Du loser des « Bronzés » au bouleversant « Monsieur Hire », ce documentaire retrace le parcours d’un comédien et cinéaste qui n’a cessé de déjouer son image. Ce soir à 21h10 sur CSTAR.
« Michel Blanc, sur un malentendu… » SKOPIA FILMS/COMÉDIE+/CSTAR
On a longtemps assimilé Michel Blanc à ses rôles de loser hilarant, avec sa bande du Splendid, et à ses personnages de râleur hypocondriaque (« Viens chez moi, j’habite chez une copine », 1981, qu’il a coécrit) ou d’opportuniste minable (« Marche à l’ombre », 1984, son premier film comme réalisateur et un carton à 6 millions d’entrées). Au point qu’à ses obsèques, le 10 octobre 2024, le public a entonné en chœur « Quand te reverrai-je, pays merveilleux ? », un hommage à Jean-Claude Dusse, le dragueur pathétique des « Bronzés font du ski ». Mais sa palette de jeu allait bien au-delà du rigolo à moustache, rappelle ce documentaire.
« Faisons de nos défauts des qualités »Patrice Leconte, avec qui il a beaucoup travaillé, comme acteur puis en tant que scénariste et dialoguiste, estime que la formule « Faisons de nos défauts des qualités » lui allait comme un gant. Petit, maigre et presque chauve à 20 ans, il a d’abord joué de son physique pour ses personnages comiques, avant d’assumer son goût pour les autres métiers du cinéma et de passer derrière la caméra. Admirateur de Woody Allen, il partageait avec le New-Yorkais de profondes angoisses, une passion pour la musique et une hypocondrie carabinée : son ancienne agente, Annabel Karouby, se souvient de la trousse à médicaments qu’il emportait partout, tandis que Thierry Lhermitte le décrit comme « très flippé » et atteint d’une quasi-manie du déménagement.
Durant sa carrière, l’acteur a fait des choix audacieux. Dans « Tenue de soirée », de Bertrand Blier, un voyou (Gérard Depardieu) tombe amoureux de lui (rôle qui vaudra à Michel Blanc un prix d’interprétation à Cannes en 1986). Il apparaît nu dans « Une nuit à l’Assemblée nationale » (1988), de Jean-Pierre Mocky, et en voyeur maniaque et misanthrope dans « Monsieur Hire » (1989), de Patrice Leconte, où il est bouleversant. Cinéaste, il a marqué les esprits avec « Grosse fatigue » (1994), dans lequel une kyrielle d’acteurs, dont les ex-Splendid, et lui-même jouent leur propre rôle. Cette comédie grinçante sur la célébrité a servi de source d’inspiration à Dominique Besnehard, ancien agent de Michel Blanc, pour la série « Dix pour cent ».
◗ Mardi 21 septembre à 21h10 sur CSTAR. Documentaire d’Eric Bitoun (2025). 1h30. (Disponible à la demande sur myCANAL).
Par Thierry Noisette