Alors que l’essence et le gazole ont déjà bien grimpé, sur fond de guerre au Moyen-Orient, la crainte de voir les prix continuer de flamber est-elle fondée ?
Économie 15/09/2026 13:52 Actualisé le 15/09/2026 16:50
Alors que l’essence et le gazole ont déjà bien grimpé, sur fond de guerre au Moyen-Orient, la crainte de voir les prix continuer de flamber est-elle fondée ?

Martial Colomb via Getty Images
Le spectre du litre de carburant à trois euros est-il crédible ? (photo d’illustration)
EN BREF
• Les prix des carburants augmentent en raison de la guerre au Moyen-Orient, avec le Brent à 107,76 dollars. L’essence atteint 2,11 euros et le diesel 2,29 euros le litre.
• Le seuil des 3 euros est jugé irréaliste à court terme.
• La demande de carburant en baisse pourrait à l’inverse freiner la hausse des prix.
L’IA au HuffPost.
C’est un seuil aux airs de cauchemar pour les automobilistes. Les prix du carburant continuent de grimper, dopés par la guerre au Moyen-Orient, notamment la fermeture récente d’un oléoduc clé en Arabie saoudite, les nouvelles attaques dans le détroit d’Ormuz et la menace grandissante des Houthis vers le détroit de Bab-el-Mandeb, lui aussi stratégique.
Vers 10 heures ce mardi 15 septembre, le cours du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, grimpait de 1,97 % à 107,76 dollars. Cette flambée se ressent à la pompe : le litre de sans plomb 95-E10 est affiché en moyenne à 2,15 euros, tandis que le diesel approche son record absolu avec 2,35 euros le litre en moyenne. Le seuil des 3 euros est-il évitable, dans un contexte aussi peu favorable ?
La hausse des carburants n’est pas seulement due à celle du pétrole brut : les coûts de raffinage et les coûts de transport ou de distribution se ressentent aussi à la pompe. La perturbation et/ou la réduction des capacités de raffinage et d’exportation au Moyen-Orient comme en Russie – deuxième exportateur mondial de diesel derrière les États-Unis – participent de la montée des prix.
Le pétrole brut « peut-être disponible, mais la capacité à le convertir en bons produits – en particulier du diesel – s’est nettement resserrée », expliquait à Euronews Sumit Ritolia, analyse chez Kpler. Même son de cloche chez Patrice Geoffron, professeur à Dauphine et directeur du centre de géopolitique de l’Energie, qui avait confirmé au HuffPost que « le choc est aujourd’hui le plus fort » sur les « produits finis », comme l’essence ou le diesel.
Le litre à 3 euros, un « scénario extrême »Mais malgré ce contexte peu favorable, le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), Philippe Casbas, écarte à court terme l’hypothèse d’un litre de carburant à 3 euros. Un tel prix serait « irréaliste » pour les prochaines semaines, a-t-il assuré lundi au micro de RMC… tout en concédant que « plus rien n’est invraisemblable » à plus long terme, notamment si le conflit au Moyen-Orient était amené à durer.
Concernant le diesel, le carburant le plus sous pression, « il faudrait un baril installé durablement entre 120 et 130 dollars » pour qu’il atteigne les 3 euros, a estimé Bernard Keppenne, chef économiste chez CBC Banque interrogé par 20 Minutes. « Un niveau à 3 euros serait un scénario extrême qui nécessiterait un blocage total et prolongé des voies maritimes, poursuit-il, dans le contexte actuel, ce n’est pas le scénario que nous prévoyons ».
De son côté, BFMTV calcule qu’en l’état qu’il faudrait « un Brent autour de 210 à 220 dollars le baril, soit presque deux fois son niveau actuel de 107 dollars ce lundi 14 septembre » pour qu’« un gazole à 3 euros en France » soit possible. « Il faudrait un choc pétrolier encore bien plus violent », écrit la chaîne d’info en continu sur son site. Elle souligne que pour tous les carburants, « le seuil des 3 euros reste encore éloigné pour le moment de la moyenne nationale » même s’il s’est approché « ponctuellement dans certaines petites stations indépendantes ou sur autoroute ».
La baisse de la demande, un frein à la hausse des prix ?L’autre frein à la flambée des prix se trouve du côté des consommateurs, note 20 Minutes dont la réflexion porte sur le gazole, mais peut aussi s’appliquer à l’essence. Quand les prix montent, les automobilistes cherchent à limiter leur consommation, que ce soit en réduisant les déplacements, en privilégiant les transports en commun, voire en passant à l’électrique. S’ensuit donc une baisse de la demande, laquelle peut enrayer en partie la hausse des prix.
Cette baisse s’observe déjà, a affirmé Philippe Casbas au micro de RMC. Selon le président de l’Ufip, la France a enregistré pour la première fois, d’avril à août, une baisse de consommation de carburants sur cinq mois consécutifs. Là aussi, la situation particulièrement compliquée du gazole se remarque : en août, les volumes vendus avaient diminué de 9,2 % sur un an, contre 6,6 % pour l’ensemble des carburants.