La cour criminelle départementale de Lot-et-Garonne a condamné Julien Rabetafika à 12 ans de réclusion criminelle pour avoir incendié la maison dans laquelle se trouvaient ses quatre enfants et sa femme, grièvement...
l'essentiel La cour criminelle départementale de Lot-et-Garonne a condamné Julien Rabetafika à 12 ans de réclusion criminelle pour avoir incendié la maison dans laquelle se trouvaient ses quatre enfants et sa femme, grièvement blessée, en 2023 à Sainte-Livrade. Si les juges ont estimé que son geste était bel et bien volontaire, la manière dont le père de famille a provoqué les flammes n’a pas pu être déterminée.
De sa problématique alcoolique, Julien Rabetafika semblait en être pleinement conscient. De toutes les embûches de sa vie, son arrivée brutale en métropole depuis Madagascar, ses premières condamnations en justice, ses dettes, elle est celle que l'homme a choisi de révéler en premier quand, à l'ouverture de son procès, il a avoué attendre des juges de "l'empathie pour [sa] personne". "Je suis malade de l'alcool. Je dois travailler dessus. Sur ma colère aussi, mais ce n'est pas en étant enfermé tous les jours que je vais y arriver", a clamé ce dernier, incarcéré après un placement sous contrôle judiciaire écourté par un signalement de sa sœur, son hôte durant ces cinq mois de liberté, las de subir ses colères lorsqu'il s'enivre.
Vendredi 25 septembre, la cour criminelle départementale de Lot-et-Garonne l'a condamné à 12 ans de réclusion criminelle pour dégradation du bien d'autrui ayant entraîné des ITT supérieures à huit jours, en 2023 à Sainte-Livrade-sur-Lot, ainsi qu'à un suivi socio-judiciaire d'une durée de sept ans, incluant l'interdiction d'entrer en contact avec les victimes et de paraître en Lot-et-Garonne.
AmnésieL'addiction, derrière laquelle peut-être s'est-il trop retranché, l'a-t-elle poussé à commettre un geste qui aurait pu être irréparable en incendiant la maison où se trouvaient ses quatre enfants et sa femme, au motif que celle-ci avait refusé de lui donner 20 euros pour se procurer du whisky ? Le chemin vers sa reconnaissance de culpabilité dans le départ de feu, lui, a été escarpé, pour finalement aboutir à une forme de résignation bien loin de satisfaire les magistrats. "Un discours insupportable, inacceptable pour les victimes", cingle l'avocat général Nicolas Orlik, qui avait requis à son égard 16 ans de réclusion criminelle.
"Si l'expert incendie dit que les flammes ne viennent pas de la gazinière ou d'un radiateur, alors l'ignition ne peut venir que de moi. J'étais fou de rage, ce qui expliquerait que j'ai eu un geste que je n'aurais pas dû avoir", a conclu l'accusé. Julien Rabetafika s'est cramponné à l'argument selon lequel son alcoolémie avancée au moment des faits ne lui permet pas d'invoquer ses souvenirs. "Vous avez dit devant le juge d'instruction que vous ne pensiez pas que le feu allait faire autant de dégâts car il n'y avait pas beaucoup d'essence. Alors, comment l'avez-vous déclenché ?", tente une énième fois la présidente de l'audience Marianne Douchez-Boucard, en vain.
"Quand il a répandu de l'essence dans une maison de plain-pied, occupée par une famille dont il ne sait où elle se trouve, les pieds de leur fille Edna* baignant dans le liquide, qu'espérait-il, à part un brasier ?", réagit l'avocate des parties civiles, Me Sophie Lagarde, abordant les séquelles psychologiques de ces enfants "marqués au fer rouge". "Rémi* ne peut plus suivre l'exercice d'évacuation incendie à l'école. Dorian* ne supporte plus l'odeur de l'essence, elle le rend malade. Quand la famille va aux courses, elle ne peut plus passer dans le rayon alcool."
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DéniLa position de défense de l'accusé n'a rien d'un stratagème selon son conseil Me Jean-François Renaudie. "C'est un homme incapable de tenir une ligne, car incapable de regarder ce qu'il a fait. Il n'y a rien de parfaitement maîtrisé. Il fuit le réel et ne le supporte pas. La justice doit constater une évolution, aussi petite soit-elle. Cette prise de conscience, elle n'est pas achevée."
Sous couvert d'explications décousues, dérivant tantôt vers les circonstances de son audition, tantôt vers ses problèmes d'alcool, l'ancien électricien botte en touche. Même quand plusieurs témoins confirment les violences intra-familiales rapportées par sa conjointe et ses enfants.
"Quand on s'est rencontrés, c'était un homme gentil, entre nous c'était fusionnel", se remémore la mère de famille, Audrey Puyrajoux. "C'était une relation extrêmement toxique. Quand il était ivre, tout était source de conflit. Un conflit géopolitique, quelque chose qu'il avait vu à la télé. Un jour, nous en sommes venus à nous battre devant ma mère." Julien Rabetafika devra également se soumettre à une injonction de soins.