Dans cette audience au tribunal de Foix, en Ariège, jeudi 24 septembre 2026, le passé judiciaire d'un père déjà condamné pour corruption de mineurs et proxénétisme aggravé alimente les débats. A-t-il cette fois frappé...
l'essentiel Dans cette audience au tribunal de Foix, en Ariège, jeudi 24 septembre 2026, le passé judiciaire d'un père déjà condamné pour corruption de mineurs et proxénétisme aggravé alimente les débats. A-t-il cette fois frappé sa fille de 14 ans ? Faute de preuves suffisantes, il a finalement été relaxé. La Dépêche du Midi vous raconte.
8 h 30, ce jeudi 24 septembre 2026. Les minutes s’étirent pour Fabien*, la quarantaine, immobile à la barre du tribunal judiciaire de Foix. Salarié en CDI dans un magasin, il ouvre le bal d’une longue audience, avec au moins dix dossiers au programme. Sauf que la présidente ne doit arriver qu’à 9 heures. Et son avocate, Me Delrieu, s’est faufilée quelque part dans le tribunal. L’huissier est parti à sa recherche.
Lorsque tout le monde est enfin positionné dans la salle, la présidente embraye aussitôt. Le débit est rapide. Pas le temps de s’attarder : la journée s’annonce déjà longue. Fabien comparaît pour des violences sur sa fille Manon*, âgée de 14 ans au moment des faits, entre le 1er novembre et le 31 décembre 2024. "Qu’avez-vous à dire ?", demande la présidente. "Je n’ai pas tapé ma fille", répond-il d’emblée.
Une condamnation pour corruption de mineursIl reconnaît avoir parfois haussé le ton, notamment à propos des devoirs. Mais il nie lui avoir donné des coups aux bras, comme elle l’a décrit lors de ses auditions. Depuis son dépôt de plainte, en mars 2025, elle ne veut plus le voir. "Je reste persuadé qu’elle avait peur de changer de collège", avance-t-il.
À l’époque, face aux mauvaises notes de l’adolescente, il était question qu’elle vienne vivre chez lui, plutôt que de passer seulement la moitié des vacances scolaires et un week-end sur deux. Elle était même d’accord, assure son père. Jusqu’à ce qu’elle apprenne que cela impliquerait de changer de collège. Pour lui, le basculement reste difficile à comprendre. Depuis son domicile à Daumazan-sur-Arize, il suit désormais la scolarité de sa fille à distance, sur le site de l’établissement.
Il y a pourtant un point qui interroge la présidente. En décembre 2024, Fabien a déjà été condamné pour corruption de mineurs et proxénétisme aggravé. Deux ans de prison avec sursis probatoire. "Est-ce que la présence de jeunes filles mineures chez vous peut avoir un lien avec le positionnement qu’elle a envers vous ?" "Peut-être que ça peut jouer", reconnaît le prévenu. Depuis cette condamnation, il voit un psychiatre quasiment tous les mois.
Ce n’est pas "qu’une histoire d’inscription scolaire"Lorsqu’il évoque à la barre son autre fille, qui aurait été victime d’une agression sexuelle, l’émotion le submerge. Un moment qui n’échappe pas à la partie civile. "J’aurais aimé qu’il ait la même émotion en ce qui concerne {Marion} que pour sa fille aînée", regrette l’avocate. Car pour elle, ce n’est pas "qu’une histoire d’inscription scolaire". Et Fabien le sait parfaitement.
Dans ses auditions, Marion explique elle-même les raisons de son mal-être, qui serait lié à son père. L’avocate en relit un passage : "Il a commis des erreurs qui m’ont affectée. Ça a fait basculer mon mental et mes notes à l’école." Puis un autre : "Il a commencé à me faire mal. {...} Quand je disais “miskine”, il me frappait sur la tête. Il fréquentait des filles mineures qui dormaient chez lui. Il disait juste qu’il connaissait les parents."
Pour la partie civile, l’attitude de Fabien contredit ce qu’il avait pu déclarer devant le juge aux affaires familiales, où il aurait reconnu avoir frappé sa fille "fort". Si le tribunal devait le condamner, l’avocate demande le retrait de son autorité parentale.
Relaxe pour le père de familleLe parquet et la défense livrent une tout autre lecture du dossier. Pour eux, les éléments réunis ne permettent pas d’établir avec certitude que les violences ont été commises. Aucune trace n’a été constatée. La grande sœur de Marion n’a, elle non plus, jamais rien observé. "Le casier judiciaire du prévenu ne constitue pas une preuve", rappelle la substitut du procureur qui demande la relaxe. Pour elle comme pour Me Delrieu, le doute doit profiter au prévenu.
La défense s’insurge même contre l’argumentation de la partie civile : "Il n’a jamais indiqué avoir porté des coups sur {Marion} devant le juge aux affaires familiales !" Si cela avait été le cas, Me Delrieu ne doute pas que le magistrat aurait alors "prononcé l'autorité parentale exclusive" pour la mère. Selon la robe noire, l’adolescente a surtout pu être perturbée par la condamnation de son père pour corruption de mineurs comme l'indique le certificat médical de l'adolescente.
Ce n'est toutefois pas ce qui intéresse les magistrats à ce jour. Ce sont les violences supposées pour lesquelles "il n’y a pas suffisamment de preuves". Le tribunal rejoint le ministère ainsi que la défense et relaxe le père de famille.