Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé, mercredi soir, l’ouverture de trois enquêtes conduites par la police des polices pour des violences commises lors de blocages de lycées. Dents cassées pour un lycéen dans le Val-d’Oise, lésions oculaires pour un autre à Tours : voici ce que l’on sait de ces investigations.
Des élèves se rassemblant lors d’un blocage au lycée Carnot, à Paris, le 1ᵉʳ octobre 2026. LIONEL URMAN/SIPA
Certains lycéens sont traînés au sol, d’autres sont violemment éloignés du mouvement. De nombreuses vidéos circulent sur les réseaux sociaux, interrogeant le caractère « proportionné » du maintien de l’ordre lors des blocages de lycées lancés la semaine dernière en Ile-de-France, et qui se sont étendus, mercredi 30 septembre, à 356 établissements sur tout le territoire.
Mercredi soir, Laurent Nuñez a fait état de 625 interpellations en une seule journée et de 83 policiers ou gendarmes blessés. Depuis le début du mouvement, 119 élèves et personnels ont été blessés, a pour sa part indiqué le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray, dans un communiqué.
Tout en affirmant que l’usage des « armes intermédiaires » par les forces de l’ordre est « très proportionnel », le ministre de l’Intérieur a annoncé l’ouverture de trois enquêtes, confiées à l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN). Voici ce que l’on sait après des violences survenues à Saint-Ouen-l’Aumône, Sevran et Tours.
• Plusieurs dents cassées pour un lycéen à Saint-Ouen-l’AumôneLundi matin aux alentours de 10h30 au lycée Château-d’Epluches à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), Eden L., 14 ans, a reçu un tir de projectile dans la mâchoire avant de s’effondrer au sol. La scène, diffusée sur les réseaux sociaux, montre trois agents de police face à lui. Le lycéen est visé par un premier coup de matraque. Il réplique avec un coup de pied. Une policière, cheffe d’unité, déclenche alors un tir de lanceur de grenade.
Selon les premiers éléments communiqués par le parquet de Pontoise, « le mineur portait des coups à cette fonctionnaire qui le repoussait ». Une enquête a d’ailleurs été ouverte pour violences sur personne dépositaire de l’autorité publique. Elle a été confiée au commissariat de Cergy.
Des témoignages récoltés par plusieurs médias indiquent cependant que l’adolescent se tenait à l’écart des violences commises lors du blocage de l’établissement. « Il était en train de filmer la scène et il a reçu un premier coup […] il n’y a pas eu véritablement de volonté de l’élève d’aller au contact avec les forces de police, qui étaient trois alors qu’il était seul », a confié un professeur à nos confrères de France 3 Île-de-France. Dans un article publié par « le Parisien », la mère d’Eden L. assure avoir reçu une vidéo de son fils à 10h38, accréditant cette hypothèse.
L’adolescent a été conduit au centre hospitalier de Pontoise après avoir reçu ce projectile. « La totalité des dents du haut sont cassées et il lui manque quatre dents en bas », a détaillé son avocate, Me Elsa Marcel dans un communiqué publié sur le réseau social X. « Ses parents, profondément choqués, ont été entendus par l’IGPN et une plainte complémentaire sera déposée auprès du parquet de Pontoise », écrit-elle.
Contacté, le parquet a confirmé l’ouverture d’une enquête confiée à l’IGPN. « La cellule déontologie procède aux dépistages alcool et stupéfiants, à la saisie de l’arme et à la récupération des vidéos », indiquait-il mardi. Dans la soirée de ce jeudi, le Défenseur des droits a par ailleurs indiqué s’être autosaisi des faits, ce qui conduit à l’ouverture d’une enquête menée par cette autorité administrative indépendante.
• A Tours, un jeune homme touché à l’œilUn jeune homme a été blessé au visage lors d’un blocage du lycée Balzac, dans le centre-ville de Tours (Indre-et-Loire), mercredi. Sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il apparaît assis par terre, un œil ensanglanté. Du sang coule à ses pieds. Il a été transporté aux urgences de l’hôpital Bretonneau.
Dans un message posté sur le réseau social X mercredi, la procureure de la République de Tours, Catherine Sorita- Minard, a d’abord indiqué que « l’origine de la blessure » n’était « pas déterminée ». Quelques heures plus tard, elle publiait un nouveau message indiquant que « les lésions à l’œil sont compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD ».
Selon la préfecture d’Indre-et-Loire, le jeune homme a été pris en charge alors que les forces de l’ordre, intervenues avec les pompiers pour mettre fin à plusieurs incendies, étaient prises à partie, notamment par des jets de projectiles.
• Une troisième enquête ouverte à SevranLa dernière enquête confiée à l’IGPN concerne des faits qui se sont déroulés à Sevran (Seine-Saint-Denis). Laurent Nuñez n’en a pas détaillé le motif.
A Sevran, le lycée Blaise-Cendrars, bloqué par les lycéens, a été le théâtre de nombreuses échauffourées ces derniers jours. Le 29 septembre, en fin de journée, la députée Clémentine Autain (l’Après) avait annoncé sur ses réseaux sociaux saisir le préfet de police de violences qu’elle avait pu constater. « C’était vraiment bon enfant, il y a eu un premier feu allumé qui a pu être éteint avec une chaussure », raconte-t-elle au « Nouvel Obs ».
« Quand la police montée est arrivée, les jeunes l’ont vécu comme une provocation. Une course-poursuite s’est déclenchée, les jeunes se sont fait encercler », poursuit Clémentine Autain. La députée relate notamment la blessure d’un adolescent ayant reçu des coups aux genoux et dont les parents, « très choqués », ont « déposé plainte ». Elle évoque également cette « parent d’élève qui a reçu un tir de flash-ball dans la jambe ». Pour l’heure, on ignore si ce sont ces faits qui font l’objet d’une enquête. Contacté, le parquet de Bobigny n’a pas répondu à nos sollicitations.
Par Manon Bernard