Le documentaire qui retrace la tournée XL de reformation d’Oasis en 2025 a été dévoilé furtivement en salles cette semaine, avant d’être bientôt diffusé sur Disney+. Noel et Liam Gallagher y apparaissent complices comme rarement auparavant.
Le documentaire qui retrace la tournée XL de reformation d’Oasis en 2025 a été dévoilé furtivement en salles cette semaine, avant d’être bientôt diffusé sur Disney+. Noel et Liam Gallagher y apparaissent complices comme rarement auparavant.
Le retour d’Oasis ? C’est bon, c’est bon… Photo Harriet Bols
Par Johanna Seban
Publié le 06 octobre 2026 à 17h14
Printemps 2025, dans un studio de répétition du sud-ouest de Londres. Noel Gallagher et ses musiciens dépoussièrent le répertoire d’Oasis, qu’ils rejoueront bientôt sur scène. La discussion sur le choix des chansons ne saurait dissimuler la gravité de l’instant : Liam doit rejoindre le groupe en début d’après-midi. Seize ans que les deux frères ne se sont pas adressé la parole, après leur altercation dans les loges du festival francilien Rock en Seine. Les hommes ne se sont pas recroisés, leurs enfants, pourtant cousins, ne se connaissent pas.
Bonehead, guitariste historique de la formation, tente de détendre l’atmosphère : il se positionnera entre les deux hommes. Rires nerveux, qu’éclipse bientôt l’arrivée du chanteur. Démarche désinvolte, bagou naturel, c’est bien Liam Gallagher, qui ne ressemble à personne. Et qui pourtant fait ce que fait tout le monde dans les moments de gêne : combler le vide avec des banalités. Sans regarder son frère, il commente les panneaux acoustiques qui ont été placés à côté de la batterie pour atténuer le son : fucking stupides, évidemment. Puis demande à ses acolytes s’ils sont prêts à se mettre au travail avant d’entonner le couplet de Hello. La répétition achevée, il repartira comme il est venu, sans les civilités d’usage. Mais Oasis est de nouveau sur pied.
“Ce n’est pas un truc de droite”On ignore si la scène fut spontanée ou écrite à l’avance. Elle offre toutefois un des chapitres les plus savoureux de Don’t Look Back in Anger, le documentaire que consacrent le scénariste Steven Knight (réalisateur de la série Peaky Blinders) et les réalisateurs Dylan Southern et Will Lovelace aux retrouvailles des Gallagher. Si le premier quart du film nous plonge dans l’intimité des répétitions, il accompagne bientôt la tournée de reformation et révèle alors une ambition plus large : raconter Oasis par le rôle qu’il a joué dans la vie de ses fans. Et compose pour cela un casting cosmopolite où se côtoient un supporter du club de foot River Plate en Argentine, des haenyeo — ces plongeuses en apnée de Corée du Sud —, une rescapée de l’attentat de la Manchester Arena…
Le film n’est pas sans défaut, qui ne recule devant aucune grosse ficelle lacrymale : ralentis appuyés, bons sentiments à la pelle… L’objet tient parfois davantage de la campagne institutionnelle pour le vivre-ensemble que du documentaire rock. Que dire, enfin, des quelques passages larmoyants, comme ce prêtre mancunien qui voit dans la réconciliation des Gallagher l’occasion de citer l’Évangile selon Matthieu ?
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Malgré ces quelques sorties de route, la magie opère. D’abord grâce au répertoire d’Oasis, pioché en quasi-intégralité dans ses deux premiers albums, dont il est jouissif de constater l’efficacité trente ans plus tard (Slide Away, Bring It on Down, Supersonic…) et qui, chez beaucoup des fans interrogés, constitue la bande-son d’une vie. Ensuite parce que le documentaire évite les clichés formels des films sur les tournées (nul gros plan sur un avion, nul zoom sur le matériel technique), leur préférant des plans élégants et un montage malin qui resitue peu à peu le groupe — son ancrage dans la classe ouvrière mancunienne (« Oasis, ce n’est pas un truc de droite », assure Noel), ses racines irlandaises, son identité musicale (à travers, notamment, un hommage à Mani des Stone Roses). Enfin, parce qu’il est cocasse d’observer un dispositif (raconter le groupe par l’amour de ses fans) qui impose aux Gallagher une position de retrait inédite. Et de les voir gagnés par une forme de modestie qu’on ne leur connaissait guère. « On n’est pas des super-héros, on ne guérit pas le cancer », résume Liam, qui a manifestement ravalé son ego et laissé derrière lui les excès qui furent sa marque de fabrique. Ou comment transformer une tournée XL aux chiffres délirants — deux millions de billets vendus et quelque 344 millions d’euros de recettes — en une inattendue leçon d’humilité…
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Ceux qui espéraient découvrir les raisons qui ont poussé les frères à se rabibocher rentreront bredouilles. Mais le documentaire a le mérite de les réunir, pour la première fois depuis seize ans, dans une interview commune. Ils apparaissent complices comme rarement auparavant, heureux de partager souvenirs et punchlines. L’humour, d’ailleurs, irrigue le film de bout en bout. Comme lorsque Liam invite le public d’un stade à se lancer dans un « poznań » (geste popularisé par les supporters de Manchester City qui consiste à tourner le dos au terrain) : « Que tout le monde se retourne ! Même les bourgeois ! Même ceux qui ont acheté des places bon marché ! Ah ! j’oubliais, personne n’a eu de place bon marché ici… » Possible clin d’œil à la tarification dynamique qui avait été mise en place pour la vente des billets de la tournée…
Don’t Look Back in Anger, de Dylan Southern et Will Lovelace. En salles dans les cinémas Imax le mercredi 9 septembre, puis dans une sélection de salles le vendredi 11 septembre. Diffusion à venir sur Disney+.
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