Historiquement liés au Parti socialiste français, plusieurs élus du PS belge n’hésitent plus à faire infidélité à leur “parti frère” en affichant ouvertement leur soutien à Jean-Luc Mélenchon. Paul Magnette et le parti, à ce stade, ont choisi de temporiser et de ne soutenir aucun candidat. ...
Au Parti socialiste belge, la traditionnelle solidarité envers le "parti frère" français vient de subir une secousse inédite. Alors que la gauche sociale-démocrate vient d'adouber Raphaël Glucksmann pour l'élection présidentielle de 2027, une partie des élus bruxellois affiche ouvertement sa préférence pour Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI), formation de la gauche radicale aux accents populistes.
Sur les réseaux sociaux, le député bruxellois Yannick Piquet (PS) a ouvert le bal :"Voilà pourquoi il faut soutenir Mélenchon en 2027", a-t-il fustigé, pointant la faible participation à la primaire du PS français. L'élu ixellois, qui s'affiche aux côtés de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, assume son soutien au chef insoumis plutôt qu'au candidat adoubé par la gauche sociale-démocrate (bien que Raphaël Glucksmann ne soit pas lui-même membre du PS).
"J'ai des origines françaises et je voterai à la présidentielle", explique Yannick Piquet. "Le PS français a eu des occasions d'agir via la Nupes, mais ne l'a pas fait. Mélenchon propose un projet complet. Ce soutien ne doit pas faire débat : le PS belge est bien plus à gauche que le PS français. Beaucoup de militants et de cadres pensent qu'il est le seul candidat de gauche à pouvoir l'emporter."
Et de rappeler qu'Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois, avait lui-même tenté de mettre en place un gouvernement d'union des gauches à Bruxelles.
Les députés bruxellois séduits par le discours insoumisAu PS bruxellois, Yannick Piquet est loin d'être un cas isolé. "Mon candidat de cœur, si j'étais français, serait Jean-Luc Mélenchon", abonde Soulaimane El Mokadem, député bruxellois (ex-PTB)." Quant à Raphaël Glucksmann, il a créé Place publique pour tuer le PS français… Il porte un projet élitiste : du Macron 2017 version réchauffée. Il aura les électeurs diplômés, pas la classe populaire."
Edouard Philippe, David Lisnard, Gabriel Attal… Qui sont les candidats à l'Élysée préférés par les personnalités MR?En coulisses, le soutien au leader insoumis gagne du terrain. "Dans nos canaux de discussion internes, plusieurs députés estimant que Raphaël Glucksmann a fait un rapt sur la gauche considèrent que le vrai candidat reste Mélenchon", glisse un cadre.
Face à cette poussée insoumise, de rares figures privilégient la fidélité au "parti frère". C'est le cas de Rudi Vervoort, député et ancien ministre-président bruxellois : "Au premier tour, le candidat socialiste reste le candidat socialiste. Mais si c'est un duel Mélenchon/Le Pen au second tour, nous voterons Mélenchon, c'est évident."
La prudence du boulevard de l'EmpereurHors de Bruxelles, en Wallonie comme sur les bancs fédéraux, le débat est plus feutré.
Malick Ben Achour, échevin à Verviers et ancien député fédéral, incarne toutefois la désillusion du PS belge envers le partenaire historique. "Le PS français n'est plus le moteur de la gauche depuis longtemps. Dans sa fidélité à son histoire et dans sa crédibilité, il a été assassiné par François Hollande, Manuel Valls ou Bernard Cazeneuve. En face, je constate chez LFI une vraie énergie politique, même si je ne crois pas à la posture d'homme providentiel que veut incarner Mélenchon."
Pour l'ancien député fédéral, Jean-Luc Mélenchon incarne donc le "vote utile" à gauche.
"La bataille de France commence": Raphaël Glucksmann peut-il rebattre les cartes de la présidentielle française ?Plusieurs ténors wallons et fédéraux, ainsi que des bourgmestres influents comme Thomas Dermine, Eric Thiébaut ou Déborah Géradon, choisissent en revanche d'adopter une posture de réserve. "C'est le projet et le rassemblement qui comptent", élude le bourgmestre de Charleroi. Même son de cloche chez Christie Morreale, cheffe de groupe au Parlement wallon, ou chez le député fédéral Khalil Aouasti : "Je ne vois pas de candidat dans lequel me projeter…" Patrick Prévot, député fédéral, théorise la ligne du "ni-ni" : "Le vainqueur de la primaire n'est pas socialiste. Mais comme je ne suis pas communiste, je ne peux pas soutenir Mélenchon non plus — sauf au second tour face à Marine Le Pen."
Au boulevard de l'Empereur, on préfère la prudence et le flou diplomatique : "Nous regrettons que la Primaire n'ait pas pu s'élargir à toute la gauche, hors LFI", indique la porte-parole de Paul Magnette. "Raphaël Glucksmann sort vainqueur de la primaire PS-Place publique. Nous attendons de voir le programme. Dans cette élection, tout doit être mis en œuvre pour faire barrage à l'extrême droite avec le meilleur projet pour la France".
Une position attentiste qui peut surprendre alors que Paul Magnette, président du PS, est une cheville ouvrière de l'Internationale socialiste, en tant que président de son comité Europe.
Paul Magnette à Barcelone : l'offensive des socialistes face à "l'internationale réactionnaire"Mais qui illustre le dilemme qui guette le PS belge, engagé dans sa refondation : assumer une ligne de gauche radicale pour endiguer la poussée du PTB à Bruxelles, ou céder au recentrage social-démocrate réclamé par les bourgmestres wallons.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.