Quatre jours après la révélation par Mediapart de propos antisémites attribués à Jordan Bardella, et datant de 2013 à 2015, le média d’investigation dévoile des preuves. Avec une nouvelle accusation : durant cette semaine, le président du RN « a aussi menti à la France entière en n’assumant pas la paternité de ses propres textes. »
Jordan Bardella, photographié ici à La Seyne-sur-Mer le 27 septembre 2026, a annoncé vouloir porter plainte contre Mediapart pour faux et usage de faux. THIBAUD MORITZ / AFP
Après la révélation, les pièces à conviction. Lundi 28 septembre, Mediapart a provoqué un séisme politique en publiant un article détaillant les propos antisémites et complotistes prêtés à Jordan Bardella, lorsqu’il commençait au Front National (devenu Rassemblement National en 2018), sur les années 2013, 2014 et 2015. « Toutes les banques sont détenues par des Juifs » ou « le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait-il notamment écrit dans des échanges. En plus de relayer des théories du complot sur le 11-Septembre, faisant du Mossad - les services secrets israéliens - les véritables architectes des attentats.
Comme promis face aux menaces de « guerre totale » proférées par le président du RN à son encontre, le média d’investigation a révélé ce jeudi 1er octobre sa « boîte noire », et notamment des captures d’écran, mais aussi une vidéo explicative. Le site dit avoir « décidé de rendre publics les documents qui attestent de la véracité des informations publiées et d’expliciter en détail la méthode utilisée pour vérifier chaque élément tout en répondant à l’exigence de protection du secret des sources consacrée par la loi. » Le média qui a écopé d’innombrables démentis de la part du RN - une « dinguerie » pour Marine Le Pen, « barbouzerie » pour Jordan Bardella -, insiste : « Jordan Bardella […] a aussi menti à la France entière en n’assumant pas la paternité de ses propres textes. »
Des conversations Messenger authentifiées par MetaDeux sources différentes, qui n’ont pas de lien entre elles, ont transmis à Mediapart le contenu de leur conversation Messenger de l’été 2013 - un an et demi après son engagement au FN, précise le média d’investigation - et encore en 2014. C’est dans ces messages que l’on peut lire les propos antisémites et complotistes attribués à Bardella.
En plus des citations ci-dessus, Mediapart révèle, à partir de la conversation d’une des deux sources, qu’il a rejoint le FN parce qu’il est “resté fidel à son idéologie de base” (sic) depuis “plus de 40 ans”. Le jeune militant d’extrême droite, devenu plus tard chantre de la dédiabolisation du parti lepéniste, écrit alors que « la politique, c’est de la com. »
Pour appuyer la crédibilité de ses sources, Mediapart précise avoir « vérifi[é] leur biographie » et, en plus, avoir demandé à la première source d’authentifier ses conversations. Cette dernière a donc « sollicité la maison mère de la plateforme, Meta, pour obtenir un téléchargement de ses conversations sur l’année 2013 » explique le pure-player, qui confirme qu’un « dossier a ainsi été généré par la plateforme états-unienne, contenant toutes les conversations de la source, y compris celle avec Jordan Bardella. » Une extraction de données aussi « certifi[ée] par huissier. »
Des détails personnelsTout au long de ces conversations, l’auteur des messages suspecté d’être Jordan Bardella donne de nombreux détails sur sa vie privée, qui concordent avec celle du désormais président du RN et notamment avec certaines anecdotes racontées dans son autobiographie parue en 2024.
Mediapart dresse ainsi sa conclusion : « l’extraction de la conversation permet de la dater, d’attester du fait que cette conversation n’a pas été modifiée a posteriori, et de confirmer que l’interlocuteur de la conversation est référencé par Meta/Facebook sous le nom Jordan Bardella. »
Le média relève aussi - ironie de l’histoire - que lorsque « fin 2013, Jordan Bardella décide de créer un second compte Facebook, en parallèle du premier dans lequel il a tenu les propos antisémites », il précise à une personne de son entourage le 24 novembre 2013 qu’il « dédie » ce nouveau compte « au FN » quand « l’autre restera un compte perso. » Cette deuxième source susmentionnée a aussi « accepté d’effectuer une extraction de ses données auprès de Meta », selon le média.
A cela s’ajoute selon Mediapart de nombreux entretiens avec des proches de Jordan Bardella de l’époque, détaillant la fascination idéologique du jeune militant FN pour l’essayiste antisémite Alain Soral. Le président du Rassemblement national a continué jeudi dans la soirée de nier être l’auteur de messages antisémites datant de 2013. « Les pseudo-preuves de Mediapart sont enfin sorties : des montages grossiers, d’obscures captures d’écran manipulables, reprenant des propos ignobles que je n’ai évidemment jamais tenus », a-t-il déclaré sur X, ajoutant qu’il allait déposer plainte pour faux et usage de faux.
Par Service Actu