À bord de sa voiture, il repérait les auto-stoppeuses et leur proposait de monter. Le 1er juin 2026, deux femmes, dont une adolescente de 16 ans, ont croisé la route d'Henri*, 85 ans. Jugé devant le tribunal...
l'essentiel À bord de sa voiture, il repérait les auto-stoppeuses et leur proposait de monter. Le 1er juin 2026, deux femmes, dont une adolescente de 16 ans, ont croisé la route d'Henri*, 85 ans. Jugé devant le tribunal judiciaire de Foix pour des faits à caractère sexuel, l'ancien agriculteur évoque à la barre "un moment d'égarement".
Jusqu’à cette audience, il lui était interdit de conduire sa BMW. À la barre du tribunal judiciaire de Foix, Henri*, 85 ans, agriculteur retraité, parle de "fatigue", d’"un moment d’égarement", d’"un geste malheureux". De cette journée du 1er juin 2026, ses souvenirs restent pour la plupart flous. Pour les plaignantes, ils ne le sont pas.
Élodie*, 16 ans, a fait le déplacement au tribunal avec sa mère. Ce jour-là, il est environ 18 h 30. L’adolescente attend son bus sur les allées de Villote, à Foix. Écouteurs sur les oreilles, elle s’apprête à rentrer chez elle. C’est alors qu’un véhicule s’arrête à sa hauteur. Au volant, Henri l’interpelle, "faisant des gestes bizarres avec sa bouche". Il lui dit : "Viens, viens", la regarde avec insistance. Puis repart. Avant de revenir quelques instants plus tard.
Une proposition tariféeÉlodie sort alors son téléphone et photographie le véhicule avant de le voir disparaître. Ce qu’elle ignore encore, c’est que trois heures plus tôt, vers 15 h 30, une autre femme était montée dans cette même voiture. Prise en stop à Foix par Henri, l'éducatrice doit rejoindre Castelnau-Durban. En chemin, l’octogénaire lui pose à plusieurs reprises la main sur la cuisse gauche, malgré ses refus.
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Puis vient une phrase qu’elle interprète comme une proposition sexuelle tarifée, accompagnée d’un geste en direction des bois : "Surtout si vous êtes éducatrice, vous ne devez pas gagner beaucoup d’argent." Lorsqu’il la dépose à l’endroit convenu, elle voit le véhicule faire demi-tour, en direction d’une autre auto-stoppeuse. Elle la prévient immédiatement. La jeune femme ne montera finalement pas dans la voiture.
Dans ses auditions, Henri, veuf depuis 2011 et qui aide encore ponctuellement son fils sur l’exploitation familiale, reconnaît une forme de drague à l’égard de l’auto-stoppeuse. Mais pas d’agression. Et certainement pas de proposition tarifée. Quant à Élodie, il assure ne pas avoir cherché quoi que ce soit. La présidente lui rafraîchit alors la mémoire.
"Nouer des contacts" avec des auto-stoppeuses"Dans votre audition, vous avez dit que si elle était montée, vous auriez aimé avoir un rapport sexuel. Est-ce que c’était ça, le but ?" Henri bredouille : "Je ne pense pas." La magistrate reprend alors la lecture de l'audition et notamment ce passage où le prévenu fait le lien entre sa sollicitation et la tenue portée par l’adolescente. Là encore, il minimise : "Moi, le but sexuel est tout à fait secondaire."
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Ce qu’il cherchait surtout, assure-t-il à la barre, c’était à "nouer des contacts". Une manière de ne pas rester seul dans une période particulièrement sombre. Le retraité déprime. Son expertise psychiatrique évoque, elle aussi, une trajectoire marquée par des problèmes de santé apparus en 2020 : diabète, cholestérol, douleurs au dos. L’expert relève chez lui "les premiers signes d’un trouble cognitif avéré", associés à une désinhibition sexuelle et à des "propos déplacés". Des troubles susceptibles d’avoir altéré son discernement au moment des faits.
Un homme "déconnecté" des règles du consentementÀ la barre, Henri semble avoir du mal à mesurer ce que ses gestes ont pu provoquer. Jusqu’à ce qu’une assesseuse lui pose une question simple : qu’a pu ressentir Élodie ? Sa voix se trouble. Les larmes viennent. "Je ne peux pas", lâche-t-il. La magistrate insiste : "J’attends votre réponse. Comment elle a pu se sentir ?" Henri cherche ses mots. "J’avais aucun but, aucune finalité. Je comprends la personne, je ne sais pas quoi dire." Il se confond en excuses.
Son avocate demande au tribunal de replacer le mis en cause dans son époque. "C’est un homme déconnecté de ce que sont désormais les règles du consentement", plaide Me Andrieu. Elle retrace la vie de cet ancien agriculteur, au casier vierge, qui n’a connu qu’une seule femme pendant 45 ans. "Il a été jeune à une époque où il n’y avait pas les réseaux sociaux. Pour séduire une femme, on l’emmenait au cinéma, on lui posait une main sur l’épaule, ou, si on était plus hardi, on lui mettait la main sur la cuisse."
La substitut du procureur avait requis trois ans d’emprisonnement, dont deux ans assortis d’un sursis probatoire. Le tribunal a finalement condamné Henri à dix mois d’emprisonnement entièrement assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans, ainsi qu’à une inscription au Fijais.