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"Ça va nous pousser à un confinement par l’essence", dans les vallées des Alpes-Maritimes, la hausse du carburant pèse lourd sur les déplacements

Дата публикации: 28-09-2026 11:00:33

Dans les vallées encaissées des Alpes-Maritimes, la hausse du prix du carburant enferme peu à peu les habitants chez eux. Entre trajets rationnés, liens familiaux fragilisés et budgets saturés, un "confinement par l’essence" s’installe silencieusement.

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Sur le bitume de la Vésubie, le pistolet coincé dans le réservoir, Laure fait ses comptes. Vingt-trois litres de carburant, 56 euros, puis cette phrase lâchée comme un aveu : "Ça va nous pousser à un confinement par l'essence." Dans les vallées des Alpes-Maritimes, la hausse du prix du carburant dans les vallées des Alpes-Maritimes ne se résume plus à quelques centimes de plus à la pompe. Elle redessine les déplacements, les liens familiaux, parfois des projets de vie entiers. Ici, le litre de gasoil grimpe jusqu’à 2,55 euros le litre et un plein de diesel qui coûtait 50 euros coûte désormais 100. La voiture reste pourtant la seule bouée de sauvetage pour travailler, faire ses courses, aller chez le médecin. Alors les habitants coupent dans les sorties, regroupent les trajets, annulent des séjours. L’expression "confinement par l’essence" prend, dans ces vallées encaissées, des allures de scénario très concret.

Dans les vallées des Alpes-Maritimes, vivre sans voiture est impossible

Routes sinueuses, villages éloignés, transports collectifs rares : tout pousse à utiliser sa voiture. Laurent, artisan installé à Roquebillière mais salarié d’une entreprise basée à Saint-Laurent-du-Var, enchaîne les kilomètres. Devant la pompe, il lâche : "Bientôt ce sera plus rentable de rester à la maison !" Lui dit dépenser 200 euros par mois en carburant. Pour limiter la casse, il descend 21 kilomètres jusqu’à une station Total à Plan-du-Var, où les prix sont plafonnés à 1,99 euro le litre d’essence et 2,25 euros le diesel, avant de remonter dans l’arrière-pays.

Flore, qui a quitté Nice pour Pélasque afin d’acheter une maison, voit l’arbitrage logement moins cher / mobilité exploser. "Avant un plein de diesel me coûtait 50 euros. Aujourd’hui c’est 100 euros." Selon l'Institut national de la statistique (Insee), près de 90% des actifs ruraux prennent leur voiture pour aller travailler, contre moins de 60% dans les pôles urbains, et les ménages ruraux périurbains représentent 40,2% des ménages surexposés aux prix des carburants. Dans ces vallées, ce profil correspond à une bonne partie de la population.

Un budget carburant qui dévore le pouvoir d’achat

Pour l’Insee, 2,2 millions de ménages ont déjà dépensé plus d’un mois de revenu annuel en carburant en 2021 ; avec des prix à 2,20 euros le litre de gazole et 2,00 euros pour l’essence, ce seraient 4,7 millions de ménages, soit 22,4% des ménages motorisés. La précarité mobilité désigne ces situations où le coût du carburant pour les déplacements contraints grignote une part disproportionnée du budget. Une autre étude de l’institut chiffre à 2,7 millions le nombre de ménages qui consacrent plus de 4,5% de leurs revenus à ces seuls trajets.

Dans les vallées, cela se traduit par des vies rétrécies, comme le déplore Nice-Matin. Christine, installée à Belvédère depuis 38 ans, regroupe tout : "Quand je descends voir mes sœurs à Nice, j’en profite pour faire les courses. Je fais attention, je sors une ou deux fois la voiture par semaine." Laure, 84 ans, renonce à revenir dans trois semaines dans sa maison familiale de Berthemont, faute de budget carburant. Et les alternatives restent limitées : la station de radio RTL rappelle que seuls 7% des habitants en milieu rural déclarent se reporter sur les transports en commun, contre 56% en ville.

Sortir du "confinement par l’essence", un défi pour les vallées

Face à ce mur, chacun bricole. Certains organisent du covoiturage pour les trajets école ou travail, d’autres déplacent leurs rendez-vous médicaux sur une même journée. Jean-Noël, retraité du Boréon, regarde le volucompteur grimper : "Vous voulez du Vuitton ou du Dior, madame ?" Pour lui, "ça coûte le prix d’un parfum maintenant". Il plaide pour davantage de bornes électriques et une future offre hydrogène dans ces zones de départ de randonnée, pour les habitants comme pour les touristes.

Reste la réponse collective. Un rapport du Sénat sur les vallées de montagne rappelle la fragilité de professions comme les infirmières libérales ou les artisans, gros rouleurs sur des routes parfois dégradées. Des pistes existent – transports à la demande, lignes de vallée mieux cadencées, maintien de services publics de proximité –, mais tout l’enjeu sera d’éviter l’effet redouté par Jean-Noël : "Et quand les prix vont baisser, on aura tous l’impression d’y avoir gagné. Même s’ils ne reviennent plus aux niveaux qu’on a connus…"

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