Sidney Lumet pour Toni, l’un des personnages du film qui est tchatcheur, qui s’invente une histoire et qui voit dans le romanesque quelque chose de faux et de jouissif. Dans la forme, j’ai beaucoup pensé à Hitchcock, Cassavetes, Cimino et De Palma. En revanche, le personnage de Suzanne est vraiment inspiré du cinéma français et notamment d’un imaginaire rohmérien. J’avais envie d’un film qui prenne la forme d’une grande fresque et qui fasse le portrait d’un échec collectif. C’est une ambition qu’on retrouve plus souvent dans le cinéma américain. Après c’est un film d’étrangère, c’est un film sur le fantasme d’un pays qu’on ne connaît pas.

Quand tu dis que c’est un film d’étrangère, c’est intéressant parce qu’on pourrait même penser que le film est étranger à toi, dans le sens où contrairement à de nombreux premiers films, tu n’es pas allée puiser dans ton histoire personnelle. 

Oui, mais il est quand même traversé de la question d’une identité fragmentée qui me touche intimement, à la fois dans sa puissance joyeuse et inventive, mais aussi dans les gouffres que ça peut créer. La volonté de tourner dans un pays que je ne connais pas dit aussi quelque chose d’un désir d’inconfort dans lequel je voulais créer le film. 

Une partie de l’équipe technique était italienne ? 

Oui, bien sûr. Naïvement je pensais arriver dans le néoréalisme de Rossellini et je me suis retrouvée dans les séries américaines tournées à la chaîne. Au début, c’était dur de leur faire comprendre que je voulais parfois un tournage en équipe réduite. Je voulais m’inscrire dans le territoire plutôt que de le modifier. Une fois que l’équipe a compris ça, la poésie des lieux a submergé le film, encore plus que ce que j’avais imaginé. Ça me faisait du bien aussi d’être loin de chez moi pour être plus libre, pour échapper un peu à des figures tutélaires trop fortes qui vont de la Nouvelle Vague à Pialat.

“Je voulais croiser la trajectoire d’un personnage qu’on pourrait qualifier de banal, voire de médiocre, avec le drame tragique de l’existence”

À quel moment as-tu su que tu voulais être réalisatrice en plus d’être cheffe opératrice ? 

Sans doute quand je rentre à La Fémis en section image. Je fais des films à côté mais c’est en même temps impensable d’être cinéaste. Il s’agit d’abord d’apprendre un métier et d’avoir un savoir-faire. Et quand mon film de fin d’études a gagné le Grand Prix à Clermont, les membres du jury m’ont dit qu’ils me donnaient ce prix afin que je continue à faire des films. Jusque-là j’étais convaincue de la nécessité pour moi de faire des films, mais je ne savais pas comment ce désir se confronterait au réel. J’étais terrorisée à l’idée de l’affirmer. 

Comment est née La Gradiva ? 

Un producteur est venu me proposer de reprendre la collection Tous les garçons et les filles de leur âge, qui consiste en une série de téléfilms commandée par Arte en 1994 à neuf cinéastes – dont André Téchiné qui réalise Les Roseaux sauvages et Patricia Mazuy qui signe Travolta et moi – avec pour seule contrainte le fait de faire le portrait d’une génération de jeunes gens et d’utiliser la musique de leur époque. Finalement, ça ne s’est pas fait mais j’avais écrit un traitement de trois pages que j’ai montré à ma productrice Inès Daïen Dasi. Elle m’a encouragée à continuer. J’ai alors mis de côté un projet de film avec lequel je me débattais depuis deux ans pour me concentrer sur La Gradiva. 

À quel moment est arrivé le rapport un peu spirituel que le film entretient avec la tragédie de Pompéi ? 

C’est venu de la notion d’héritage et de déterminisme sociologique auquel est confronté le personnage de Toni. Je voulais croiser la trajectoire d’un personnage qu’on pourrait qualifier de banal, voire de médiocre, avec le drame tragique de l’existence, la comédie humaine et donc la mythologie. J’avais aussi cette foi, qui vient en partie du cinéma de Pialat, que du plus sordide peut jaillir le sublime et le merveilleux et que l’expérience humaine se joue aussi dans le banal et le commun. 

“Le scénario est pour moi un vrai objet de création littéraire”

Ton écriture est aussi très précise, quel rapport entretiens-tu avec la littérature? 

La lecture est quelque chose de très important dans ma vie. J’ai toujours eu des références littéraires pour les films. Là, c’était surtout Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar qui m’a influencée dans l’écriture de l’histoire d’amour entre mes personnages avec l’idée d’un destin banal devenu mythique puisque, à la mort d’Antinoüs, Hadrien l’a divinisé, a dressé des temples en son honneur et fait frapper une monnaie à son effigie. Je suis obsédée par Antinoüs. J’ai aussi beaucoup pensé à Henry James et la question du manque et du creux présente dans toute son œuvre. Dans Tour d’écrou notamment, il arrive à créer un manque vertigineux, une absence qui prend de plus en plus d’ampleur au fur et à mesure du livre, tout en restant pourtant insaisissable. La façon dont j’ai imaginé le secret de Toni dans le film est inspirée de Henry James. Plus généralement, le scénario est pour moi un vrai objet de création littéraire, je ne l’envisage pas comme un objet froid que le tournage viendra transcender. Je m’investis beaucoup dans l’écriture. 

La jeunesse dépeinte dans le film est fluide sur les questions de genre, mais on la sent aussi politisée. En quoi le film résonne-t-il avec les manifestations lycéennes des dernières semaines ? 

La Gradiva est traversé par le mirage de la méritocratie, par la question de l’égalité. Il se demande si l’école est un outil d’émancipation, si l’école peut ou pas compenser des inégalités, peut donner des possibilités d’avenir à tout le monde. Et il observe aussi comment les dix dernières années ont pu fragiliser l’Éducation nationale et comment les politiques publiques n’essaient même plus de donner l’illusion d’une école réduisant les inégalités. Je crois que La Gradiva raconte cette anxiété-là et la révolte qu’elle peut déclencher. 

La Gradiva est un premier film très ambitieux dans tous les sens du terme (durée, casting, tournage, écriture, mise en scène). À quel moment as-tu pris conscience de cette ambition ? 

Peut-être le jour de la première répétition avec la totalité des vingt jeunes du film. Je me suis dit “putain je me suis mise dans une grosse galère”. Je suis sortie de là épuisée. L’arrivée à Naples a aussi été une grosse prise de conscience. C’est une ville avec une énergie folle. Je voulais la saisir de manière juste et éviter les clichés et le trop pittoresque. Lorsque j’ai terminé le premier ours du film, qui faisait quatre heures, j’ai commencé à entrevoir le film que j’avais fait et ça a été une nouvelle prise de conscience. 

As-tu été surprise par ce que tu avais mis de toi dans le film sans en avoir conscience ? 

Oui, ça m’a surprise qu’il me ressemble autant, qu’il soit si triste aussi. L’ambivalence entre la joie et la tristesse, la mort et le désir et la mélancolie du film m’a tellement frappée que je me trouvais presque impudique à le montrer. Chez Toni, il y a ce questionnement très intime et personnel de savoir s’il a le droit d’exister. 

Propos recueillis par Bruno Deruisseau

La Gradiva de Marine Atlan, avec Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Gerin… En salle le 21 octobre 2026.

Схожие новости

#Наименование новостиТональностьИнформативностьДата публикации
1Ritual of Care: Screening My Film Inside a Women’s Prison3608-05-2026
2'Sanguine', mejor película en el festival de Sitges06.2217-10-2026
313 best movies from lesbian directors — and where to watch them0526-04-2025
4Our Highlights (So Far) From the 2017 AFI Film Festival09.7913-11-2017
5En amont du festival Un réalisateur dans la ville, Olivier Marchal évoqué tournages et anecdotes013.2924-07-2026
6Программный директор ММКФ: я показываю фильмы, которые находятся на грани допустимого0022-04-2021
7Michelle Lang on Everyone Is Doing Great, Wearing Multiple Hats in Television, and Why Creativity Is the Ultimate Adventure06.1427-07-2026
8Laura Hojman, cineasta: "Me interesa lo íntimo como voz del nosotros, no como el yo que se mira el ombligo"06.507-09-2026
9Memoria, cuidados, territorio y futuro se debaten en el festival de cine realizado por mujeres Generamma06.8315-09-2026

Классификация: . Схожих патентов: 0. Схожих новостей: 9. Тональность: 0. Информативность: 12.61. Источник: www.lesinrocks.com.